Politique

L’Europe se met à l’énergie verte

Article publié le 18 juin 2008
Article publié le 18 juin 2008
Pour une économie à faible teneur en carbone mais toujours croissante, l’élément clé est la souplesse. Elle sera nécessaire à la mise en œuvre du plan européen « énergie-climat ». Récit d’une polémique.

Pour que les Etats membres et le monde industriel se préparent au mieux à assumer de nouvelles charges et des investissements pour une économie plus verte, il faut que le législateur européen précise d’abord les modalités exactes du projet et les efforts à fournir de toutes parts. Depuis les discussions qui ont commencé lors du Conseil environnement du 5 juin 2008, ce débat est en cours. 

Tournant historique pour l’environnement dans l’UE

Photo, Rafael Style / FlickrLe 23 janvier 2008 dernier, la Commission européenne a présenté au Parlement, son plan « énergie-climat ». Une journée historique pour l’environnement, « qui influencera profondément notre manière d’agir et de penser », selon l’eurodéputée belge Maryanne Thyssen du Parti populaire européen. Cet ensemble de mesures relatives à l’échange de quotas d’émissions de CO2, aux énergies renouvelables, au captage et stockage de CO2 et aux aides d’état sur l’environnement, fait écho aux conclusions du Conseil européen des 3 et 4 mars 2007. Le Conseil invitait alors la Commission à proposer de nouvelles mesures en vue de réduire de 20 % les gaz à effet de serre et de développer encore de 20 % les sources d’énergies renouvelables (dont 10 % de biocarburants), d’ici 2020.

Du côté des entreprises énergivores, on souhaite voir s’amorcer, avant 2011, la date prévue par la Commission, une solution contre l’éventuelle perte de compétitivité qu’elles enregistreront face à la concurrence d’entreprises du même type. Des entreprises qui ne sont, elles, pas soumises à des contraintes environnementales, comme la mise aux enchères totale des quotas d’émission de CO2. Car s’il s’avère impossible pour l’industrie européenne de lutter à armes égales sur les marchés internationaux, l’UE risque d’assister à un véritable exode de ses entreprises vers des pays dans lesquels la législation environnementale s’avère moins contraignante.

Compétitivité et crise alimentaire

Photo, Alain bachellier / FlickrLa flexibilité pour le maintien de la compétitivité rime aussi, pour certains Etats membres, avec liberté dans le choix des énergies propres. Ainsi la France qui émet, grâce au nucléaire, environ 25 % de CO2 en moins que ses voisins, se voit refuser de compter dans ses énergies dites renouvelables, une énergie propre dont elle considère le développement réaliste tant scientifiquement que financièrement. Cet avis vient d'être partagé par l'Italie, lors du premier Conseil des ministres du Gouvernement Berlusconi 3.

C'est d’ailleurs sur la définition du concept d’énergie renouvelable qu’un vif débat s’est enclenché ces dernières semaines, sur fond de crise alimentaire mondiale. Certains reprochent en effet aux biocarburants et à l’exploitation des cultures à d’autres fins qu’agricoles, leur impact social et environnemental. L’eurodéputé allemand Friedrich Wilhem a ainsi déclaré dans l’hémicycle, le 22 avril, qu’ « à l’échelle mondiale, il n’est pas possible d’avoir des réservoirs pleins et des assiettes pleines ». Le groupe des Verts, dont Wilhem fait partie, a ainsi demandé un moratoire sur les agrocarburants et la suppression de l’objectif de 10 % de biocarburants pour 2020 dans les transports.

Leadership européen

Photo, Txipiflick / FlickrSeules l’efficacité énergétique, l’avancée de la recherche et la commercialisation de nouvelles technologies, permettront à la fois d’assurer le maintien de l’UE sur un marché prospère et sa transition vers une économie sans carbone. Sur ces principes, plusieurs acteurs se sont d’ores et déjà accordés. Même si, à l’aune du Conseil européen du 19 juin, un doute plane quant à la capacité de l’UE à remplir ses objectifs en matière de compétitivité et de changement climatique.

Pressée par la tenue des Conférences Climat de Bonn en juin et du Ghana en août, et en vue des conférences annuelles des Parties à la Convention Climat et au Protocole de Kyoto de Poznan (2008) et de Copenhague (2009), la Commission maintient qu’il y a urgence à agir dès aujourd’hui. Et elle joue gros. Car à l’approche de la fin de son mandat, l’avancée du paquet « énergie-climat » sera l’occasion de tester tant sa crédibilité sur la scène internationale que sa capacité à mener de front une politique climatique qui, résolument transversale, exige pragmatisme et cohérence.