Politique

L’Europe et les 27 nains

Article publié le 20 octobre 2008
Article publié le 20 octobre 2008

1951 - Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA)

France, Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas

Population : 200 millions

WikipediaAprès la Seconde guerre mondiale, la France entend mettre tout en œuvre pour éviter à l’avenir toute nouvelle menace de la part de l’Allemagne. Les hommes politiques français Robert Schuman et Jean Monnet ont ainsi l’idée de créer une union monétaire qui rendra une guerre future non seulement impensable, mais également matériellement impossible. Après quelques tergiversations, les Etats du Benelux ainsi que l'Italie se rallient à cette union et la Communauté européenne du charbon et de l'acier voit le jour le 18 avril 1951.

1957- Communauté économique européenne (CEE)

En France, les communistes et les gaullistes rejettent le plan Schuman et, en 1954, refusent de ratifier au Parlement le projet visant à créer une communauté européenne de défense. L’Europe se retrouve alors pour la première fois dans une impasse. La Conférence de Messine est organisée afin de dégager des solutions pour sortir de cette crise. Après un véritable marathon de négociations, les participants parviennent in extremis à s'accorder sur les bases d'un marché commun européen. Suite à cette conférence, le belge Paul-Henri Spaak écrira dans ses mémoires : « Le soleil se levait sur le sommet de l’Etna, lorsque nous nous retirâmes, fatigués mais heureux. De grandes décisions avaient été prises. » Et ce sont précisément ces décisions qui ont entraîné la signature du traité de Rome et la création de la Communauté économique européenne.

1973 - Premier élargissement

Adhésion du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark – 9 Etats membres

Population : 258 millions

WikimediaSi le Royaume-Uni soutient le processus d’intégration européen, elle ne compte pas parmi les membres fondateurs de l’union monétaire. Vers le milieu des années 50, la coopération avec le Commonwealth lui apparaissait encore prioritaire. C'est en 1963 que les Britanniques frappent pour la première fois à la porte de la CEE. Le président français De Gaulle, craignant que le Royaume-Uni ne serve de cheval de Troie aux Etats-Unis, oppose cependant son véto à l’adhésion de ce pays à la CEE. La première phase d'élargissement de la CEE durera en tout 10 ans. 

L’Irlande, le Danemark et la Norvège décident eux aussi d’entamer des négociations en vue de leur adhésion. Avant de prendre une décision, les deux pays scandinaves procèdent à un référendum qui voit les Danois se prononcer majoritairement en faveur de l'adhésion. En Norvège, par contre, c'est le camp des opposants à la CEE qui l'emporte, entraînant ainsi le gouvernement norvégien dans une crise.

1981 - Elargissement au Sud

Adhésion de la Grèce – 10 Etats membres

Population : 270 millions

WikimediaSuite à l’abolition de la dictature militaire qui dirigeait la Grèce, Athènes fait part, en 1974, de son souhait d’adhérer à la CEE. Les Etats membres soutiennent cette candidature avec enthousiasme car elle permet de consolider cette toute jeune démocratie. 

Jusque dans les années 80, la Communauté reposait essentiellement sur des Etats atlantiques et catholiques ou protestants. Avec l'élargissement vers le sud, la CEE prend un nouveau visage. Le contact avec la Méditerranée, la proximité avec les Balkans, la population majoritairement orthodoxe de la Grèce et son retard économique accroissent les différences entre les Etats membres.

1986 -Troisième phase d’élargissement

Adhésion de l’Espagne et du Portugal – « L’Europe des 12 »

Population : 321 millions

WikimediaL’Espagne et le Portugal vivaient également, jusqu’au milieu des années 70, sous une dictature militaire. En raison de leur long isolement politique et économique, l'adhésion de ces deux Etats à la CEE creuse encore davantage le fossé entre le nord et le sud de la CEE. Néanmoins, avec désormais 321 millions d'habitants, la CEE constitue le plus grand marché intérieur au monde, avant l'Union soviétique et les Etats-Unis.

1995 -Quatrième phase d’élargissement

Adhésion de la Suède, de la Finlande et de l'Autriche – « l’Europe des 15 »

Population : 370 millions

WikimediaLa quatrième phase d'élargissement est la plus rapide de toute. En effet, elle concerne quatre pays qui appartiennent déjà à l’« Espace économique européen ». Si la Norvège est le seul pays à tourner une fois encore le dos à l’UE suite à un referendum, les populations des autres pays ne montrent pas non plus une ferveur européenne exceptionnelle. Les responsables politiques suédois chargés de promouvoir l’adhésion de leur pays à la CEE préfèrent ainsi axer leur campagne de publicité sur des détails pratiques plutôt que sur une vision à grande échelle. Ils mettent notamment en avant le fait que l'adhésion permettra aux citoyens suédois d’importer 15 litres de bière d’Allemagne sans payer de droits de douane.

2004 - Elargissement à l’Est

Adhésion de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de Malte, de la Pologne, de la Hongrie, de la République tchèque, de la Slovénie, de la Slovaquie et de Chypre - 25 Etats membres.

Population : 450 millions

WikimediaPour réellement supprimer la division de fait engendrée par la Guerre froide et garantir la paix en Europe, il est indispensable d’intégrer les Etats d’Europe centrale et orientale dans l’UE. On se pose alors pour la première fois la question de la nécessité de définir des frontières définitives à l’Union, mais on s'interroge aussi sur les valeurs communes à la communauté. En outre, les institutions européennes, en particulier la Commission, doivent être réformées afin de s'adapter à l'adhésion de 12 nouveaux membres. Le bureau de traduction européen installé à Bruxelles donne toute la mesure de la nouvelle diversité de l’Europe. Suite à la cinquième phase d’élargissement, la Communauté compte 20 langues officielles, dans lesquelles tous les textes et documents doivent être traduits.

2007 - un sixième élargissement

Adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie - 27 Etats membres.

Population : 491 millions

WikimediaLa Bulgarie et la Roumanie avaient posé leur candidature en même temps que les autres Etats d'Europe orientale. Au cours des négociations d’adhésion, l’UE a déploré, à plusieurs reprises, la lenteur des processus de réforme. En 2004, les structures administratives et juridiques de ces deux pays n'étaient pas encore suffisamment établies pour garantir la liberté de l'économie de marché et pouvoir se plier aux décisions juridiques de l’UE.

Fin 2006, la Commission européenne donne son feu vert à l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, tout en l’associant à certaines conditions : une fois membres de l’UE, ces deux pays devront poursuivre leurs efforts en matière de lutte contre la corruption et la criminalité organisée.