Politique

L'Espagne en état d'alerte

Article publié le 27 février 2008
Article publié le 27 février 2008
Depuis l'attentat de Madrid en 2004, la menace terroriste est très présente en Espagne. Elle s'intensifie alors que les élections législatives du 9 mars approchent.

En Espagne, une campagne électorale n’est plus uniquement le temps des promesses politiciennes et des grands meetings. Le 11 mars 2004, 72 heures avant le précédent scrutin national, un nouveau facteur est entré en jeu, avec une force inédite : le terrorisme islamique. Aujourd’hui, à la veille des élections du 9 mars, la sécurité se renforce en Espagne, grâce à une collaboration mise en place avec d'autres pays européens. Et en particulier la France, le sanctuaire de l'ETA, son principal refuge hors des frontières espagnoles.

Main dans la main contre le terrorisme de l’ETA

Cette collaboration a été croissante entre les deux gouvernements et les deux versants des Pyrénées. Depuis 1984, les coups contre l'ETA se sont multipliés. Pourtant, cette facette des politiques extérieures et intérieures des deux pays est un point très sensible, susceptible de s’écrouler au moindre changement de tête ou querelle diplomatique.

C’est d’ailleurs le cas suite au désaccord sur la politique d'immigration entre Zapatero et Sarkozy et les régularisations massives d'immigrants autorisées par l'Etat espagnol entre 2004 et 2005. Bernardino León est secrétaire d'Etat espagnol aux affaires extérieures : « Il n'y a pas eu d'opposition entre les deux pays, précise-t-il, juste des différences de sensibilité et d'appréciation. Ce sujet n'a pas d'influence sur notre collaboration avec la France dans d'autres domaines. »

« La coopération entre la France et l'Espagne est fructueuse et l’arrivée de Sarkozy n’a rien changé à cela », estime lui, José Rojas, secrétaire général du PSOE-Paris. « Les décisions politiques sont secondaires. C’est l’échange d'informations entre les polices de chaque pays qui compte. Et cette coopération policière donne des résultats, plus que jamais », poursuit-il en ajoutant enfin : « Les Français n'ont pas conscience que l'ETA ne menace pas uniquement l'Espagne, mais aussi la France, puisque son objectif final est l'unification du Pays basque des deux côtés de la frontière. »

D'après des informations du Ministère de l'intérieur espagnol, depuis le début de 2008, sept basques présumés terroristes sont détenus sur le territoire français. Les terroristes en France sont mis sous pression constamment, une situation qui semble encourager l'ETA à vouloir s'installer au Portugal, à la recherche d'un territoire plus sûr : « Nous n’avons pas détecté la présence d'infrastructures de l'ETA en territoire lusitanien. Mais nous pensons qu’ils vont chercher d'autres bases à partir desquelles coordonner leurs actions », observe Joan Mesquida, directeur général de la Police Nationale et de la Guardia Civil espagnole.

Nos effectifs étaient restreints. Et puis, Al Qaeda est arrivé

Par leur importance et la surprise qu’ils ont provoqué, les attentats jihadistes qui ont eu lieu à Madrid, le 11 mars 2004, ont marqué un tournant dans l’histoire de la lutte anti-terroriste espagnole. Trois jours avant les dernières élections législatives, dix explosions dans quatre trains différents ont tué 198 personnes et ont fait plus de 1500 blessés. Ces événements influèrent sur le résultat des élections. Entre la confusion et les tentatives de rétention d'information du gouvernement conservateur en place, le parti socialiste (PSOE) de l'actuel président espagnol, Rodriguez Zapatero, a gagné les élections, contrairement à ce que tous les sondages prévoyaient avant les attentats.

Le 21 janvier dernier, la Guardia Civil a arrêté à Barcelone 14 personnes, 12 pakistanais et deux indiens qui, selon les investigations, préparaient des actions terroristes dans la capitale catalane. Le groupe a été découvert en possession de détonateurs et d’explosifs de grande puissance. D'après Alfredo Pérez Rubalcaba, le Ministre de l'intérieur, leurs intentions étaient claires : commettre un attentat. Rubalcaba souligne également « l'état d’alerte important », quelques jours avant les élections du 9 mars : « Ces arrestations nous rendent d’autant plus vigilants et nous font penser à une répétition possible des attentats de 2004. Cette fois encore, elles ont pu se faire grâce à la collaboration de la France, qui a informé les autorités espagnoles de la visite en Espagne d'un citoyen pakistanais considéré comme important dans les milieux radicaux de son pays, ce qui a précipité toute l'opération. »

Le niveau d'alerte en vigueur actuellement en Espagne est de 2 sur une échelle de trois niveaux, ce qui suppose une présence policière renforcée dans les différents points de communication, de transports et de rassemblements de personnes.

Photo : Le Secretaire d'Etat espagnol aux affaires étrangères (cafebabel.com); le groupe terroriste ETA lors d'un de ses communiquésuno (luistxo/Flickr); la menace terroriste s'étend à l'approche des élections espagnoles du 9 mars (gorilas/flickr)