Politique

Les pirates du Web à bord du paquebot européen

Article publié le 5 août 2009
Article publié le 5 août 2009
Il vient d’être élu eurodéputé, unique représentant du Parti des pirates au sein du Parlement européen : Christian Engström, un ingénieur informaticien de 49 ans, surfe sur la vague, en Suède, où le débat sur les téléchargements illégaux gronde.

Il a trois objectifs : s’efforcer de reformer les lois sur la propriété intellectuelle et sur les brevets, renforcer le droit à l’accès et à l’usage privé d’Internet et améliorer la transparence au sein de l’administration publique. Le Parti des pirates, « Piratpartiet » en suédois, a remporté un siège au Parlement européen, grâce à son résultat (7,13 %) aux élections européennes, en Suède, en juin 2009. Et il en obtiendra d’autres, surtout si le traité de Lisbonne est ratifié en 2010, ce que l’UE espère. Le 25 juin, Christian Engström et son parti ont rejoint le groupe des Verts, pour éviter d’être marginalisés au sein du Parlement européen. Mais ce parti porte des idées bien à lui. Prochainement, lèvera-t-il la voile vers de prochains succès ou bien affrontera-t-il ses premiers remous idéologiques ?

La Suède : une open source

(Piratpartiet.se/ Wikimedia)« Je revenais d’un voyage en Egypte quand j’ai pris conscience de l’existence du Parti des pirates », explique son nouveau président, installé dans le joli parc de Mariatorget à Stockholm. « J’ai vu le site se créer à l’époque du fondateur, Richard Falkvinge (qui a travaillé à Microsoft), en janvier 2006. C’était alors à moitié un truc sérieux, à moitié un canular. J’ai pensé immédiatement que ça marcherait. »

Christian Engström exerçait alors la profession d’ingénieur informatique dans le secteur des programmes « open source », alors que la Suède regardait venir la déferlante Internet. C’était dans les années 90. Volontaire à la FFII, une fondation pour la liberté des plateformes d’information, il s’est activement démené au Parlement européen, entre 2004 et 2009, dans la bataille pour les brevets sur les programmes informatiques. Bataille qu’il a remportée, le Parlement ayant rejeté la directive lors de sa deuxième lecture. Ce succès, ainsi que les conflits de plus en plus courants entre les pirates du Net et l’industrie du disque, a insufflé de nouvelles idées au mouvement qui se bat pour la non-régulation des programmes informatiques. Le terrain était particulièrement favorable en Suède.

« Mais nous ne devons pas avoir peur des Etats-Unis. L’Europe est plus forte et ils ne peuvent pas nous boycotter »

« Le groupe de pression des pirates se joue de l’industrie discographique suédoise qui lutte contre la piraterie », souligne Engström. Ce projet a immédiatement donné au groupe de militants une image d’aventuriers sympathiques, ainsi qu’une certaine cohésion politique. « De nouveau, c’est la Suède qui montre le chemin, explique Engström. En Europe, les pays nordiques font référence, tout comme la Suède dans les années 90 pour l’accès à Internet. » De fait, le débat politique sur la régulation d’Internet a été extrêmement vif dans le pays. Et c’est aussi en Suède que la piraterie informatique internationale a remporté des batailles. Engström doit admettre que plusieurs partis similaires au sien ont périclité ou sont peu actifs dans le reste du monde. « Il faut travailler dur pour créer un parti politique », en conclut-il.

Obama et propriété intellectuelle

(Marcus Andersson/ Wikimedia)Pourtant, « une deuxième vague de piraterie informatique est en train de naître », lance Engström. Selon lui, le succès suédois a revigoré les troupes. De nouvelles branches ont vu le jour en Suisse et en Slovénie… notamment grâce à Internet : c’est sur un forum Web que la ligne de conduite est discutée. Une méthode bien singulière dans le monde de la politique traditionnelle. « Nous sommes un parti dont le but politique est bien précis. Ce qui nous intéresse, c’est la promotion de nos idées, et pour ça nous sommes prêts à nous allier à ceux qui défendent nos intérêts. Nous interférons dans le système. »

La première bataille : les groupes de pression qui agissent dans l’intérêt de l’industrie de la propriété intellectuelle. Selon Engström, ils sont en train de gagner du terrain grâce à la nouvelle administration américaine du président Obama. « Mais nous ne devons pas avoir peur des Etats-Unis. L’Europe est plus forte et ils ne peuvent pas nous boycotter. Nous devons maintenir de bonnes relations avec les Etats-Unis, sans cependant céder et accepter leur interprétation de la propriété intellectuelle et des brevets. »

La deuxième génération a commencé sa vie politique au sein du Parti des pirates, et regarde avec un nouvel œil les problématiques liées au climat, au transfert de technologie, à la santé ou au libre échange. Engström se rend compte que les politiques sur l’information influencent beaucoup d’autres sujets. Mais le risque, c’est de perdre de vue l’objectif initial. L’évolution du mouvement écologiste, dans les années 80, qui aujourd’hui se positionne sur beaucoup d’autres thématiques que l’environnement, en est un parfait exemple. Sera-t-il possible de maintenir les promesses faites aux électeurs ? « C’est la chose la plus importante pour le moment, répond Engstrom. Ce serait plus facile si le programme du parti était plus simple et plus clair. »

Merci à l'équipe de cafebabel.com à Stockholm !