Politique

Les marchés européens : des kaléidoscopes urbains

Article publié le 8 mars 2010
Article publié le 8 mars 2010
Du Campden Town londonien au marché aux puces madrilène, sans oublier le Campo dei Fiore de la Rome éternelle, les marchés structurent les villes européennes. Chacune y cultive saveurs, objets surannés et odeurs locales. Visite guidée à travers quatre cultures différentes du marché en Europe.

Dans les cités romaines, le marché se trouvait dans un édifice particulier avec des comptoirs délimités. Au moyen-âge, ces centres de commerce sont devenus les germes des villes nouvelles. C’est de cette époque que datent l’El Rastro de Madrid, le Campo dei Fiori italien ou les marchés festifs germaniques dont le December Market viennois de 1294 est un exemple éloquent. Certains d’entre eux se répètent chaque semaine, d’autres n’apparaissent qu’une fois l‘an. Les cent grammes y sont la mesure favorite (cien gramos en espagnol, einhundert en allemand ou un etto en italien), ainsi que le kilo. Comment faire comprendre dans le sud de l’Europe que vous ne voulez qu’une seule pomme ? Le pouce reste un allié idéal. 

Le marché en plein air est une institution sociale et touristique. Les producteurs peuvent présenter les richesses de leur pays et de leur culture ; pour les locaux, c’est l’occasion de se retrouver entre amis et les gens de passage en profitent pour s’imprégner de l’ambiance de la ville. Tous ne viennent pas pour acheter. Les yeux des enfants brillent à la vue des barbes à papa, les grands-parents admirent les trésors de leur jeunesse et les adolescents errent dans l’euphorie ambiante. Souvent, on y dégotte des objets qui n’existent nulle part ailleurs, et si l’on sait « marchander », à des prix souvent imbattables ! 

Camden Town: paradis des tribus urbaines

©Sara SzeremetaQue trouvent les fans d’underground à Camden High Street et près du canal The Lock ? Pour les « émos », des fripes cousues avec des bouts de lobes dans le plus pur style de la lycéenne japonaise perverse; des t-shirt avec processeur intégré affichant la fréquence cardiaque avec lesquels on ne manquera pas de parader dans les boites électros, des robes elfiques et des couvre-chefs pour les accros de fantasy, sans compter les milliers de perles. Et pourtant, le marché ne se résume pas à la bijouterie en bois et l’odeur d’encens qui se répètent d’étals en présentoirs ; on peut aussi entrer dans des magasins de frusques design aux prix costauds (corsets, robes de soirée), ou aller déguster de l’excellente nourriture indienne. Entrecoupé de canaux et d’écluses (sur lesquelles on peut s’aventurer en barque en été), ce lieu aurait séduit John Lennon – c’est du moins ce qu’annonce une plaque commémorative. Mais le bazar et ses artisans se sont installés sur le canal The Lock en 1973, et donc la célébrité n’aura pas eu l’occasion d’y faire de nombreuses affaires.

A côté de Camden et de ses stands typiques, la rue entière est un marché où se trouvent clubs (Electric Ballroom, KOKO) et pubs (The World’s End, Devonshire Arms) pour les personnes « au parfum » : punks, gothiques et métalleux. Un jour après que nous ayons acheté avec mon amie des keffiehs de trois couleurs, la rue prenait feu (c’était en 2008). Et oui, le charme des marchés est aussi d’exister « ici et maintenant » - ils débordent de vie un jour et disparaissent le lendemain.

Un autre lieu londonien culte de la mode pour outsiders est Brick Lane. C’est un public un rien différent qui se concentre ici – chasseurs de vêtements d’occasions, artistes ou jeunes designers, quant aux boites du coin, elles tiennent plutôt de la discothèque.

El Rastro : le marché madrilène

©Sara SzeremetaEn sortant des stations de métro madrilènes Tirso de Molina ou La Latina et en se dirigeant vers la Plaza de Cascorro, la Ribera de Curtidores ou d’autres rues avoisinantes, on croise un marché aux puces. L’hôtel de ville autorise l’installation d’un maximum de 3500 stands sur lesquels se pose le regard sévère de la statue d’Eloy Gonzalo. Le nom du marché provient d’El rastro (qui signifie « la hachure » en espagnol) et fait référence aux traces de sang que les animaux laissaient derrière eux lorsqu’ils étaient acheminés depuis les abattoirs situés sur le fleuve vers les ateliers de tanneries. La rue des peintres (Calle de San Cayetano) a, elle aussi, quelque chose d’intrigant : de vieux postes radio, des collections de philatélistes, des mines de vieux livres (sur le mont Moyano), de vêtements ou de films. On y trouve des vieilleries, de la vaisselle, de la bijouterie fait main, du linge et d’autres choses dont les propriétaires cherchent plus à se débarrasser qu’à faire fortune. Peut-être y trouverez-vous une poignée baroque pour votre porte de salle de bain, un petit miroir charmant pareil à celui de votre grand-mère ou un set (pas forcément complet) de couverts en argent légèrement patinés ?

Allemagne : la magie de Noël

les bonnes affaires sont à la pelle pour ceux qui savent prendre leur tempsLes marchés germaniques ont pour eux d’être nomades. Pour le Weihnachtsmarkt de Nottingham en Angleterre, absolument tout est transporté, y compris les Bratwurst, saucisses chaudes et appétissantes, à consommer en plein air par temps de gel avec une pointe de moutarde et un quignon de pain. Après son repas, le visiteur peut admirer les écharpes fantaisistes tricotées à la main, les bonnets, les gants, les produits en verre, la bijouterie, les décorations de Noël, la charcuterie traditionnelle, les pâtisseries, les sucreries (les amandes cuites caramélisées, les gâteaux à la cannelle) et le vin chaud. Les fontaines de chocolat fondu sont un succès ! On peut aussi immortaliser danses et chants, ainsi que l’ouverture symbolique du marché avec l’accueil du Christkind, l’enfant Jésus. 2 millions de personnes visitent chaque année les marchés les plus populaires de Nuremberg, et plus de 3 millions de curieux passent par le marché de Stuttgart.

Campo dei Fiore : 500 ans de produits frais

Campo di Fiore - ©Asia KalickaNos ancêtres antiques auraient jadis foulé des champs de fleurs en cet endroit. D’autres sources nous disent qu’à cet emplacement habitait la belle Flora, objet des ardeurs de Pompée le Grand. Quoi qu’il en soit, le Campo dei Fiore est actuellement le plus ancien des marchés romains toujours en activité. Depuis 1477, il est inondé, dès l’aube, par les premiers vendeurs. Dès 13 heures, on peut y acheter poissons frais, fruits, légumes et olives. En revanche, les dames peuvent espérer se faire offrir des fleurs jusqu’à la tombée du jour. Pour nous, barbares culinaires, les macaronis faits à la main restent un objet de fascination. Une autre spécialité italienne fait forte impression sur les touristes – la pizza préparée sous leurs yeux dans les locaux sur le pourtour de la place. Pour moi, les marchés où l’on peut se fournir en produits déjà cuisinés sont encore plus intéressants : fromages, saucisses, jambons italiens ou espagnols, pain aux olives ou aux noix, miel et plats tout préparés. Que demander de mieux pour des voyageurs affamés ?

Photos : ©Koke. /Flickr ; ©Sara Szeremeta//©Łucja Didkowska/©Asia Kalicka