Politique

Le procès Lozano encore repoussé

Publié dans le magazine
Article publié le 13 mai 2007
En 2005 en Irak, le soldat américain Mario Lozano tirait sur la voiture transportant la journaliste italienne Giuliana Sgrena, tuant l'agent secret Calipari qui l’accompagnait. Son procès est repoussé au 10 juillet.

Bagdad, 4 mars 2005. A un check point américain, le soldat Mario Lozano tue Nicola Calipari, un agent du Sismi [les services secrets italiens] et blesse un carabinier italien ainsi que la journaliste Giuliana Sgrena, que ces derniers venaient de libérer. D'après l'enquête américaine, il s'agit d'un « tragique accident » : la voiture des Italiens n'aurait pas respecté les sommations des GI, comme l'a répété Lozano lui-même dans une récente interview au New York Post. Washington refuse donc l'extradition. Mais les Italiens ne l'entendent pas de cette oreille et le 17 avril, à Rome, Mario Lozano sera jugé par contumace, une procédure rendue possible par l'accusation de délit politique dont le soldat américain devra répondre. Mais qu'en pensent Américains et Européens ? Florilège.

Le militaire américain: « Moi aussi, j'aurais tiré »

Ernesto Haibi, médecin de guerre établi à Fort Lewis, a les idées claires sur le procès en Italie: « Le procès ne sera pas impartial car il y a trop d'émotions en jeu ». Origines cubaines, la quarantaine, Ernesto Haibi est revenu il y a peu d'Irak et s'oppose à l'extradition: « Si je m'étais trouvé dans la même situation, j'aurais tiré, comme l'auraient fait beaucoup d'autres soldats, Italiens compris : tout le monde a droit à l'autodéfense. Bien sûr, si le procès prouvait que ce soldat a tiré en sachant qu'il y avait des Italiens dans la voiture, nous aurions tort ».

L'ingénieur américain: « L'effet 11 septembre »

Bob, un ingénieur de Fort Lauderdale en Floride, se prononce lui aussi contre l'extradition: « C'était un accident de guerre. Depuis les attentats du 11 septembre on se sent partout menacés par le terrorisme, c'est pour cela que nous répondons impulsivement à n'importe quel type de danger. La solution à cette affaire devrait venir des gouvernements, pas de la justice. Le problème aujourd’hui, c'est que les rapports entre Rome et Washington sont très froids depuis l'accident du Cermis [lorsqu'un avion militaire américain a tranché les câbles d'un téléphérique d’une station de ski italienne provoquant la mort de 20 personnes et que le pilote, jugé aux USA, a été disculpé]. Aujourd'hui, les Italiens exigent un procès en Italie».

L'étudiante européenne: « Un tribunal militaire international »

Actuellement étudiante en Erasmus à Rome, la Polonaise Anna Orzechowska juge que « le procès devrait être confié à un tribunal militaire, étant donné que l'acte a été commis par l'individu en tant que soldat et non comme simple citoyen. Le tribunal ne devrait toutefois pas être américain mais international, afin de conserver une certaine impartialité ».

L'expert anglais: « Il faudrait la Cour Pénale Internationale »

Originaire de Grande-Bretagne, Michael Brown, docteur en relations internationales, explique que l’institution la mieux appropriée pour un tel procès serait la Cour Pénale Internationale (CPI) que les Etats-Unis n'ont pas reconnue. « Lors du meurtre d'un soldat britannique en Irak, le jugement américain a établi l'absence de faute, en citant le vague concept de ‘fog of the war’[brouillard de guerre]. Pour que cette affaire ne tombe pas dans l'oubli, les citoyens doivent maintenir la pression sur nos gouvernements ».