Politique

Le pétrole guinéen, une manne pour l’Europe

Article publié le 18 juin 2008
Article publié le 18 juin 2008
Le Golfe persique, trop instable, encourage l’UE à investir dans le pétrole de Guinée équatoriale. Un calcul stratégique qui ignore complètement la grande pauvreté et les troubles démocratiques du petit pays africain.

Alors qu'à Madrid, les responsables de l'énergie débattent du futur de l'industrie, le prix du baril de brut dépasse les 130 dollars et la crise alimentaire risque de se prolonger jusqu'en 2010, plongeant les pays les moins développés de la planète dans une situation dramatique, l'Union européenne et les principaux pays donateurs leurs proposant de moins en moins de solutions. Du 29 juin au 3 juillet, Madrid accueille en effet le 19e Congrès mondial du pétrole, avec des représentants des gouvernements du monde entier, des compagnies pétrolières, des organismes internationaux et d'autres acteurs du secteur.

Tout ce bon monde se réunit pour discuter du « défi que représente pour l'industrie, dans un monde en transition, le fait d'assurer une offre constante, bon marché et sûre, qui réponde aux attentes de la société d'une manière soutenable, transparente, éthique et respectant l'environnement ». Une déclaration d'intention en décalage avec la réalité des relations énergétiques entre les pays importateurs de pétrole et les producteurs. Ces derniers, dans leur grande majorité, appartiennent au groupe des pays les moins développés.

Le pétrole centrafricain

(Jaume D'Urgel/flickr) 75 % du pétrole consommé en Europe est importé, notamment du continent africain qui représente environ 19 % des importations. Bien que le potentiel pétrolier centrafricain ne représente pas plus de 1,6 % des réserves mondiales, son intérêt stratégique est inestimable, étant donné l'instabilité endémique du Golfe persique. Le pétrole brut du Golfe de Guinée est facilement accessible et contient peu de soufre, ce qui en facilite le raffinage.

De fait, pour cinq des sept pays qui constituent la région centre-africaine (Cameroun, Tchad, Congo, Gabon et Guinée équatoriale), c'est le pétrole qui figure en tête des exportations vers l'UE. Concrètement, le pétrole brut représente 88 % des exportations de la Guinée équatoriale vers l'Union européenne. 

Pourtant, l'UE ne peut prétendre défendre ses intérêts énergétiques et en même temps porter l'étendard mondial de l'aide au développement. Le nouveau traité de Cotonou met fin au système de préférences commerciales non réciproques, qui permettait aux pays en développement signataires de l'accord d'exporter leur production vers l'Union européenne sans payer de droits de douane. 

Ainsi, la signature des nouveaux accords de coopération économique entre l'Union et six régions de la planète, en majorité des anciennes colonies ou territoires européens, met fin à un modèle de coopération qui avait fait de l'Union le leader mondial de l'aide au développement.

Diversité des sources

(Jaume D'Urgell) Une autre priorité pour l'Europe est la diversification de l'approvisionnement en pétrole, et pour cela l'Afrique est en ligne de mire. Cependant, lorsqu'en 2000, la Commission publie un livre vert sur la sécurité des approvisionnements énergétiques, l'Afrique n'est même pas mentionnée dans le document. Le continent africain reste réservé aux discours sur le développement.

Ainsi, quand l'UE se décide à parler de ses relations énergétiques avec le continent africain, elle le fait en lançant une initiative énergétique pour la réduction de la pauvreté et le développement soutenable, lors du Sommet mondial sur le développement soutenable de Johannesbourg (2002). Cette initiative vise globalement à apporter l'électricité dans les zones rurales. Elle n'aborde pas pour autant le problème central de l'utilisation des richesses pétrolières de pays sous-développés, comme la Guinée équatoriale, pour financer un développement économique et humain soutenable.

Un peuple équato-guinéen oublié

Selon l’enquête équato-guinéenne auprès des ménages pour l’évaluation de la pauvreté (EEH) réalisée en 2006, 76,8 % de la population totale est pauvre. Dans ce petit pays centre-africain, l'espérance de vie n'atteint pas 43 ans, 44 % des Guinéens n'ont pas d'accès à l'eau potable. Rien d’étonnant donc à ce que le pays soit classé à la 127e place dans l'indice de développement humain du PNUD, qui compte 177 pays. Cela représente un énorme retard pour un pays dont le revenu moyen par tête dépassait alors 20 000 dollars par habitant. 

En Guinée, seul le Président, Teodoro Obiang, et les membres de sa famille (qui occupent tous les postes stratégiques de l'administration et contrôlent les affaires les plus rentables du pays) bénéficient de la rente pétrolière qui représente presque 94 % du PIB national. En mai 2008, Teodoro Obiang a de nouveau gagné l'élection présidentielle avec une majorité surprenante, approchant 100 % des voix.

Tandis que la continuité de ce régime pourtant condamné par la communauté internationale, semble assurée, plusieurs pays de l'UE, France et l'Italie en tête, ont décidé il y a quelques semaines de ne plus verser les aides promises aux pays pauvres, abandonnant ainsi l'objectif de parvenir à des aides équivalant à 0,7 % du PIB européen d'ici 2015. Que va-t-il advenir de la population équato-guinéenne, si le plus grand partenaire commercial et bailleur de fonds du pays ne souhaite aujourd'hui plus qu'une chose, participer au partage de l'or noir ?