Politique

Le Pen sur le divan : le blues de Marine

Article publié le 16 décembre 2014
Article publié le 16 décembre 2014

La relation entre un docteur et son patient a beau être sacrée, on aimerait bien savoir ce que Marine Le Pen confierait à un psy dans 20 ans ... Conversation imaginaire sur le divan d'une Marine qui chante le blues.

19 décembre 2034, 10 heures. Voilà 20 ans que je vois Marine Le Pen, ancienne présidente du Front national en France, tous les mardis. Aujourd'hui, notre conversation a tourné autour de l'année 2014, une année marquée par de violentes turbulences qui ont choqué Marine au plus profond de son âme.

Comment allez-vous aujourd'hui Marine ?

Marine : Je n'arrête pas de penser à 2014, au moment où ils ont annoncé que le Front National était en tête des élections européennes en France, devant François Hollande et ses hordes socialistes. J'ai appris la nouvelle dans un petit bistrot de Paris alors que je goûtais les amuse-gueules de nos pauvres voisins mexicains. Pour être honnête, je ne me suis pas laissée avoir par leurs tentatives ratées de cuisiner quelque chose de comestible. Rien ne vaut notre cuisine française de qualité supérieure.

Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ?

Marine : C'était encore plus jouissif que mon orgie polyamoureuse au Pentagon.

Doctor : Avec Obama ?

Marine : Non, il n'était pas dispo ce jour-là. Il était acapparé par les négotiations du traité de libre-échange transaltantique avec Jean Claude Juncker et Russell Brand, le partenariat est finalement tombé à l'eau parce que Juncker n'a pas vraiment apprécié la performance d'Obama. J'ai entendu dire que Mutti, la mère de la nation miracle était là elle aussi. Et mon dieu M. Tusk, et ses idées incompréhensibles qu'il déblatérait dans cette langue pouilleuse d'outre-Manche, et sans un mot de français. On aurait du protéger la France d'une telle barbarie.

Quel était le problème d'après vous ?

Marine : Il y en avait beaucoup. Les immigrés, par exemple. Toutes les sortes d'immigrés légaux qu'ils soient Européens ou non. Les réfugiés aussi. J'avais pourtant la solution parfaite pour tous ces nuisibles. On aurait du envoyer les Méxicains à Bruxelles, qui les voulait en hordes au départ, et ces fichus réfugiés de guerre auraient dû aller en Bulgarie où ils seraient beaucoup mieux intégrés. Ensuite, on aurait pu construire un mur, comme en Inde, pour protéger nos frontières de ces indésirables.

Les sans-papiers illégaux, c'était le pire, surtout à Paris où on ne pouvait pas les retrouver. Ils auraient dû rentrer chez eux à Casablanca ou à Tunis afin qu'on récréé la France d'antan, quand notre grande nation brillait au-dessus des autres. Nous aurions pu protéger notre culture et la garder pure, tout comme nos valeurs, et nos enfants n'auraient pas été corrompus par des conspirations musulmanes ou juives.

J'ai l'impression que vous avez beaucoup d'énergies négatives en vous. Si vous aviez une baguette magique, quels changements positifs apporteriez vous à votre vie ?

Marine : J'étais plutôt positive quant à cette histoire d'immigration car pour moi il y avait une solution toute simple : fermer les frontières. Le vrai problème fut la disparition des valeurs traditionnelles. La France a été fichue du moment où la notion de famille a été redéfinie et que la transexualité a été légalisée. On aurait du s'accrocher plus fort à nos principes, une qualité rédemptrice dont ont fait preuve les Lituaniens et les Slovaques, au lieu de plier face aux tendances imposées par la Génération Y.

La Génération Y est un thème qui revient souvent dans nos discussions. Que ressentiez-vous à l'époque vis-à-vis de ce problème ?

Marine : Ils étaient imprévisibles ce qui faisait d'eux un handicap politique. Telle une génération schizophrénique, ils étaient dispersés aux quatre coins de la scène politique, variant de l'extrême gauche dans une Grèce appauvrie à ces étranges séparatistes du sud de l'Italie. Bien sûr, nos jeunes troupes étaient nombreuses, comme chez nos glorieux camarades danois, autrichiens, allemands ou belges, qui avaient compris l'importance d'une identité nationale forte et de la protection de la souveraineté des États face aux griffes de l'Europe. Viktor Orbán et ses sympathisants hongrois étaient de bons amis et j'admirais l'audace qu'il avait de parler de ses désirs totalitaires, qui se rapprochaient de mes propres envies.

Malheureusement, Nigel Farage, qui a refusé de nous rejoindre après nos impressionnantes victoires, et moi nous n'avons jamais pu nous entendre. Je n'étais pas non plus très amie avec les Lituaniens et leur traîtrise au nom de soit-disant « populisme multiculturel ». 

Peut-être pourrions-nous diriger notre conversation vers des sentiments plus heureux. Qu'est ce qui aurait pu faire votre bonheur ?

Marine : Un seul mot : l'amour. Il y avait jadis un homme à part dans ma vie, mais nous pouvions seulement nous admirer à distance. Il avait l'air si exotique, et si familier à la fois. C'était mon premier admirateur, et nous nous sommes soutenus l'un l'autre de différentes manières, mais nos plans étaient toujours contrecarrés au dernier moment. L'Europe n'arrêtait pas de fourrer son nez dans notre relation et essayait de kidnapper ses enfants, surtout le plus petit, que nous appelions Petite Russie avec tendresse.

Que ressentez-vous quand on parle de l'Europe ?

Marine : J'ai les poils qui se hérissent chaque fois que j'aperçois la couveture de mon passeport européen. Je porte toujours le deuil de l'emblème de la France perdu depuis longtemps et de la belle époque quand l'Europe ne dirigeait pas nos vies telle une intruse. Je regrette notre franc, remplacé par cet euro pouilleux et le déclin de  l'économie souterraine. Nous aurions pu détruire ce monstre avant le retour de Nicolas Sarkozy.

Nous avons eu une session très difficile aujourd'hui. Que comptez-vous faire pour restaurer vos réserves de bonheur ?

Marine : Je me sens déjà beaucoup mieux, comme après ma séance quotidienne de méditation Headspace. Je pense que cet après-midi je vais faire quelques biscuits de Noël en forme de Vlady, dans l'espoir que mon coeur brisé ne ressemble plus à un collage d'Eugenia Loli.

Cet article fait partie de notre dossier de fin d’année consacré à la nostalgie. Si la réalité nous déçoit tant, quelles sont les raisons de regarder dans le rétroviseur ? Manque-t-on d’imagination en Europe ou attachons-nous une importance soudaine à nos devoirs de mémoire ? Réponse en 5 souvenirs.