Politique

Le Parti X des Indignés : le par(t)i du futur espagnol

Article publié le 4 avril 2013
Article publié le 4 avril 2013
Le 17 décembre 2012, le registre espagnol des partis politiques s' est enrichit d'un nouvel inscrit : le Parti X. Début janvier, le parti fait ses premiers pas dans le paysage virtuel avec la publication d'une bande-annonce sur YouTube qui déclenchera une rafale de réactions.
Mise en scène comme une conférence de presse, cette vidéo traite des perspectives pour l'avenir et déclare la guerre aux politiciens corrompus par l'argent. Au programme : référendums, « wiki-législation » et vote permanent. En clair, la démocratie. Point barre. Une farce idéaliste ? Non, une promesse.

La Puerta del Sol regorge d'animation,  de jour comme de nuit. Touristes et madrilènes s'y fraient leur chemin entre moines illuminés et artistes de rue ou bien se prélassent au soleil. « Sol », le surnom de la place, est aussi le lieu emblématique ou est né le mouvement citoyen du 15-M, comme le 15 Mai 2011, date du premier jour de la manifestation pacifique . « Une vraie démocratie, maintenant! » (Democracia real ya), voilà ce que revendiquait alors Rafa. Il a manifesté et campé des semaines entières sur la Puerta del Sol en compagnie de milliers d'autres Indignés. Ce jeune espagnol, qui n’a jamais cessé de soutenir le mouvement du 15-M,  a également rejoint le nouveau parti qui canalise les protestations populaires vers la politique : le Parti X, ou Parti du futur.

Le Parti du futur

Aujourd'hui encore, personne ne sait qui se cache derrière ce « X ». Sur le fichier des partis politiques espagnols, on parvient à trouver les noms de trois personnes, dont celui de la présidente d'honneur, Greer Margaret Thurlow Sanders. Celle-ci déclare ne pas être prête à s'entretenir avec nous. Au téléphone, une porte-parole du parti nous informe que le groupe de travail est constitué de 90 personnes et qu'ils communiquent ensemble à travers toute l'Espagne par internet ou de visu. Comme ils récusent le culte des personnalités politiques, aucun nom de membre n'est divulgué. Ce côté impersonnel - leur plus gros point faible selon les critiques - est particulièrement apprécié par les partisans comme Rafa : « je crois bien qu'on devrait moins s'intéresser aux personnes mais plus à la profondeur et à la véracité de leurs idées ».

Pour qui veut comprendre le Parti du futur, il est indispensable de se défaire de toutes ses idées préconçues sur la politique et son fonctionnement. X est à la fois un parti et un instrument. L'instrument, c'est le Wiki : un système interactif et accessible à tous les citoyens, destiné à réformer la politique actuelle. Le programme du parti, appelé « Democracie et Point », est composé de quatre axes majeurs : « référendum, wiki-législation, vote permanent et transparence ».

En tant que parti, X se considère en « hibernation ». La mise en activité ne se fera qu'aux prochaines élections en 2015, à condition que les citoyens l'exigent explicitement et si, d'ici là, les quatre points de réclamation n'ont pas déjà été mis en œuvre par les partis établis. Pour le moment, ceux-ci ne réagissent pas directement aux demandes de coopération de la part de X. Rafa nous assure tout de même que « la voix du Parti du futur se fait entendre ». Ses derniers examens passés, notre étudiant de 32 ans déguste une tasse de thé avec excitation. Un camarade l'a recommandé auprès de X. Lui-même pensait depuis longtemps à un projet tel que celui-là. Entre temps, la porte-parole anonyme nous certifie que le parti a reçu plus de 6000 emails et que 300 propositions ont été rentrées dans le site internet. La version définitive du site sera publiée en mars puis soumise au Conseil des Ministres.

L'exemple islandais

Il est vrai la politique traditionnelle espagnole s'exprime avec davantage de transparence et d'une manière plus participative qu'auparavant. La loi sur la transparence, l'accès à l'information et la performance gouvernementale ont été récemment débattus avec une intensité nouvelle. Que cela soit dû à la pression citoyenne soutenue par X ne fait pas de doute pour Rafa. Au sein de l'UE, l'Espagne est l'un des rares pays qui ne dispose pas d'une telle loi et qui n’en soit qu’à une ébauche de projet de loi. X veut créer du neuf, ne pas rester le parti du 15-M. La porte-parole l'explique : « ce serait illusoire, jamais on ne pourrait représenter ce mouvement dans son intégralité ». Elle poursuit : « nous sommes les enfants d'une époque historique, celle d'Internet, celle du 15-M ».

X doit être perçu comme le catalyseur d'un mécanisme déjà en place dans d'autres sociétés : l'Islande fait office d'exemple en matière de transparence réelle et de wiki-législation. Wikileaks y a déjà écrit l'Histoire. Et les serveurs du Parti X se trouvent là-bas. En Islande , les lois sur la liberté de la presse les protègent mieux qu'en Espagne. Des projets tels que Better Reykjavik et Better Iceland démontrent qu'il est possible que les citoyens s'impliquent dans la politique d'une manière permanente et ce grâce aux nouvelles technologies de l'information. Les Islandais peuvent soumettre leurs idées sur des plateformes dédiées, évaluer des projets de loi, établir des ordres de priorité et même communiquer avec les députés du Parlement islandais. Voilà qui emballe Rafa : « actuellement, les politiciens ne parlent aux citoyens qu'en période électorale. Aussitôt qu'ils sont élus, ils se murent pendant quatre ans et agitent de temps à autre un papier censé informer d'une décision qui est de toute manière déjà prise ». Il s'agit maintenant de voir clairement ce qui se passe derrière ce mur et de participer aux décisions.

Le concept de Wiki d'un petit état insulaire peut-il s'appliquer à l'Espagne ? Cela reste à démontrer. Déjà au Brésil, un État de grande superficie, des éléments tels que le budget participatif et son développement technique - le Cabinet Digital - ont été établis. Malgré quelques doutes, Rafa se veut confiant pour le projet espagnol. « Je reste persuadé que X a un futur. »  X a déclenché une euphorie chez tous ses fans sur Facebook, c'est maintenant le futur qui déterminera s'il parvient à façonner une politique espagnole plus ouverte et plus interactive.

Photos : Une © courtoisie de la page facebook de Partido X ; Texte © Jp ; Video :  (cc) ElPartidoDelFuturo/ YouTube