Politique

Le pacte des tortellinis : où en est la gauche européenne ?

Article publié le 15 septembre 2014
Article publié le 15 septembre 2014

Y a-t-il encore la place pour le socialisme et les politiques de gauche dans une Europe de l’austérité et des coupes budgétaires ? Le 7 septembre à Bologne, cinq leaders en chemise blanche ont paraphé le « pacte des tortellinis », acte constitutif du nouveau marketing du centre-gauche européen.

« International en chemise blanche », « Eurorenzisme », pacte « Eu-Dem ». Les appellations se multiplient, mais ce qu’il faut retenir c’est la signature d’un nouveau pacte entre les « camisados du nouveau socialisme européen » le 7 septembre dernier, pacte inédit pour la gauche du Vieux Continent depuis l’eurocommunisme de BerlinguerCarrillo et Marchais ou l’accord Gonzales-Craxi-Mitterrand.

Nouvelle impulsion pour une gauche qui cherche à se redéfinir ? En effet, dans une Europe des politiques d’austérité et des réformes structurelles sur la flexibilité du marché du travail, certains se demandent comment il est encore possible de mener une politique socialiste ou de se revendiquer de gauche. Plus qu'une question, il s'agit là d'une obsession pour un socialisme européen qui cherche une identité et des réponses.

Marketing politique

Pour le moment, le problème ne semble pas encore avoir trouvé de solutions concrètes. Autrement dit, pour citer Manuel Valls qui répliquait à Martine Aubry au sujet des politiques d’austérité : « Elle est où l’alternative ? » Dans le doute, la réponse d’un socialisme européen, toujours plus loin de ses bases, de sa tradition populaire et de son passé, semble surgir du nouveau marketing concocté par la gauche européenne. Et la Festa de l’Unita, la fête du parti de Renzi qui s’est tenu à Bologne, n’est rien d’autre que son acte constitutif.

Ce sont cinq leaders de la gauche européenne qui se retrouvent à cette occasion, ce qui nous donne une belle photo de famille destinée à rester dans les annales ou à tomber aux oubliettes : Matteo l’Italien, Manuel le Français, Pedro l’Espagnol, Diederik le Néerlandais et Achim l’Allemand. On les voit ensemble sur une estrade à s’appeler par leur prénom, unis par la conviction qu’il faut changer de cap et unir ses forces pour une cause commune, tous heureux de faire partie d’une nouvelle gauche placée sous le signe de « l’europtimisme ».

Pour une gauche « unie » et qui « réforme » - AFP

Federica Mogherini, la nouvelle Lady PESC qui joue les présentatrices télé, annonce les invités et ne peut s’empêcher de faire une blague : « Me voilà en train de faire l’hôtesse… ». Les quadras en chemise blanche (mention d'honneur pour un Sanchez particulièrement élégant) se lancent dans des phrases rituelles, boutades et autres slogans inattendus comme le « Venceremos » repris à Guevara par Achim Post ou le « compagni e compagne » de Pedro Sanchez. Valls et Sanchez parlent italien, Samson réclame sa vieille Europe, tous regardent Matteo avec admiration. Le chef de la maison a montré le chemin, c’est grâce à lui que son parti a décroché 40 %, un seuil jamais atteint. « Quelle chance vous avez ici en Italie d’avoir un ministre comme Matteo », conclut le leader du parti espagnol PSOE en se tournant vers la foule.

« Le futur est un lieu magnifique, allons-y ensemble »

Par la suite, les leaders socialistes paraphent un pacte rebaptisé « de tortellinis » (à la bolognaise) au restaurant Bertoldo. Comme pour confirmer qu’il faut être un peu sérieux, sans pour autant se prendre trop au sérieux au risque de ressembler aux autres, ces vieux qui font deux avec la communication, qui perdent les élections, ou qui coulent à pic comme Hollande en France, Zapatero en Espagne et la vieille garde de la gauche italienne. La mise en scène est impeccable. La gauche européenne semble avoir mis sur pied un nouveau marketing politique, qui paraît plus efficace que l'« alternative » que cherchait le premier ministre français pour changer le destin du centre-gauche européen et du continent. Renzi, vu comme le nouveau Tony Blair, a encore une fois frappé grâce à sa maîtrise de la communication. On peut le dire, le président du Conseil italien a déposé sa propre marque de fabrique. 

Coup de comm's réussi à Bologne. Pendant qu'il énonçait ses remerciements, l'ancien maire de Florence a prononcé une phrase mêlant poésie et espoir : « Le futur est un lieu magnifique, allons-y ensemble. » Très bien, mais reste à savoir comment.