Politique

Le Nigel Farage Show : calme, trop calme...

Article publié le 16 janvier 2017
Article publié le 16 janvier 2017

[OPINION] Quand le Royaume-Uni a su que Nigel Farage, ex-dirigeant du UKIP et fervent partisan pro-Brexit, allait présenter sa propre émission de radio, certains l'ont comparé à Lord Haw Haw - le présentateur britannique qui diffusait la propagande nazie durant la Seconde Guerre Mondiale. Mais la première émission du Nigel Farage Show s'est révélée étonnamment calme. 

En ouvrant sur de la musique chorale apocalyptique et avec une compilation des meilleures déclarations de Nigel Farage (notamment son discours sur l'« Independance Day » le lendemain du référendum sur le Brexit et son qualificatif de « serpillère humide » à l'encontre d'Herman van Rompuy), il est clair que les producteurs de LBC allaient à la rencontre d'un certain public. Mais ceux qui s'attendaient à voir Farage mettre le feu aux ondes avec une rhétorique populiste ont dû être déçus par la première émission, lundi dernier.

Certains peuvent être surpris à l'idée qu'un leader politique - et particulièrement quelqu'un de la trempe de Farage - soit choisi pour être le présentateur d'une émission de radio en prime time. Mais Farage est déjà apparu sur LBC (Leading Britain’s Conversation) qui est l'un des rares médias britanniques à donner la parole à tous les courants politiques. Parmi les hôtes de la radio, on retrouve aussi bien la célèbre chroniqueuse du Daily Mail Katie Hopkins que le journaliste pro-européen James O’Brien, qui fait régulièrement le buzz en échangeant avec des pro-Brexit durant son émission. 

« Cette émission, c'est vous », a lancé Farage au milieu de son monologue d'introduction. « Que vous soyez pro ou anti Brexit, je veux vous entendre ! », a-t-il lancé en ouvrant la ligne téléphonique. L'émission, dont le concept devrait voir Farage poser une question différente aux auditeurs chaque soir, a décidé de consacrer sa première édition à la prudence dont fait preuve Theresa May suite aux résultats du référendum.

Les amateurs du « loto UKIP » auraient fait carton plein : toutes les expressions typiques comme Remoaner (jeu de mots entre Remainer : celui qui veut rester dans l'UE et moan : gémir, ndlr) et « la volonté du peuple » ont très vite été lâchées. Dans la foulée, certains auditeurs ont appelé Farage à mener les négociations sur le Brexit (voire même le pays). Mais le ton est resté étonnamment calme. Tout le long. Peut-être que cette formule démodée demande une certaine courtoisie. Après tout, il est plus facile de se cacher derrière un tweet que de présenter une émission de radio à voix haute. Mais peut-être pas si démodée que cela : les auditeurs ont appelé de très loin, des Philippines et de Dallas au Texas, pour participer au débat.

Ceci dit, la plupart des intervenants étaient largement en faveur du résultat du référendum, ce qui a facilité la tâche, même s'ils n'étaient pas d'accord sur la façon dont la première ministre engage les négociations. La seule voix dissidente est venue de Chris, à Manchester, qui a demandé à Farage comment il se sentait « après avoir mené les Britanniques à cette décision ». Pas de piques implacables donc.

En fait, le sujet le plus intéressant de la conversation a brillé par son absence. À part quelques commentaires sur « des allers-retours aux États-Unis au cours des derniers mois », il n'y a eu presque aucune allusion aux élections américaines et au rapprochement de Farage avec le président élu Donald Trump

Bien sûr, il est trop tôt pour prédire la direction que va prendre le Nigel Farage Show. Dans quelques semaines, quand l'animateur se sentira plus à l'aise et les auditeurs plus impliqués, il y aura peut-être un ton très différent. Finalement, la séquence la plus divertissante est intervenue lors d'une coupure publicitaire malencontreusement chargée de sous-entendus. Un message faisait la pub pour des vacances dans le territoire contesté de Gibraltar. La seconde, pour un avocat spécialisé dans les divorces.