Politique

Le MENL : l'Europe qui n'aime pas l'Europe

Article publié le 17 juin 2015
Article publié le 17 juin 2015

Comme si l'Europe de la liberté et de la démocratie directe ne suffisait plus, c'est au tour de Marine Le Pen et de Matteo Salvini de fonder leur parti européen. Contre la monnaie unique, contre l'immigration, eurosceptique : un groupe parlementaire contre l'Europe. C'est le MENL, le Mouvement pour l'Europe des Nations et des Libertés. C'est paradoxal. Et c'est tant mieux. Explications.

Ils en rêvaient, ils l'ont fait. Rejoints par des députés européens de deux nationalités supplémentaires, ils sont parvenus au quota des 7 nationalités obligatoires pour fonder un groupe représenté au Parlement de Bruxelles. L’Europe des Nations et des Libertés est né. À sa tête, Marine Le Pen, et avec pour second Matteo Salvini de la Ligue du Nord, qui déclarait le 16 juin 2015 que « la naissance de ce groupe européen met fin au monopole des magouilles socialistes et démocrate chrétiennes : finalement à Bruxelles aussi naît une opposition saine, forte et courageuse contre la monnaie unique et la pensée unique ».

Dans le bébé, des représentants de la droite populiste et eurosceptique d’Europe : le hollandais Geert Wilders du Parti pour la liberté, celui qui déclarait que le Coran était un « Mein Kampf islamique »  et militait pour l’interdiction de l’immigration de provenance islamique en Hollande. Ensuite Janice Atkinson, qui a appelé une femme thaïlandaise une « ting tong » causant l’embarras du leader Nigel Farage qui l'a expulsée de l'UKIP en mars dernier pour une histoire de malversations financières. Un député européen du Vlaams Belang, le parti nationaliste flamand, le parti polonais Congrés de la Nouvelle droite (qui milite pour l’abolition de l’impôt sur le revenu, le rétablissement de la peine de mort et contre le mariage gay et l’avortement… entre autres). Enfin, l’Autrichien FPO, avec bien 4 eurodéputés (on rappelle que le FPO était le parti de Jorg Haider, qu’il est bien connu pour son antisémitisme et qu’il comptait à sa formation d’anciens nazis). Quant à Salvini, on ne le présente plus. Pur produit de la Ligue du Nord, il a appuyé les régions du nord de l’Italie qui ont refusé d’accueillir les migrants et est accompagné entre-autres de Gianluca Buonanno de son parti, qui, maire de la petite ville de Borgosesia, a interdit aux couples homosexuels de s’embrasser en public, sous peine de contravention, et affiche dans son bureau une photo de Poutine. Bref, la crème de la crème.

Dura lex sed lex

Le groupe siègera au cœur du Parlement européen. Il pourra présenter ses amendements, délibérer sur des projets de loi, s’exprimer en public. Les partis recevront assistants et secrétaires, et chacun 2,43 millions d’euros par an, eux qui ont si longtemps critiqué la classe politique professionnelle et craché sur Bruxelles, leur nouveau mécène. Dura lex sed lex, disaient les romains : la loi est inflexible mais c’est la loi.

Et pourtant, c’est aussi ça la démocratie. En la respectant, ce n’est pas seulement la loi et la liberté d’expression qui sont respectées : c’est aussi un moyen d’atténuer les effets des partis populistes ! Si l’extrême droite et les populistes ont de nombreux points communs, des partis comme la Ligue du Nord, UKIP ou le Front National, ne sont pas « fascistes », bien qu’ils s’en réclament parfois et que, pour certains, ils on été proches de l’idéologie fasciste (le Front National, né en 1972, utilise encore le logo de la flamme tricolore). Mais la Ligue du Nord par exemple, est un autre type de droite réactionnaire puisqu’elle est sécessionniste, quant à UKIP, c’est un parti identitaire d’un autre genre encore.

L’extrême droite s’inscrit dans une tradition, qui inclut l’existence et le respect (quoique…) d’une classe politique, dont elle accepte les règles, afin de s’y inscrire. Le populisme, de son coté, méprise la classe politique et voue un culte à l’homme moyen. En permettant aux populismes de droite de s’installer dans l’arène des institutions, on leur permet certes de s’exprimer plus facilement – ce qui est un des risques – mais on ampute la racine même de leur identité. Les populistes se plaignent de la classe politique loin des réalités du monde car évoluant dans un univers ouaté ? Très bien, donnons-leur accès à cet univers, ils le trouveront à leur goût, se montreront soudain moins affamés, plus enclins à traiter avec Bruxelles. Leurs militants finiront par leur reprocher la même chose qu’ils reprochent aux partis qu’ils critiquent. Du pain et des jeux ? En gros, oui.