Politique

Le Kosovo dans l’Union européenne ?

Article publié le 27 janvier 2006
Article publié le 27 janvier 2006
Alors que les Balkans pleurent le président Rugova, le spectre de l’indépendance de Pristina hante déjà la table des négociations de l'ONU sur le statut de la province, censées s'ouvrir en février. Mais à Bruxelles, on pense déjà à l'avenir.

La mort le 21 janvier dernier des suites d’un cancer du poumon du président Ibrahim Rugova, a braqué les projecteurs de l’actualité sur le Kosovo, cette province autonome des Balkans, partie intégrante de la Serbie-Monténégro. Car avec Rugova disparaît un leader politique majeur, célébré régulièrement comme le « Gandhi des Balkans » et dont la politique indépendantiste se caractérisait par la non-violence. Curieuse coïncidence, Vienne devait accueillir cette semaine les premières discussions sur l'avenir du Kosovo entre les représentants de la province autonome à majorité albanaise et le gouvernement central de Belgrade. Vu les circonstances, cette rencontre organisée sous l’égide de l’ONU a été repoussée au mois de février.

Autonomie ou indépendance?

La controverse est désormais classique. D'un côté, la majorité albanaise au pouvoir au Kosovo fait pression pour obtenir l'indépendance face à Belgrade et s'affranchir à terme de l'actuel protectorat exercé par l'ONU en vertu de la Résolution 1244. De l'autre, le président serbe Boris Tadic et son Premier ministre Vojislav Kostunica proposent « une solution intermédiaire entre l'autonomie et l'indépendance ». Difficile de comprendre ce qu’une telle formule sous-entend : ceux-ci cherchent probablement à engager des négociations visant à laisser aux Kosovars une grande liberté administrative, sans toutefois porter préjudice aux droits des quelques 10% de Serbes qui vivent encore au Kosovo.

Une communauté internationale divisée

La question ne peut toutefois être résolue sans un feu vert de la communauté internationale même si celle-ci apparaît plus que jamais divisée et creuse. Washington, par exemple, semble soutenir discrètement l'indépendance du Kosovo. L'ONU de son côté hésite, sachant pertinemment que son choix se heurterait au veto de la Russie et de la Chine, des pays par définition opposés aux indépendantismes, comme le démontrent leurs politiques respectives menées en Tchétchénie ou au Tibet et qui, de plus, ont toujours redouté les démembrements dans la région. Une quelconque décision, prise sans l'aval de l'ONU, équivaudrait à un autre échec de l’institution en matière de diplomatie et de droit international.

L'Union européenne, qui, depuis 1999 a financé une aide de 1,6 milliards d'euros pour le Kosovo, est à son tour divisée sur l'indépendance. On évoque aujourd’hui à Bruxelles soit une possibilité d'indépendance conditionnelle, soit une autonomie substantielle pour le gouvernement kosovar, placé sous le contrôle direct de la communauté internationale, apte à bloquer d’éventuelles dérives autoritaires et violentes. L'application d'une sorte de « modèle bosniaque » permettant une intervention sur les gouvernements locaux en cas de violation des accords de Dayton reste possible. On peut se demander si le schéma pourrait être appliqué au Kosovo ou s'il s'agit d’un simple canevas censé apporter une solution temporaire à une impasse diplomatique. Malgré cette valse-hésitation, le Commissaire à l'élargissement, le Finlandais Olli Rehn, a récemment mentionné une « perspective d’intégration dans l'Union européenne » des Balkans de l'ouest. Reste à savoir si le Kosovo y entrera en tant que province de la Serbie-Monténégro ou comme Etat indépendant.

La minorité serbe menacée

Massacrés par la police et par la minorité serbe-orthodoxe, les Albanais de confession musulmane qui représentent 90% de la population du Kosovo furent « sauvés » par l'intervention armée de l'OTAN en 1999. Mais depuis l’arrêt de la politique de nettoyage ethnique lancée par le sanguinaire président Milosevic, les épisodes de violence contre la minorité serbe se sont multipliés. A l’image des 28 Serbes tués au Kosovo en 2004. A présent, les Serbes sont condamnés à vivre dans des zones protégées par la communauté internationale, ghettos dont on ne sort pas sans constamment risquer sa peau.