Politique

Le Conseil de l'Europe, un institution bien discrète

Article publié le 27 février 2008
Article publié le 27 février 2008
Elle protège les droits de l'homme en Europe mais manque de visibilité. Cette organisation strasbourgeoise dose la bonne com' pour exister aux yeux de Européens, comme garante de leur démocratie.

Fier comme Artaban, derrière son bureau flambant neuf, Matjaž Gruden s’exclame : « Elle est presque révolutionnaire ! ». Ce Slovène est porte-parole du Conseil de l'Europe dont la toute dernière Convention sur la lutte contre la traite d'êtres humains (STCE n°197) vient enfin d’entrer en vigueur, le 1er février 2008, après un lent processus de ratification par les Etats membres.

Cette petite révolution que Gruden qualifie volontiers de spectaculaire n'est toutefois pas perçue par le citoyen lambda, à l'extérieur de ce quartier de haute sécurité. Car pour y rentrer, il faut se plier à quelques formalités de sécurité : retirer son manteau, déposer les objets métalliques dans un bac. Ambiance d'aéroport garantie. L'entrée dans la forteresse qu'est le Palais de l'Europe n'est vraiment pas chose aisée. D'immenses et ennuyeux couloirs d'administration attendent le visiteur, lors des semaines où aucune session n’est organisée. Sans plan, il s'avère également bien difficile de s'orienter dans ce labyrinthe.

Bienvenue au Conseil de l'Europe, fort de ses 47 Etats membres et de ses grandes valeurs que sont la démocratie, les droits de l'homme et la qualité de vie. Ce poumon historique de l'Europe, créé en 1949, souffre bien souvent d'un complexe d'infériorité à l'égard de la machine supranationale de Bruxelles, qui dispose des pouvoirs exécutifs et législatifs des 27 Etats membres de l'Union européenne. Le Conseil de l'Europe basé à Strasbourg est, quant à lui, une organisation intergouvernementale dépourvue de telles prérogatives. Tant et si bien, que les nouvelles conventions n'ont que trop rarement des conséquences directes. C'est bien là que le bât blesse.

Cependant, son action, complémentaire à celles des autres organes de l’UE, a bel et bien des effets sur le long terme, notamment dans des domaines aussi fondamentaux que le social ou l'économie. A titre d'exemple : la convention contre la traite d'êtres humains. Une révolution silencieuse est en marche.

Avancer sans cap ni moyens

Selon Matjaž Gruden, il manque au Conseil de l'Europe un profil clairement défini. Un rôle à jouer qui s’est un peu perdu au fil de l’histoire de l'Union européenne. L'importance croissante prise par Bruxelles, dès la fin des années 1970, aurait fait de l’ombre à l’institution strasbourgeoise.

De plus, Strasbourg justement pose un problème géographique, explique Micaela Catalano. La directrice du service Communication de l'Assemblée parlementaire évoque, d'une part, la médiocre desserte de la ville, comparée autres centres politiques et d'autre part, l'absence de la presse. De manière générale, les médias internationaux relatent relativement peu les événements se produisant dans la capitale alsacienne. Dans ce cas, il ne semble pas étonnant que l’Européen moyen ne soit pas au courant de l’action politique du Conseil de l’Europe. A cela s'ajoutent les problèmes budgétaires… et de faibles effectifs dans les rangs des services de presse internes. Alun Drake, chef de la division presse, renvoie malgré tout vers la page Internet du Conseil de l'Europe, www.coe.int, qui contient de nombreuses (presque trop) informations et archives.

Le défi de la proximité

Ainsi, le Conseil de l'Europe doit lutter contre un budget serré, une visibilité défaillante ainsi qu'un déficit de transparence. Pourtant, il dispose d'un important potentiel d'expert, comme Matjaž Gruden s'en fait l'écho : « Il y a quelques années, de très grandes ONG actives dans le domaine des droits de l'homme comme Human Rights Watch et Amnesty International ont affirmé que la seule organisation internationale influente en Russie en matière de droits de l'homme était le Conseil de l'Europe. »

Ceci n'est pas d'un grand secours. Pour les personnes extérieures, le Conseil de l'Europe ressemble, à cause de sa structure complexe, à une vraie jungle. En conséquence, un véritable effort doit être fourni au niveau de la stratégie de communication, un recentrage sur des thématiques pertinentes et plus proches des citoyens.

(Photo: ©Enno Dummer)

Jusqu'à présent, rares sont les visiteurs à s'être égarés au Conseil de l’Europe. Rien d'étonnant à cela : les institutions européennes sont situées à la périphérie nord-est de la ville. A la sortie, les drapeaux colorés des 47 Etats membres flottent au vent glacial. Dernier regard en direction de la plaque de lettres blanches sur fond bleu indiquant « Conseil de l'Europe – Council of Europe », le gardien de la démocratie européenne. La large avenue de l'Europe mène jusqu'au ravissant centre-ville. A peine deux kilomètres plus loin, dans les étroites ruelles et au milieu des terrasses des cafés, la cathédrale est de nouveau en vue. Le Conseil de l'Europe, lui, apparaît déjà bien lointain.