Politique

L'après-Kadhafi, un nouvel Irak ? La Libye de l'Europe pour rayonner.

Article publié le 25 août 2011
Article publié le 25 août 2011
L’après-Kadhafi s’organise autour du Conseil national de transition, désormais maître de Tripoli. Or, déjà, les doutes s’installent et certains craignent que la Libye puisse devenir un nouvel Irak. Cette fois, ce sera sans doute aux Européens d’éviter la répétition du désastre de l’après-Saddam.

L’expérience irakienne a laissé des traces. Si, au lendemain de la chute de Saddam Hussein, le triomphalisme était la norme chez les faucons américains, aujourd’hui, place à la prudence. Pas question de reproduire au sud de la Méditerranée les erreurs de la Mésopotamie. Barack Obama, soucieux de ne pas apparaître comme le « digne » successeur de Bush Junior, a ainsi martelé à longueur de discours un rappel limpide : « La Libye n’est pas l’Irak ».

Mais quand la force des choses l'exige...

Washington relativement en retrait

L’intervention libyenne a montré davantage de subtilité

Difficile de lui donner tort. Ainsi, là où les Américains sont intervenus unilatéralement, ou presque, il y a huit ans, en fonçant vers Bagdad, l’intervention libyenne a montré davantage de subtilité. C’est une coalition internationale - européenne, américaine puis, progressivement soutenue du bout des lèvres par les pays arabes, la Russie et la Chine - qui est entrée en jeu, sous mandat des Nations Unies. L’ONU qui, en 2003, n’avait pu qu’assister en spectateur impuissant au militarisme américain.

Exit le montage grossier autour des armes de destruction massive. Exit l’ignorance hautaine d’une communauté internationale en grande partie opposée à l’intervention. Huit ans, plus tard, Obama a délaissé la méthode Bush. Les États-Unis sont restés relativement en retrait, ne comptant « que » pour 27% du total des frappes de l’OTAN. Et la « vieille Europe » a, peu ou proue, pris le relais.

« C’était leur guerre »

C’est avant tout la Grande-Bretagne, la France et l’Italie qui ont assumé le poids de l’intervention et de l’aide aux rebelles au nom de la protection des populations civiles, selon les directives de la résolution 1973 de l’ONU. Si cette action a été plus importante que prévue, notamment en termes d’interventions aériennes et de livraisons d’armes, jusqu’à parfois risquer d’outrepasser le cadre onusien, le mot d’ordre est resté le même : l’OTAN ne doit pas être en première ligne.

La France, la Grande-Bretagne et l’Italie ont tout de même pris le risque de voir Tripoli prendre des allures de Bagdad.

Ainsi, le journaliste Fred Kaplan, ancien correspondant militaire du Boston Globe, estime, pour Slate.fr, au sujet des rebelles libyens : « C’était leur guerre, et ce sera bientôt leur victoire, pas la nôtre. » En effet, si les « Occidentaux » ont mis à disposition drones, missiles, armes automatiques et, sans doute formé une partie de la rébellion, c’est bien la rébellion successive des différentes tribus qui a été déterminante dans la chute du régime de Kadhafi. Selon un ancien diplomate français en poste en Libye, Patrick Haimzadeh, interrogé par RFI, c’est même l’action du clan Zintan (du nom de la ville, ndlr) qui a permis son renversement.

La Libye, échec de l’Europe politique ?

La clotûre de l'espace aérien c'était pour créer un nouveau Disneyland ?Cependant, en ayant servi de force d’appoint, particulièrement importante, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie ont tout de même pris le risque de voir Tripoli prendre des allures de Bagdad. Parce que la Libye est un territoire économique en friche et que le Conseil national de transition reste un objet politique non-identifié. Il va ainsi leur falloir assumer le leadership qu’ils ont endossé depuis sept mois et éviter de commettre les mêmes erreurs que les États-Unis en Irak, notamment en prenant en compte le tribalisme et les réalités locales libyennes. Seulement, l’Europe est-elle prête à répondre au défi politique libyen ? Rien n’est moins sûr. Car, si c’est bien Londres, Paris et Rome qui ont été les plus présents, le vieux continent reste divisé. La moitié des pays de l’OTAN a refusé de prendre part à l’intervention, dont des pays comme la Pologne et l’Allemagne. « L'Europe en tant que concept politique et stratégique a été totalement absente, c'est cela la triste réalité », reconnaît ainsi un diplomate européen, cité par l’AFP.

Un constat amer mais pas pour autant définitif. L’Union Européenne a sans aucun doute l’occasion de porter un espoir de réussite multilatérale tournée, on l’espère, vers les intérêts du peuple libyen plutôt que vers ceux des entreprises pétrolières multinationales, comme ce fut trop le cas dans le désert irakien. L’enjeu est de taille. Pour la Libye. Et, au-delà, pour l’Europe.

Photos : Une, brqnetwork/flickr ; Obama, sandiandsteve/flickr ; Sarkozy et Clinton, osipovva/flickr ; Vidéo unleshed14/youtube