Politique

L'Albanie peaufine sa candidature à l'UE

Article publié le 29 juin 2009
Article publié le 29 juin 2009
Le parti de centre-droit vient de remporter les élections législatives albaniennes. L’objectif du premier ministre Sali Berisha, qui pourrait remporter ce scrutin, est de relancer l’économie grâce au tourisme, et espère que son entrée récente dans l’Otan et, éventuellement, dans l’UE redorera son blason.
Vingt ans après la chute de la dictature, le pays est une destination touristique prisée pour qui cherche à sortir des sentiers battus.

Par centaines de milliers, ils recouvrent l’ensemble du territoire. Au bord des routes comme le long de la côte, à proximité des écoles, au beau milieu des parkings ou bien encore en plein champs : partout, ces petits bunkers individuels de béton ont poussé hors du sol comme des champignons. Ils témoignent de l’époque où l’Albanie, et surtout son dictateur stalinien Enver Hoxha, se sentaient menacés de toute part et surtout par son voisin du sud, membre de l’Otan, la Grèce. Ces champignons de béton, tous dotés d’une meurtrière orientée vers l’ennemi, sont les vestiges les plus apparents de plus de quarante années d’isolement et de dictature communiste qui ont pris fin en 1990.

(JnM_RTW/flickr)Vingt ans plus tard, le pays est méconnaissable, même si les bunkers sont pour la plupart toujours debout. Ils n'ont aujourd'hui plus aucune utilité militaire. Dans ce pays toujours aussi pauvre qui compte près de trois millions d’habitants, ils servent souvent de bergerie ou de chèvrerie. Pourtant, c’est à peine si la misère et la faim, omniprésentes après la chute du régime, sont encore palpables. Selon les données du FMI, le PIB annuel par habitant est passé de 654 $ en 1990 à 4000 $ à ce jour. Les milliards envoyés à l’Ouest ont grandement contribué à cette augmentation : à elle seule, l’Allemagne a envoyé plus de 800 millions d’euros d’aide au développement ces vingt dernières années. Ramené au nombre d’habitants, c’est plus que dans tout autre pays du monde.

L’UE en ligne de mire

Le pays est devenu une démocratie et veut maintenant impérativement rejoindre l’Union européenne. Fin avril, le premier ministre Sali Berisha a présenté sa candidature à la présidence tchèque de l’Union européenne. Mais il faudra attendre quelques années encore avant que l’Albanie ne soit acceptée à Bruxelles. Le pays gangrené par la corruption et où l’état de droit est défaillant devra d’abord résoudre ses problèmes. Cependant, l’entrée du pays dans l’Otan, le 1er avril 2009, a constitué une avancée significative. « C'est le plus grand événement pour mon pays après l'indépendance », a déclaré avec fierté Sali Berisha.

(slazgrc/flickr)Le parti démocratique de ce dernier (centre-droit) vient de remporter les élections législatives qui ont eu lieu le 28 juin 2009. Edi Rama, tête de liste du parti socialiste et maire de Tirana, était le principal opposant de Berisha. Si les 500 observateurs présents sur place pour vérifier la bonne marche de ce scrutin le confirment, alors l’Albanie aura fait un pas supplémentaire vers le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne.

Les progrès dans l’intégration euro-atlantique sont d’une importance capitale pour ce pays encore trop souvent synonyme aux yeux de l’Europe de l’Ouest de chaos, d’immigration massive et de criminalité organisée. Et le jeu en vaut la chandelle : en 2008, l’Albanie a accueilli plus de 2,5 millions de touristes. Le littoral albanais s'étend sur 362 kilomètres, de la frontière monténégrine au Nord à la Grèce au Sud. Le pays est bordé à la fois par l'Adriatique et la Mer ionienne.

Une terra incognita de sable blanc

Les criques idylliques et les plages vierges se situent principalement au Sud du pays, aux alentours des villes de Vlora, Himara et Saranda. Les paysages de montagnes sauvages couvrent 70 % de ce pays dont la superficie équivaut à deux tiers de celle de la Suisse. A cela s’ajoute Tirana, capitale en plein essor devenue ces dernières années une métropole montante de l’Europe du Sud-Est. Selon le chef du gouvernement, Berisha : « Le tourisme est de loin le potentiel le plus important de notre pays ». La majorité des touristes est originaire des pays voisins comme le Kosovo ou la Macédoine ou bien ce sont des Albanais installés à l’étranger. Les Allemands, les Suisses et autres Européens de l’Ouest constituent encore une exception.

(gabork/flickr)Selon les estimations de Gerd Hesselmann, expert en tourisme installé à Berlin, la situation n’est pas près de changer. Le tourisme balnéaire à grande échelle n’a en effet que peu de chances de se développer en Albanie. « Tout d’abord, le standing ne correspond pas, puis la part de marché qu’occupe le tourisme balnéaire a cessé de croître. L’Albanie devra se contenter des miettes. »

Hormis le tourisme balnéaire, ce pays méconnu de l’Europe du Sud-Est recèle nombre de merveilles. Ce sont des lieux historiques marqués par l’héritage ottoman tels que les villes de Gjirokastra ou de Berat ou les sites archéologiques de Butrint (tous trois classés au patrimoine mondial de l’Unesco) et leur implantation dans un paysage fascinant qui rendent le pays extrêmement attrayant, selon Jörg Kahlmeier, chef de projet chez le voyagiste Weit-Blicke installé à Leipzig.

Cependant, selon lui, ce que le pays a de plus captivant à offrir, ce sont les traces encore visibles de plus de quarante ans d’isolement et de régime communisme aux accents particuliers. C’est l’inconnu et la différence, l’authenticité et le mystère qui font tout le charme de ce pays aux yeux des touristes individuels et des petits groupes d’Europe de l'Ouest. Jörg Kahlmeier a très bien su résumer la situation : « Les hommes aspirent naturellement à découvrir des lieux encore inexplorés. En Albanie, c’est encore possible. »

Norbert Rütsche, l’auteur de cet article, est membre du réseau de journalistes n-ost.