Politique

La Slovénie bascule à droite

Article publié le 11 octobre 2004
Publié dans le magazine
Article publié le 11 octobre 2004
Le populisme et une dispute frontalière avec la Croatie ont eu pour conséquence la victoire des partis d'opposition aux élections parlementaires début d'octobre.

Iztok Sori pousse un soupir de soulagement : « La situation s’est calmée maintenant. Ni la Slovénie ni la Croatie n’ont connu de désordres politiques importants. La plupart des gens ont considéré que cela faisait partie de la campagne électorale ». L’ethnologue slovène se réfère à un incident qui s’est produit sur la frontière entre la Slovénie et la Croatie à la fin du mois de septembre. Un incident qui a même attiré l'attention de l'Union européenne. Joska Joras, un Slovène politiquement actif, ne peut atteindre sa propriété que par l'intermédiaire du poste-frontière entre la Slovénie et la Croatie voisine. Une situation qui appelle les problèmes. Le chef du Parti populaire (SLS), Janez Podobnik, et quelques hommes politiques du même acabit ont récemment rendu visite à M. Joras. Ils ont planté un arbre. Puis, sur le chemin du retour, une dizaine de partisans de Podobnik a été arrêtée par les gardes frontières croates. Les hommes politiques slovènes ont protesté auprès du gouvernement de Zagreb, qui a insisté sur le fait que les Croates étaient dans leur droit. Les

Slovènes ont à leur tour annoncé que leur soutien officiel à la candidature croate auprès de l’Union serait « gelé ».

Comportement peu judicieux

Iztok Sori est sensiblement soulagé que les Slovènes se soient placés au-dessus de l'agression nationaliste et argue du fait qu'il n'y a aucune excuse pour le traitement rustre de la police croate envers les hommes politiques slovènes. « Cependant, le comportement de Podobnik était peu judicieux, à une semaine des élections » déclare-t-il. Les élections parlementaires le 3 octobre ont à nouveau souligné le fait que la situation politique en Slovénie est un volcan endormi, susceptible d’entrer en éruption au moment le plus inapproprié.

La Slovénie et ses deux millions d'habitants ont eu des difficultés considérables avec la Croatie voisine depuis l’indépendance aux dépens de la Yougoslavie en 1991. La polémique principale porte sur l'accès de la Slovénie aux eaux internationales par l'intermédiaire de la baie de Piran ; un problème également à l’origine du dernier incident frontalier. La bataille sur le seuil de la propriété de Monsieur Joras a contribué au succès du SLS aux dernières élections, où il a récolté presque 7% des voix. Auparavant, Janez Podobnik avait peur de ne pas franchir la barre des 4 % [minimum requis pour obtenir un représentant au Parlement]. Mais Janez Jansa, le chef du Parti démocrate (SDS) a un gros motif de satisfaction : son

parti a reçu plus de 29% des voix. En revanche, le Parti libéral démocrate (LDS), au gouvernement pendant 12 ans, et avec à sa tête Anton Rop comme Premier ministre, s’effondre à 23 %. Les stratégies politiques contradictoires, les accusations de corruption et de népotisme ont amené les électeurs à évincer le gouvernement libéral.

Controverses à la marge

Les Catholiques se compteront sans doute parmi ceux qui se réjouissent de ce changement politique. Ils ont constamment et par des moyens controversés lutté contre le gouvernement précédent. Iztok Sori critique ce mouvement de balancier vers la droite : « Ce que je trouve inquiétant dans ces élections, c’est la mise en avant d’une politique d'exclusion. Les homosexuels, les athées, les Roms et les Yougoslaves sans citoyenneté sont visés ». L’ethnologue voit la croissance du soutien aux nationalistes du SNS (le Parti national - 6,3 % des voix) et du SLS comme un sujet d'inquiétude particulier. Ces derniers recueillent désormais plus de 6% des voix, et ont maintenant six -au lieu de quatre- sièges au parlement. Le chef du parti, Zmago Jelincic, est considéré comme un populiste avéré et s’est trouvé sous les feux de la rampe en raison de sa campagne placée sous le signe du « non à la Croatie dans l’UE » . Anton Rous, du Parti démocratique des Retraités (DeSUS) était également satisfait du résultat électoral : son partie remporte 4,02 % des voix. Assez pour le faire entrer au Parlement. Bien que son parti ne dispose d’aucun programme en tant que tel, ses slogans simples ont trouvé un écho parmi des invalides et des réfugiés réintégrés.

Bien que la droite ait connu en général une bonne fortune, le Parti Conservateur chrétien Nouvelle Slovénie (Nova Slovenija), dont le succès aux élections européennes lui a permis d'envoyer un membre à Strasbourg, ne comptabilise qu’un (relativement) modeste 8,79 %.

Les Démocrates Libéraux slovènes ont peut-être perdu la majorité parlementaire, mais ils ont encore de quoi être fier. Leur rôle a été décisif pour l’entrée de la Slovénie dans l’Union européenne et dans l’OTAN. Le parti a de nombreux autres succès à son actif, dont une croissance économique solide qui tourne autour de 2,5% et un chômage faible, aux environs de 6% de la population. Le nouveau gouvernement de Janez Jansa aura du pain sur la planche pour continuer à guider la Slovénie sur la route du succès. Notamment du fait que la nouvelle coalition, bâtie sur une coalition de nombreux petits partis de droite, pourrait avoir des fondations biens précaires.