Politique

La saison culturelle turque en France : je t'aime moi non plus

Article publié le 21 octobre 2008
Article publié le 21 octobre 2008
Les rapports entre la France et la Turquie sont ambivalents, sur le plan culturel et politique. De la reconnaissance du génocide arménien par la France à Sarkozy, qui s’oppose à l'entrée d'Ankara dans l'UE, 2009 sera une année charnière. Exemple à Lyon.

« Certains choix politiques ont eu des effets très négatifs », lance Uğur Hüküm, journaliste à Radio France International et correspondant à Paris pour le quotidien Cumhuriyet. « L'attitude de Sarkozy, de ses collègues et celle de l'Assemblée nationale sur le génocide arménien ont rendu les Turcs plus méfiants à l'égard de l'Europe et surtout de la France », poursuit-il. La Turquie, un pays stigmatisé dans l’opinion publique française ? La Saison culturelle turque en France, qui aura lieu de juillet à mars 2010 (et organisée par Culture France), cherchera justement à redorer l’image ternie du peuple turque, grâce à une série d'initiatives.

Sur les pentes de Croix Rousse

A Lyon, les immigrés se rencontrent, boivent d(Photo Andrea Giambartolomei)u çay et jouent au okey, un jeu de tuiles turques, en fumant malgré l'interdiction, dans les locaux d’une association implantée près du quartier de la Croix Rousse. « Je crois que cet événement favorisera les relations, estime Ilyas, 52 ans, notre culture est vaste. Son histoire est très ancienne, il suffit de penser à l'Empire ottoman. » « Les Français connaissent bien la Turquie et les Turcs, continue Mustapha, 28 ans, même Sarkozy la connaît, mais il n'en veut pas dans l'UE. Nous sommes 70 millions de Musulmans, peut-être a-t-il peur... ». Les deux hommes constatent que la Turquie est déjà au cœur de plusieurs événements : « A Lyon, il y a certains centres culturels qui organisent des spectacles de derviches tourneurs, des soirées orientales ou des débats », remarque Ilyas. Mustapha affirme lui, sans se faire d’illusions, qu'il ignore si les « chanteurs turcs qui viennent ici peuvent vraiment favoriser les relations et l'intégration. » Combien de Français fréquentent l'association franco-turque ? « Parfois quelqu'un qui est allé en voyage en Turquie vient boire un thé et discuter un peu, raconte Ilyas. Enfin il y en a... » Il le répète comme pour s’assurer que oui, il arrive parfois qu’un visiteur pénètre timidement dans ce petit coin d'Anatolie.

Turquie : oui, non, bof ?

Andrea GiambartolomeiSi l'on regarde l'industrie culturelle, les Français sont définitivement attirés et curieux de la Turquie. « Ces cinq dernières années, des éditeurs ont traduit et publié beaucoup plus d'auteurs turcs. Dans une librairie bien fournie, on peut trouver les œuvres d'environ trente écrivains, affirme Hüküm. On pourrait rappeler le succès du prix Nobel Orhan Pamuk, et celui de poètes comme Yaşar Kemal et Nazim Hikmet, et de romanciers comme Nedim Gürsel et Elif Şafak. » Et la liste est longue : « Pour la musique, il y a Fasil Say qui, avec son album et ses airs de Mozart, a eu beaucoup de succès il y a six ans. Pour le cinéma, je citerai Nuri Bilge Ceylan, qui a remporté deux prix à Cannes, et le jeune réalisateur germano-turc Fatih Akin. »

Fake Oddity est un groupe lyonnais dont le chanteur, Faik Sardag, est originaire de Turquie : « Les peuples pourraient très bien s'entendre, mais les préjugés dans les médias bloquent les rapprochements », affirme-t-il. Avec son groupe, il a enregistré son dernier album Runfast, à Istanbul, où ils ont fait quelques concerts. Cette expérience a permis aux membres français du groupe de connaître un peu le pays et ses habitants. 

Exemple d'intégration réussie et du potentiel des échanges culturels, ils ont décidé de s'investir dans la saison culturelle turque : « Nous avons proposé un échange entre Lyon et Istanbul, avec des groupes turcs qui viendraient jouer ici, éventuellement accompagnés par d'autres artistes », explique Fred Bassier, batteur du groupe, engagé dans l'organisation de ce projet. « Ce projet s'adresse à un public jeune qui s'intéresse au rock, mais on aimerait aussi organiser des animations pour les enfants et les parents, avec des conteurs de fables turques. Ainsi, il y aurait un public plus vaste et cela favoriserait les rencontres entre les deux peuples. »