Politique

La pépinière du changement

Article publié le 12 juin 2007
Article publié le 12 juin 2007
Séville est en plein boom économique, le tourisme et les infrastructures modernes se multiplient. Et la municipalité n'hésite pas à cajoler les jeunes entrepreneurs.

Séville avance. A grands bonds. En 2006, son économie a augmenté. Depuis, elle ne cesse de se développer, entre aides aux nouvelles entreprises, tourisme florissant, nouvelles infrastructures et créations d'emplois.

Et toujours plus de bière, grâce à la plus vaste et avant-gardiste usine de ‘cerveza’ de tout le pays, inaugurée depuis peu de temps. Les parallélépipèdes futuristes et colorés de la nouvelle usine ‘Heineken Espagne’ s'étendent devant les yeux du visiteur. L'odeur du malt est partout aux alentours de la pièce où se trouve le houblon.

Fernando Navarro Carrión, l’ingénieur en chef du groupe, détaille avec son accent andalou prononcé les différentes phases de la production de ‘cerveza’. L'entreprise ‘Cruzcampo’, qui la produit depuis plus de cent ans, fait désormais partie de la multinationale ‘Heineken’, branche Espagne, qui possède l’exploitation de la marque.

La majorité de la bière qu'on peut acheter dans le pays est ainsi produite ici. « En un siècle, la production a été multipliée par cent», explique Navarro. Pourquoi à Séville ? La bière, composée de malte, de houblon et de levure, nécessite un autre ingrédient fondamental : l’eau. Et en Andalousie, elle est réputée pour sa qualité et sa pureté.

Mais pour obtenir l'autorisation de déplacer l'usine de l'édifice historique où elle se trouvait, Heineken a dû affronter de nombreuses polémiques. L'ancienne usine de Cruzcampo, située dans le quartier central de Nervión, a finalement été transformée en musée.

La bière est désormais produite dans un nouveau complexe industriel, capable de produire automatiquement 5,2 millions d'hectolitres par an. La machine qui produit les jerricanes de bières ressemble à un char d'assaut. Dans la salle de production et d’embouteillage, les ouvriers sont peu nombreux et l’ensemble du processus est géré par un 'cerveau' central, supervisé par les ingénieurs du groupe.

« Nous n'avons commencé à construire l'usine qu'en 2005, » explique Navarro. « Mais la production a déjà commencé et tournera à plein régime en juillet 2008 : un vrai record. Elle donnera du travail à plus de 5 000 personnes ».

Une économie en plein essor

Sur la rive du fleuve Guadalquivir, face à l'île de Cartuja se dresse un autre édifice ultramoderne, le ’Crea Sevilla’. Ce centre, animé par la municipalité, a été institué pour « aider la création et la consolidation des entreprises», comme l'explique son directeur, Miguel Macías, depuis son lumineux bureau avec vue sur le fleuve. « La première chose que nous offrons aux nouveaux entrepreneurs, c'est un siège. Et nous leur apportons aussi une aide bureaucratique et stratégique».

Quelles sont alors les qualités requises des futures entreprises pour obtenir un soutien de la ville ? « Elles doivent vendre un produit intéressant ou novateur et utiliser, de préférence, les nouvelles technologies de communication», souligne Macias.

Le soutien de ’Crea Sevilla’ se déroule en deux phases. « La première dure six mois durant laquelle les futurs entrepreneurs sont suivis par des tuteurs et ont à leur disposition un ordinateur et une connexion internet. Pendant cette période, nous prenons en charge l'hébergement de la nouvelle entreprise, pour une durée maximum de trois ans.» Le directeur veut se montrer optimiste. « Séville est en train de vivre un boum économique, » affirme t-il. « Les infrastructures qui sont en train de naître et de se développer dans la ville -le métro, l'aéroport, l'urbanisme- sont autant de nouvelles opportunités de relance.»

Vivement le métro

En outre, « depuis les années 60, le tourisme, en particulier culturel, représente une des principales sources de revenus de l’économie locale ,» explique Mauro Ruiz Méndez, professeur d'économie à l'Université de Séville. « Les grandes manifestations folkloriques comme la ‘Semana Santa’ [la semaine de Pâques] ou la ‘Feria’ attirent de nombreux touristes qui peuvent compter sur la très bonne qualité des structures hôtelières. Nous développons aussi le tourisme de séminaire : le Palacio de Congresos [Palais des Congrès] en est un bon exemple, même s'il aurait besoin d'être agrandi. Enfin, il a y beaucoup de terrains de golf qui ont été construits dans la région, attirant les touristes du Nord de l'Europe».

Accompagnant cet essor touristique, les infrastructures n’ont pas manqué de suivre. « Beaucoup de compagnies ‘low cost’ utilisent maintenant notre aéroport, construit en 1992 à l'occasion de l’Exposition universelle, » détaille Ménedez. « Nous sommes même en train d'agrandir le port pour permettre l'entrée d'embarcations plus grandes».

Quant au métro, «le projet existe depuis les années soixante dix mais n'a pas reçu suffisamment d'investissements », explique Mendès. « Après la fin de la dictature de Franco, en plein chantier, le parti socialiste au gouvernement a bloqué les travaux. Pour l'instant, na municipalité ne prévoit que de construire une ligne. Pourtant, le métro est indispensable dans une ville de plus d'un million d'habitants dotée de rues qui ressemblent à celle de Naples. Le trafic automobile est insoutenable».

Merci infiniment à Eduardo S. Garcès et Ana Soriano Escudero pour leur aide précieuse