Politique

La paix : « 2011 nous rappelle que les solutions aux conflits existent »

Article publié le 20 décembre 2011
Article publié le 20 décembre 2011
Psychologue belge spécialisée dans la prévention des conflits, Cathy Van Dorslaer, a été particulièrement marquée par l’année écoulée. Des aspirations démocratiques aux transformations du jeu médiatique, elle nous explique pourquoi l’année 2011 était, selon elle, placée sous le signe de la paix.

cafebabel.com : En qualité de psychologue des conflits mais aussi en tant qu’observatrice avisée de l’actualité, quel goût, l’année 2011 vous laisse-t-elle ?

Sur la photo : "Le reste suivra"Cathy Van Dorslaer : Il serait exagéré de dire que l’année 2011 me laisse un goût de paix. Mais elle a fait naître en moi beaucoup d’espoir. En 2011, dix ans après les attentats du 11 septembre, les événements ont montré que le peuple et leurs responsables politiques se donnent les moyens de changer. Ils passent d’une politique de compétition à une politique qui laisse davantage de place à l’expression, à l’écoute, à la négociation, au compromis. En 2011, dans différents endroits du monde, dont les plus inattendus (Tunisie, Libye, Égypte, Syrie, Arabie Saoudite, Yémen), des citoyens se sont donné le droit d’exprimer leurs besoins, de les revendiquer (les Indignés, les manifestants héroïques du Printemps arabe). Si ce n’est pas la première fois qu’un peuple se soulève et tente de se faire entendre, c’est la première fois, au XXIème siècle, que ses cris et ses sacrifices ont été suivis d’effets : des dictatures sont tombées ou sont en voie de l’être, les instances internationales sont intervenues en respectant le cadre des résolutions de l’ONU, des politiques économiques désastreuses ont été sanctionnées (démission de Zapatero, Berlusconi, Papandréou). Nous entrons ainsi dans un nouveau paradigme : celui de l’écoute et de la reconnaissance des besoins et des droits de chacun.

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cafebabel.com : La portée démocratique des révolutions arabes reste à prouver. En Europe les classes moyennes s’appauvrissent. Aucune réserve ne vous incite à penser ces évènements avec moins d’optimisme ?

Cathy Van Dorslaer : J’ai conscience que cette nouvelle attitude est fragile. L’individualisme et les nationalismes sont toujours en sommeil. Comment les nouveaux gouvernements issus du Printemps arabe, plutôt islamistes, géreront-ils leurs rapports avec leur voisin israélien et l’injustice faite au peuple palestinien? Quelle place prendrait l’Iran et ses velléités nucléaires en cas de fracture ? Afrique, continent le plus meurtri et pourtant oublié, ne va-t-elle pas elle aussi vouloir se faire entendre ? En Europe, la recherche de boucs émissaires (les chômeurs, les étrangers, les politiques, les banques, les pays émergents qui prêtent l’argent dont l’Europe a besoin) est une pratique répandue.

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cafebabel.com : Quelle a été l’attitude des médias dans la représentation des conflits ?

Cathy Van Dorslaer : Les médias ont eu là, dans ce maintien du compromis, ou dans un retour vers les conflits et la guerre, une place prépondérante. 2011 est aussi l’année qui a vu une nouvelle façon d’informer, davantage caractérisée par la tendance à rechercher le compromis. Aux médias audiovisuels (accessibles par un grand nombre, présentés comme objectifs dans les démocraties ou orientés dans les dictatures), et aux médias « papier » (consultés par un moins grand nombre, orientés selon leurs appartenances politiques), se sont ajoutées les informations du net (les sites, les blogs …) qui sont les seules à permettre la diffusion la plus large des expressions individuelles. Ces nouveaux médias - échappant plus aisément à la censure - s’ils les permettent davantage, ne garantissent pas pour autant l’objectivité, la vérité, l’ouverture, le dialogue. Mais ils ont été un vecteur puissant de diffusion des revendications des mouvements populaires et ont sans doute permis que celles-ci ne soient plus ignorées

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cafebabel.com : A part les nouveautés du web, comment ce changement d’attitude de la part des médias s’est-il produit?

Cathy Van Dorslaer : A mon sens, la combinaison des diverses formes d’informations a modifié l’impact des informations, la réflexion des auditeurs et des lecteurs ainsi que leurs exigences. Ces nouvelles attentes du public pourraient amener les médias à rétablir différents principes oubliés : la description objective des faits, l’explication plutôt que le jugement, le rejet, la condamnation face à ce qui est différent, méconnu. Il faudrait aussi éviter la mise en avant de l’émotionnel, du sensationnel qui réveille les besoins de survie et de sécurité mais endort l’esprit critique. L’écoute et la prise en compte des souffrances, des attentes, des incompréhensions de toutes les parties impliquées dans le conflit doivent prévaloir.

Une indice-niais.

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cafebabel.com : Quels pourront être les effets positifs ?

Cathy Van Dorslaer  : Cette nouvelle attitude ne renforce pas les oppositions, les antagonismes, les différends ou les particularismes. Loin d’être avérée mais certainement possible et souhaitable, elle prônerait par contre ce que l’année 2011 a auguré et en ancrerait les bases : la recherche de solutions inexplorées et de compromis. Ce sont mes vœux pour l’année 2012.

Photos : Une (cc)smash13/flickr ; Texte : doigt d'honneur (cc)khalidalbaih/flickr yeah (cc)lintmachine/flickr petit révolutionnaire (cc)hedrok/flickr,  Anonyme-Net (cc) stianeikeland/flickr