Politique

La dernière cigarette s'éteint : Helmut Schmidt est mort

Article publié le 12 novembre 2015
Article publié le 12 novembre 2015

L'ex-chancelier allemand, européen convaincu, éditeur de l'hebdomadaire Die Zeit et penseur sage Helmut Schmidt est décédé hier, dans son domicile de Hambourg, auprès de sa famille.

« Je ne veux pas vivre 100 ans, mais même ça, je ne pourrai pas l'empêcher », a dit Helmut Schmidt à Sandra Maischberger au cours de sa dernière apparition télévisée en avril dernier. Son souhait a été exaucé cet après-midi. C'est auprès de sa famille qu'il est décédé, dans son hôtel de Hambourg.

Début septembre déjà, on avait appris que Helmut Schmidt avait renoncé au tabac. Un thrombus dans la jambe droite en était la cause. Lorsque l'info est sortie, j'ai aussitôt pensé à mon grand-père, qui a vécu jusqu'à sa mort avec ma mère et moi. À 93 ans, il tirait encore sur son cigare avec délectation et enveloppait alors toute la maison d'un épais nuage de fumée. Pour être sincère, ça m'énervait, parce que la fumée imprégnait mes vêtements et mes cheveux. À longueur de journée. Mais nous lui avons autorisé les cigares. Il ne fumait pas du tout en fait, il ne faisait que crapoter. Mais ça n'a aucune importance. Ses yeux brillaient quand il tenait son cigare entre ses doigts tremblotants. Aussi paradoxal que celui puisse paraître, le cigare était tout pour lui, son elixir de vie.

Grâce à mon grand-père, je peux me mettre dans la peau de Helmut Schmidt et je comprends ce que cela signifie quand le médecin décrète l'arrêt du tabac. C'est comme une mort avant l'heure.

En griller une et débattre

Au cours de sa vie, Helmut Schmidt a dû se passer de clope pendant 15 ans et 2 mois - de sa naissance à sa puberté puis dans les derniers mois de sa vie. Il a fumé avec tant de classe et de charisme, comme aucune autre personnalité de notre époque. « Le temps d'une cigarette », c'est ainsi qu'il parlait de ses conversations avec des intellectuels et des philosophes. Son travail est resté indissociable de sa passion pour la nicotine.

Choc pétrolier, crise des euromissiles, terrorisme de la Fraction Armée Rouge – la cigarette est restée. Le « battant », le « manager de crises » et le social-démocrate était fermement attaché à ses principes moraux et politiques et se distinguait constamment par sa droiture.

Un grand homme d'État

En 2013, un sondage Forsa (institut de sondage allemand, ndt) a révélé que les Allemands considéraient Helmut Schmidt comme le chancelier le plus important de l'après-guerre. Il a abandonné sa fonction de chancelier en 1982. 31 ans plus tard, il n'a rien perdu de sa réputation. Il est resté un des hommes les plus en vue. Les talkshows se l'arrachaient. Les audiences explosaient quand Helmut livrait sa vision du monde avec sa rudesse venue du Nord et sa clairvoyance. Afin d'éviter des incendies, tous les détecteurs de fumée étaient au préalable éloignés des studios télé. Eh oui, Helmut Schmidt avait droit à un traitement de faveur.

Il n'y avait pas que mon grand-père pour voir en lui un grand modèle. Il aura marqué politiquement et humainement des générations entières. Malgré la gloire, il aura vécu en toute modestie. En guise d'épitaphe, il avait réfléchi il y a quelques années à la phrase suivante : « Ci-gît quelqu'un qui a essayé de faire son métier correctement ».