Politique

La démission de Horst Köhler laisse l’Allemagne « topless »

Article publié le 9 juin 2010
Article publié le 9 juin 2010
La démission surprise le 31 mai 2010 de Horst Köhler de son poste de Président de la République fédérale allemande ne nuit pas au système, mais elle est préjudiciable à la démocratie.

 L’annonce par Horst Köhler lundi 31 mai de sa démission de la présidence avec effet immédiat a laissé momentanément Berlin en état de choc, mais l’Allemagne jouit d’un système politique bien trop stable et bien trop sophistiqué pour que la démission du chef de l’État puisse poser un véritable problème.

Le lendemain matin, la date des prochaines élections était déjà avancée : ce sera le 30 juin, la date la plus lointaine autorisée par la Constitution. En choisissant cette date, les prudents serviteurs de l’État ont même pensé que l’équipe allemande participant à la coupe du monde de football en Afrique du Sud ne pourrait pas se permettre une déconfiture le jour du vote. Chacun spécule déjà sur les candidatures possibles, au premier rang desquelles, Ursula von der Leyen, la ministre du travail et des affaires sociales. Ce qui est sûr, c’est que Lena Meyer-Landrut qui a gagné le concours de l’Eurovision ne prendra pas part à la course : en Allemagne les candidats au poste de président doivent être âgés d’au moins 40 ans.

Jusque là, c’est conforme à la constitution

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Une fois les premiers émois retombés, ce que tout le monde savait déjà de toute façon est redevenu clair : le président de la république fédérale allemande n’a aucun pouvoir politique. La machine continue à tourner sans lui. Qui connaissait Horst Köhler à l’étranger ? Et à qui, très franchement, « Sparkassen-Hotte » (le surnom ironique de l’ex-président, ancien dirigeant de l'Association allemande des caisses d'épargne et de virement) va-t-il véritablement manquer en Allemagne ? Comme ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), il n’a pas eu un mot sur la crise financière et économique. A peine entré dans la deuxième année de son second mandat l’année dernière, il restait toujours aussi maussade et silencieux et, pour finir, il s’est emmêlé les pinceaux au cours d’une interview qu’il n’aurait pas dû donner sur l’intervention de la Bundeswehr en Afghanistan. Quel que soit l’émoi suscité par la « prestation » présidentielle, on peut aussi être rassuré : ce sont d’autres personnes qui font la politique en Allemagne. La Loi fondamentale prévoit en droit constitutionnel une solution pour toutes les éventualités, et ce sera bientôt une nouvelle figure qui prononcera des discours plus ou moins importants, présidera les festivités au château de Bellevue et décernera les décorations et croix du mérite fédérales.

Président, un emploi saisonnier ?

Il n’empêche : La sortie de scène de Horst Köhler le 31 mai 2010 a constitué une rupture de la confiance et, en tant que telle, aura aussi des conséquences politiques. Son départ égratigne le sentiment démocratique car, en Allemagne, le président de la république symbolise la bonne conscience du pays et incarne la foi dans la démocratie. Lorsqu’il renonce car il est contrarié et qu’il n’a plus envie, c’est une illusion qu’il détruit. Après le retrait du chef de Die Linke (le parti de la gauche radicale) Oskar Lafontaine, et la démission de l’actuel ministre-président du Land de Hesse, Roland Koch, les citoyens et les électeurs ont constaté que même le président pouvait jeter l’éponge au premier signe d’ennui. La politique n’est pourtant pas un emploi saisonnier et la charge de président de la république encore moins !

Le roi est mort, vive la reine !

Lorsque la Loi fondamentale a été adoptée en 1949, l’Allemagne se trouvait confrontée à une double crise de confiance. Les Allemands avaient appris à leurs dépens le danger de placer des hommes forts au sommet de l’État et le danger, au moins aussi grand, de les faire élire par le peuple. C’est de cela qu’est née la fonction de président de la république lequel n’est pas élu au suffrage universel direct. Il s’agit d’une charge symbolique, qui exige prudence et réflexion. La République fédérale allemande n’est pas une démocratie présidentielle comme la France où l’homme le plus important de l’État a aussi son mot à dire dans la politique. Comme le président de la République italienne, le président allemand a avant tout une fonction honorifique et de représentation. Son style politique le rapproche des souverains des monarchies constitutionnelles. Et la personnalité qui rencontrait par exemple Nicolas Sarkozy, ce n’était pas Horst Köhler mais Angela Merkel.

Le président a par suite besoin de jouir de la confiance des citoyens pour ne pas devenir un fantoche aux mains des politiques. Réciproquement, son poste doit inspirer la confiance. Tout au long des soixante dernières années, les Allemands ont pu nouer des liens amicaux avec presque tous leurs présidents. Ils ont apprécié l’aura patriarcale qui entoure la fonction. Aujourd’hui cette figure paternelle a commis une sorte de suicide politique. D’où le choc. Et si le Père de la patrie devenait une Mère, le départ impromptu d’Horst Köhler deviendrait une petite révlution.

Photo: ©Presse. Nordelbien/flickr