Politique

La Biélorussie et son fantasme électoral

Article publié le 22 mars 2006
Article publié le 22 mars 2006
« Ni libres, ni justes ». Pour la plupart des observateurs internationaux mandatés par l'OSCE afin de superviser les élections biélorusses du 19 mars, la victoire d’Aleksandr Loukachenko est aussi large que suspecte.

Les 82,6% de voix obtenues par le Staline biélorusse, Aleksandr Loukachenko, n’ont pu être certifiées conformes par les observateurs internationaux, à qui il est interdit par la loi biélorusse de présenter le décompte des votes. Pour l’opposition conduite par Alexander Milinkevitch, le soutien à Loukachenko ne dépasserait pas 45% des suffrages, l’obligeant à se soumettre à un second tour.

L’allure de la place d’Octobre de Minsk depuis que le Comité Central Electoral a rendu publics les résultats rappelle vaguement la place de l'Indépendance de Kiev à l’hiver 2004. Cette fois-ci, la marée orange a laissé place à une vague de drapeaux nationaux blancs et rouges –interdits par le gouvernement- et des bannières représentant les étoiles de l’UE. Aux cris de « Gañb ! » (honte !) y « Zhivie Belarus! » (vive la Biélorussie !), 10 000 personnes ont défié les températures glaciales et les menaces de Loukachenko. Le Maître de Minsk, quelques heures auparavant, avait déclaré qu’il traiterait quiconque ayant l’audace de manifester contre le vainqueur des élections comme un « terroriste ». Encerclés par des cars de policiers et par le KGB –l’inquiétant service secret de sécurité biélorusse datant de l’époque soviétique-, la protestation populaire a été la plus massive jamais enregistrée dans le pays même si le flot des manifestants s’est peu à peu tari dans l’après-midi du lundi.

Une tornade internationale

Alors que les protestations à Minsk perdaient de leur fougue, une véritable tourmente s’est levée au sein de la communauté internationale. L’UE n’est certes pas restée impassible devant le dénouement d’une campagne électorale qui s’est soldée par l’arrestation d’une douzaine d’activistes de l'opposition, la mise à l’écart des observateurs et le musellement de la presse locale, à l’image du quotidien Narodnaia Volia (Volonté populaire).

Terry Davis, secrétaire Général du Conseil de l’Europe, n’a pas hésité à qualifier de la procédure de « farce électorale » tandis que la ministre des Affaires étrangères autrichienne –dont le pays préside actuellement l’UE- déclarait que les Biélorusses avaient voté dans un climat « d’intimidation » évidente. Aux Etats-Unis, qui classait en 2005 la Biélorussie au rang des pays de « l’axe du mal », Scott Mc Clellan, le porte-parole de la Maison Blanche a déjà plaidé pour l’organisation de nouvelles élections. A l’autre bout du monde, la Russie et la Communauté des Etats Indépendants se sont empressés de féliciter le Président biélorusse, reconnaissant sa légitimité et saluant la « transparence de la procédure » électorale.

Si les pays comme l’Allemagne ou la Pologne entendent adopter une attitude « dure » contre le gouvernement de Loukachenko, l’UE se contente de mesures comme l’interdiction des visas aux hauts responsables gouvernementaux ou l’isolement international. La non reconnaissance du Président réélu ne figure pas dans les projets de Bruxelles, pas plus que la mise en œuvre de sanctions économiques. En 2005, la Biélorussie a ainsi reçu près de 9 millions d’euros d’aides communautaires. Ceux qui se réjouissaient de voir arriver une nouvelle révolution de couleurs doivent se satisfaire d’une élection décidément bien grise.