Politique

Juncker : l'Europe va mal mais ça va mieux en le disant

Article publié le 11 septembre 2015
Article publié le 11 septembre 2015

Jean-Claude Juncker a donné hier matin son premier discours sur l’Etat de l’Union Européenne, en consacrant la majeure partie de son intervention à la crise des migrants. L’Europe va mal c’est certain. Le président de la Commission a choisi la lucidité à ce sujet, mais aussi la fermeté des propos.

Après avoir évoqué le nombre de réfugiés arrivés en Europe depuis le début de l’année, Jean-Claude Juncker a donné une leçon de morale. Il a souligné qu’une action plus audacieuse de la part des États membres est une question de justice au regard de l’Histoire, en rappelant les nombreuses migrations intra-européennes du passé : « Nous, Européens, devons nous souvenir que l’Europe est un continent où presque chacun a un jour été un réfugié. Notre histoire commune est marquée par ces millions d’Européens qui ont fui les persécutions religieuses ou politiques, la guerre, la dictature ou l’oppression ».

Pour mettre un terme aux critiques affirmant que l’Europe n’a pas la capacité d’accepter autant de monde, Juncker a remis les choses en perspective. Certes, un nombre important de migrants affluent sur notre territoire « mais ils ne représentent jamais que 0,11 % de la population totale de l’UE », a-t-il précisé.

Le président de la Commission a donc encouragé les États membres à se secouer, et à en faire davantage pour régler cette situation. Il s’agit notamment de ne pas laisser les pays où les réfugiés arrivent en nombre (Italie, Grèce, Hongrie) se débrouiller seuls face à ce défi. Après la première mesure d’urgence pour l’accueil de 40 000 personnes proposée en mai dernier, Jean-Claude Juncker a exhorté les pays européens à se mettre d’accord sur la relocalisation de 120 000 réfugiés supplémentaires. Un système qui devrait être obligatoire.

Il a également proposé la mise en place d’un mécanisme permanent de répartition, afin de gérer plus rapidement ce genre de crise à l’avenir. Une mesure qui devrait s’accompagner selon lui d’une harmonisation plus poussée des politiques d’asile après l’octroi du statut de réfugié, notamment en ce qui concerne l’intégration. À ce sujet, Juncker a d’ailleurs précisé que les demandeurs d’asile devraient avoir le droit de travailler pendant que leur dossier est à l’étude.

L’UE a besoin des migrants

Autre proposition prévue pour début 2016 : un Paquet de mesures sur la migration légale. Même si ce plan ne résoudra pas la crise actuelle, il faut malgré tout envisager des canaux et portes d’entrée plus sûrs en Europe. Juncker le rappelle : l’UE est confrontée à un défi démographique. La population européenne est vieillissante, nous aurons donc besoin de jeunes talents dans le futur. Par conséquent, il faut cesser de voir les migrants comme un problème, mais plutôt comme une ressource. Cela passe par un mécanisme amélioré pour la migration légale.

Pour répondre aux détracteurs de Schengen, qui voudraient voir les contrôles aux frontières internes de l’Union réinstaurés, Juncker s’est montré très ferme. « Le système de Schengen ne sera pas aboli sous le mandat de ma Commission ! », a-t-il déclaré. Il reconnaît cependant que la protection des frontières extérieures de l’Union doit être renforcée, notamment via l’agence Frontex. La Commission proposera donc avant la fin de l’année des mesures destinées à mettre en place un corps européen de garde-frontières et de garde-côtes.

Mais toutes ces mesures, aussi ambitieuses soient-elles, ne stopperont pas les flux de réfugiés tant que les raisons qui poussent ces gens à fuir leur pays existeront. On parle ici des conflits en Syrie, en Libye, de la lutte contre l’État islamique et de la situation dans certaines régions d’Afrique. L’Europe doit donc renforcer sa politique étrangère. Juncker suggère le lancement d’une offensive diplomatique européenne pour répondre aux crises syrienne et libyenne. Il a en outre proposé la création d’un fonds d’affectation spéciale d’urgence et espère que les États membres y contribueront. D’un montant initial de 1,8 milliard d’euros, ce fonds sera utilisé pour résoudre les crises actuelles au Sahel, dans la région du lac Tchad, la Corne de l’Afrique et l’Afrique du Nord.

Les autres points au pas de charge

La crise migratoire ayant pris énormément de temps de parole, Jean-Claude Juncker n’a pas pu développer les autres points de son discours. Il a malgré tout abordé le dossier grec, au sujet duquel il faut quand même relever ce qui ressemblait à une menace voilée. Le président de la Commission espère que la Grèce, qui organise des élections législatives le 20 septembre, respectera les accords conclus dernièrement. Ajoutant que si ce n’était pas le cas « la réaction de l’Eurozone et de toute l’Union européenne sera différente ». Une façon de durcir le ton, de manière anticipée, si le futur gouvernement grec entendait revenir sur ces accords ?

D’autres points ont été brièvement évoqués, notamment l’Ukraine, le TTIP, les droits sociaux européens, le changement climatique ou la politique fiscale. Le texte complet du discours de Juncker est disponible ici. Le programme de travail de la Commission pour 2016, qui n’a pas été abordé, a été transmis dans une lettre d’intention au président du Parlement et au Premier ministre Luxembourgeois.

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