Politique

Italie : autopsie d'une campagne vitale

Article publié le 21 février 2013
Article publié le 21 février 2013
L’appel des forces progressistes européennes est unanime : Pier Luigi Bersani, candidat du Parti Démocratique, doit à tout prix gagner les élections les plus délicates de ces dernières années afin d’empêcher le retour du parti de Berlusconi, qui ne ferait que renforcer la situation de précarité de l’Italie et entrainerait aussi toute la zone euro avec elle.

A Turin, le 9 février, le meeting Renaissance for Europe a justement commencé avec cette inquiétude. Les principales personnalités socialistes et progressistes européennes de Martin Schulz à Sergueï Stanishev - Président de PSE – en passant par Hannes Swoboda - président du groupe S&D au Parlement européen - sont toutes d’accord pour soutenir le Parti Démocratique (PD).

La Gauche en Italie

Pier Luigi Bersani, 61 ans, déjà 5 fois ministre depuis 1993, centre aujourd’hui son discours sur la nécessité de redonner de la crédibilité à la figure du Premier ministre italien au niveau international. Pour argumenter ses propos, il fait référence à son mentor Massimo D’Alema, figure historique des démocrates italiens, pilier du PD, premier et unique membre de l’ancien parti communiste à avoir endossé le costume de Premier ministre en 1998. Le parti a donc clairement pris ses distances avec les positions du Président sortant Mario Monti, accusé de ne pas avoir considéré les conséquences des coupes budgétaires effectuées sans discernement ces 12 derniers mois et de ne pas avoir obtenu une véritable place au Parlement européen. « Si Cameron fait la fête après l’accord sur le bilan européen, ça veut dire que c’est une victoire à la Pyrrhus », affirme Bersani.

L’électorat de centre-gauche attendait cette prise de position de Bersani depuis des jours, car le voilà à la fois attiré par une possible alliance pré-électorale avec le Premier ministre sortant mais aussi par l’aile gauche du PD. La Gauche Ecologie et Liberté dirigé par le gouverneur des Pouilles, Nichi Vendola. La forte opposition entre Vendola et Monti a toutefois poussé Bersani à un ultimatum, imminent.

La situation politique italienne est en fait plus que jamais complexe et délicate. Les 24 et 25 février auront lieu les élections avec une loi électorale (qualifiée de « vacherie » par son propre signataire, Calderoli de la Ligue du Nord) qui rend de fait le pays ingouvernable en absence de majorité écrasante ou de larges coalitions, en particulier concernant le Sénat. Il s’agit d’élections anticipées : les Chambres ont en fait été dissoutes le 22 décembre 2012, après la démission du Premier ministre Monti. Désormais, Bersani devra trouver un accord avec la liste de Monti - le nouveau parti né pour soutenir le retour du gouvernement intérimaire – sans toutefois que la frange la plus radicale de sa coalition l’abandonne.

De l’autre côté de la barricade

La candidature d’une série de formations politiques intransigeantes avec l’ancienne politique complique la situation. En premier lieu, le Mouvement 5 étoiles dirigé par le comique-blogueur Beppe Grillo, le soi-disant gourou de l’antipolitique. Surfant sur la vague d’éloges drainée par le mécontentement populaire, on pense que le comique génois pourrait recueillir au moins 20% des voix, notamment grâce à une campagne électorale pointant le renouvellement de la classe politique, le tout agrémenté d’un discutable mix de populisme et d’anti-européanisme. La participation massive des citoyens, en particulier sur les réseaux sociaux, a connu un succès allant bien au-delà des attentes de son leader. Ce succès étant alimenté par les scandales concernant les deux partis principaux. Celui de la banque Monte dei Paschi n’est que le dernier d’une longue série d’arrestations qui ont impliqué les partis à la tête du pays de ces 20 dernières années. C’est donc Beppe Grillo, la bombe à retardement de la politique italienne et sa rupture avec les partis traditionnels qui risque de condamner le pays à l’ « ingouvernabilité ».

Le bassin électoral des partis traditionnels est également érodé par les nouveaux entrants dans le monde de la politique comme Antonio Ingroia. Cet ancien magistrat se lance pour la première fois en politique en rassemblant des personnalités de la société civile et d’anciens politiques liés aux petits partis de gauche pour donner corps au parti Révolution Civile, et en demandant directement une nouvelle loi anti-corruption. On compte aussi l’arrivée en politique de l’ancien journaliste Oscar Giannino qui avec son parti Agir pour Arrêter le Déclin propose une politiques ultra-libérale afin de relancer l’économie.

Le Peuple de la liberté (PDL), quant à lui, ne bénéficie plus du soutien des dernières élections. Le changement de leader, de Berlusconi à son dauphin, l’ancien avocat Angelino Alfano, n’a pas donné la continuité nécessaire au projet politique. Ce dernier manquant cruellement de charisme pour conserver l’électorat. Et malgré le renouvellement de l’alliance avec la Ligue du Nord ainsi qu’une campagne électorale acharnée faite de promesses théâtrales (comme l’abrogation de la taxe foncière réintroduite par le gouvernement Monti), le parti a environ perdu la moitié de ses voix. Connaissant toutefois l’histoire électorale italienne, on ne peut toutefois pas exclure une remonté au dernier moment de l’homme qui a tenu en échec le Beau Pays pendant des années.

Le résultat de ce tournant électoral est donc loin d’être prévisible. Ce qui est sûr, c’est que l’Italie court le risque considérable d’avoir des coalitions non concluantes et un pays ingouvernable de fait, à un moment justement décisif pour le redémarrage de la zone euro.

Photos : © Paolo ProperziToutes Vidéo © lmollea/YouTube