Politique

Italie : à l'ombre de la caste politique

Article publié le 11 octobre 2007
Article publié le 11 octobre 2007
Le 14 octobre, le tout nouveau Parti Démocrate italien (PD) de centre-gauche va choisir son nouveau représentant. Loin de la déception des électeurs.

Clemente Mastella, ministre de la Justice, prend un avion aux frais de l’Etat pour se rendre à un Grand Prix de Formule 1. Le gouverneur de la province de Ligurie, Claudio Burlando, conduit en sens contraire sur l’autoroute durant un kilomètre sans payer d'amende après avoir montré sa carte d'ancien député au policier. Les parlementaires membres de la Commission des affaires étrangères ont droit à 120 000 euros de frais de voyage chaque année.

La conclusion de ces petits arrangements politique : les politiques italiens semblent devenus intouchables. C'est en tout cas le constat plutôt alarmant que dresse ‘La Casta’ ['La Caste'], un livre-enquête publié en mai 2007 par deux journalistes du quotidien Corriere della Sera.

Avec plus d'un million d'exemplaires vendus en seulement cinq mois, le livre met en avant les aspects les plus honteux de la politique italienne. Pots-de-vin, népotisme, privilèges injustifiés et gaspillages en tout genre dépassent les limites de l'imagination. Il suffit de savoir que le Quirinale [palais présidentiel italien, équivalent de l'Elysée, ndt] dépense quatre fois plus que Buckingham Palace pour s'en convaincre.

'Vaffanculo Day'

Les protestations ne se sont pas fait attendre. Après la défaite de Berlusconi en avril 2006, c'est la gauche qui est arrivée au pouvoir. Mais rien n'a changé. Beppe Grillo, un comique génois connu pour ses sketchs satiriques, a par exemple entraîné plus de 50 000 Italiens dans les rues à l'occasion du ‘Vaffanculo Day’ [Journée du ‘va te faire foutre’ !]. Une manière peu distinguée mais efficace de dire ‘Basta !’ à la politique de papa. Ras-le-bol par exemple d'un parlement dans lequel siègent 25 députés condamnés à des peines de prison ferme.

Face à la gogne de la population, la coalition de centre-gauche a choisi de créer une énième force politique : le Parti Démocrate (PD). Une coalition unique, une sorte de phare au milieu de la tempête pour l'électorat de centre-gauche. D'ex-communistes -issus du parti des Démocrates de gauche -Democratici di sinistra- et d'anciens démocrates-chrétiens du centre-gauche -parti de la Marguerite -Margherita- se sont rassemblés en une équipe unique, aux côtés d'autres petits partis.

Le 14 octobre 2007, le PD organisera ses primaires pour élire son propre leader. Le candidat numéro un serait, selon les sondages, le démocrate de gauche Walter Veltroni -ancien maire de Rome- avec 68% des intentions de votes. Viennent ensuite Rosy Bindy -ministre de la Famille- avec 15% et Enrico Letta -sous-secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil des Ministres- avec seulement 9%. La naissance officielle du parti est prévue pour le printemps 2008, après un congrès unitaire constitutif.

Le 'wiki-Pd'

Mais que va faire au juste le Parti démocrate ? Piero Fassino, secrétaire des Démocrates de Gauche [Democratici di Sinistra -Ds, ndt] le définit comme : «un parti qui retrouve les valeurs historiques de la gauche et maîtrise l'alphabet du siècle nouveau». Enrico Letta, au contraire, vise les jeunes générations, le qualifiant de «wiki-PD, auquel chacun peut apporter sa contribution selon le modèle de Wikipédia», l'encyclopédie participative en ligne.

En clair, le Parti démocrate aspire à être le moteur du changement. À tel point que les politiques français s’en sont inspirés. Exemple flagrant en avril 2007 : François Bayrou, leader de l'UDF [aujourd'hui Modem] et troisième homme dans la course à l'Elysée entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, annonce qu'il désire constituer un Parti démocrate d'union nationale, qui puisse réunir sous un seul drapeau les meilleures personnalités de droite comme de gauche. Une expérience, assez consensuelle, qui restera lettre morte.

La démarche avait déjà été tentée en avril 2004 par le même Bayrou, en collaboration avec Fransesco Rutelli (père du PD italien), avec la création d'un nouveau Parti démocrate européen (PDE) qui rassemblerait les députés italiens du centre-gauche et les libéraux anglais et allemands dans l’hémicycle de Strasbourg. La formation aujourd'hui constituée, ne trouvera aucun signe d'une quelconque présence de la gauche en son sein.

Car c’est justement la coexistence de la tradition réformiste et de celle du centre qui menace le futur Parti démocrate italien. Le premier banc d'essai sera la mise en place de cette nouvelle formation au Parlement Européen. DS et Margherita, qui seront de fait les partis majeurs du PD, font respectivement référence au PSE (Parti socialiste européen) et au PDE (Partie démocrate européen). Pour l'heure, aucun des deux ne semble disposé à faire des compromis. Cela changera t-il réellement quelque chose ? L'expérience italienne nous le dira.