Politique

Guillermo Fariñas : « les changements opérés à Cuba sont cosmétiques »

Article publié le 3 juillet 2013
Article publié le 3 juillet 2013

Il arrive en costard-cravate, regarde ici et là et prend la pose. Mardi, Guillermo Fariñasancien dissident cubain et directeur de l'agence de presse indépendante Cubanacan Press a débarqué à Strasbourg afin de recevoir le prix Sakharov pour la liberté de penser devant un parterre de députés européens qui l'attend depuis 3 ans. Interview.

C'est aujourd'hui, à midi pile, que celui qui a été surnommé « El Coco » (en référence à l'image du méchant gredin qui terrorisait les enfants quand ils faisaient une bêtise, ndlr) connu pour avoir mené d'innombrables grèves de la faim (dont une de 135 jours, ndlr) est censé recevoir son prix dans une ville qui  par la présence des sièges du Parlement européen, du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’Homme, aime à se qualifier de « capitale des droits de l’Homme ». 

A l'occasion de la réception organisée par la ville, Guillermo Fariñas ne s'est pas fait prier pour adresser un message aux dirigeants de son pays. « Le gouvernement cubain a fait des concessions, mais ne vous leurrez pas, il ne s’agit pas de changement. Le gouvernement castriste cherche les moyens de financer sa répression auprès de vous qui vivez en démocratie. Ne soyez pas dupes, les changements opérés sont cosmétiques », délcare-t-il. Avant de mettre en garde sur le fait que « la démocratie est toujours menacée par l’autocratie » et de conclure par un inhabituel « Dieu bénisse Strasbourg ».

cafébabel :  Monsieur Fariñas, le Parlement européen vous a proclamé lauréat du prix Sakharov 2010, qu’avez-vous ressenti à l’annonce du résultat ?

Guillermo Fariñas : Lorsque j’ai appris que l’on m’avait accordé ce prix, j’ai pensé à mes frères de lutte et à mon père. Il s’agit d’un engagement commun et je ne l’ai jamais considéré comme un prix personnel, mais comme une reconnaissance du secteur le plus rebelle, celui de la société cubaine, qui, en dépit des assassinats, des fusillades, des emprisonnements, des noyades ou des attaques de requins pour rejoindre les côtes de la Floride, continue de s’opposer au régime en surmontant les peurs et en luttant avec obstination. J’ai aussi ressenti une grande joie, notre travail a été reconnu. Après le Nobel de la paix, ce prix revêt le deuxième rang dans l’ordre d’importance, et en me privant d’autorisation, le gouvernement a montré qu’il avait été préoccupé par la délivrance de ce prix. Même ma mère, qui pouvait me représenter au Parlement, n’a pas pu quitter Cuba.

cafébabel : Vous avez reçu cette distinction de la part d’une institution européenne, qu’attendez-vous de l’Union européenne au regard de la situation politique dans votre pays ?

L’UE a ouvert des négociations avec Cuba après l’abandon de la « Position commune ». J’aimerais rappeler qu'il ne faut pas oublier d’inclure que toute collaboration économique, politique, sociale ou culturelle doit toujours être précédée d’une exigence vis-à-vis du gouvernement Castro, d’une exigence de respect, dans la pratique et non dans la rhétorique, de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et de la totalité des articles qui la composent.  

cafébabel : Comment votre voyage aujourd’hui a-t-il été rendu possible et que risquez-vous en rentrant à Cuba ?

Guillermo Fariñas : Je suis accompagné de ma mère et ce voyage spécifique a été financé par le Parlement européen. Je me suis tout d’abord rendu au Honduras, à Miami, dans le New Jersey, à New-York, à Porto Rico et en Pologne  grâce à l’aide de deux entrepreneurs cubains vivant aux Etats-Unis depuis de nombreuses années, les exilés cubains étant partisans de notre cause. En rentrant, nous nous exposons à la répression qui est l’essence du gouvernement. Nous sommes prêts à ce qu’il nous assassine, nous arrête, nous jette en prison ou nous diffame. Tout cela fait partie de nos aspirations pour parvenir à la démocratie. 

Propos recueillis par Lucie Dupin