Politique

Grèce : des îles à l’épreuve du feu et du ciment

Article publié le 4 septembre 2009
Article publié le 4 septembre 2009
Destination touristique par excellence, les îles grecques résistent à l’invasion des immeubles de béton bouchant la vue d’autres littoraux européens. Une exception insulaire dans un pays où les affaires immobilières se concluent parfois au prix du feu.

Les îles grecques, ce sont plus de 5000 îles et îlots en pleine Méditerranée : un climat doux, la mer de tous les côtés, des paysages lumineux et une culture ancestrale, voilà qui en fait une destination touristique de premier choix. Mais en sillonnant les côtes, on peut être surpris de les voir si bien conservées. Le ciment n’a pas colonisé ces archipels sûrement autant convoités que d’autres littoraux européens. Et c’est à l'Etat hellénique, inflexible en ce qui concerne les affaires immobilières, que l’on doit cela. Sans cette attitude, les cités insulaires s’enrichiraient aux faveurs d’opérations « illégales », comme l’explique E.Milioti, le notaire de l’île de Sifnos. Cette enclave naturelle a été complètement oubliée jusque dans les années 60 où la Jet-set a redécouvert ce que les commerçants vénitiens avaient quitté au Moyen-âge. Aujourd’hui, les insulaires tentent de garder l’étiquette de « sérénité » que n’ont pas les grandes agglomérations de bord de mer, comme la Costa del Sol en Espagne ou la Côte d’Azur en France. Une stratégie plutôt bien vue au regard des investissements européens, poursuit la notaire.

(Clara Fajardo)

Des règles strictes

« Les incendies survenus dans les environs d'Athènes pourraient avoir été provoqués intentionnellement »

Petit exemple des règles en vigueur dans les Cyclades : un particulier ne peut construire sur sa parcelle que si elle fait un minimum de 4000 m2 en périphérie des centres urbains des îles. Le permis de construire autorise l’édification de 200 m² à usage privé, limite qui peut être dépassée s'il s'agit d'une exploitation hôtelière, à raison de 3000 euros le mètre carré. Mais la législation ne s’arrête pas ici : pour conserver la luminosité, le calme et la tranquillité qui émanent de ces terres, les normes de construction sont indiscutables. Les fenêtres doivent être petites, l'habitation doit avoir au maximum deux étages et le blanc doit prédominer sur les façades de toutes les maisons. Évidemment, certains s’arrangent pour contourner la loi. Une entourloupe classique, selon le notaire Milioti, est de déclarer le rez-de-chaussée comme sous-sol et éviter ainsi la restriction à deux niveaux. Mais les tricheurs ne passent pas inaperçus. Au début de ce mois par exemple, Milioti a dû faire foi d’un dépassement illégal de 40 mètres pour un immeuble de 300 000 euros.

Un coupe-feu légal

Ces restrictions fonctionnent comme un coupe-feu. La situation est très différente en Grèce continentale. « Les incendies récents survenus dans les environs d'Athènes pourraient avoir été provoqués intentionnellement dans leur majorité », indique un avocat de la capitale qui préfère conserver l’anonymat. Des imprécisions légales font le jeu des pyromanes : le registre foncier de la Grèce ne possède pas de cartographie délimitant précisément les différentes propriétés sur une carte. Et bizarrement, après chaque feu dévastateur, des propriétaires viennent faire des réclamations « douteuses » pour récupérer des bouts de terrains, là où auparavant s’étendaient des espaces forestiers ou protégés. S’ajoute à cela l’existence d’un « titre d’usucapion » (le fait d’acquérir de fait une propriété après l’avoir occupé un temps déterminé)… Et l’on comprend pourquoi la situation immobilière est très chaude dans le Péloponnèse.