Politique

Gazoduc South Stream : le coup de poker de Poutine

Article publié le 8 décembre 2014
Article publié le 8 décembre 2014

La construction du gazoduc South Stream, censé approvisionner l'Europe du Sud en gaz russe, fait face à certains obstacles au vu des tensions entre l'Ouest et l'Est.

Qu'est-ce que le projet South Stream ?

De retour en 2012, le géant de l'énergie russe Gazprom débute la construction du gazoduc South Stream, qui est censé approvisionner du gaz en BulgarieItalie, Hongrie, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Croatie et Autriche en passant par la mer Noire. Le gazoduc, un projet à 29 millions d'euros, aurait fourni les besoins en énergie de l'Europe du Sud. Selon les estimations, le projet South Stream aurait pu répondre à 20% de la demande en gaz de l'Union européenne.

Cependant, certains obstacles se sont dressés face au développement du gazoduc lorsque les relations entre l'Ouest et l'Est se sont tendues. Avec l'invasion russe de l'Ukraine en mars 2014, une vague de condamnations émises par les pays occidentaux s'est abattue sur le Kremlin, ce qui a influencé le désir de l'Union européenne de trouver une solution durable au projet South Stream. La Bulgarie, pays qui représentait la principale porte d'entrée du gaz russe en Europe, a gelé le développement du projet russe sous la pression des USA et de l'UE.

De retour en 2008, Gazprom et les pays membres de l'Union européenne signent un contrat connu sous le nom de troisième paquet énergétique, qui stipule qu'une seule entreprise ne pas peut à la fois produire et distribuer du pétrole et du gaz. Poutine s'est soudainement vu confronté à l'impasse bulgare mais aussi à une loi européenne qui a rendu la poursuite du projet difficile.

L'objectif du projet South Stream était d'alimenter l'Europe en gaz de manière directe, sans passer par le territoire ukrainien, suite aux troubles entre la Russie et l'Ukraine. L'Allemagne, la France et l'Italie faisaient partie de ce projet en tant que partenaires stratégiques du projet South Stream. La société créée pour développer et contrôler cet ambitieux projet avait pour nom South Stream AG. Elle était détenue à 50% par Gazprom, à 20% par le groupe italien ENI, à 15% par le groupe français EDF et les 15% restants étaient détenus par le groupe allemand Wintershall.

Réactions ambivalentes

Au cours d'une visite officielle à Ankara le 1er décembre dernier, Poutine a déclaré avoir été contraint d'abandonner le projet South Stream en partenariat avec l'UE. En revanche, Poutine a annoncé une nouvelle coopération stratégique avec la Turquie. Moscou réduira aussi les prix du gaz pour les consommateurs turcs de 6% à partir du 1er janvier 2015. « Nous sommes également prêts à faciliter le projet d'approvisonnement en gaz conjointement à l'instauration de nos projets en commun à grande échelle », a ajouté Poutine. Il a aussi mis en avant le fait que la Russie est prête à construire un nouveau gazoduc afin de satisfaire la demande en gaz de la Turquie. Une association très certainement stratégique puisque la frontière entre la Turquie et la Grèce est décisive pour assurer la distribution du gaz dans le sud de l'Europe.

Par ailleurs, le président russe a examiné la possibilité de tensions entre la Bulgarie et l'UE, en soulignant le contrôle de l'UE sur la souveraineté de la Bulgarie et en invitant fortement le gouvernement bulgare à réagir. « Si la Bulgarie est privée de son droit d'agir en tant qu'État souverain, laissez-lui au moins réclamer l'argent qui lui est dû de la part de la Commission européenne pour les revenus non perçus. Les recettes budgétaires directes que la Bulgarie aurait pu touchées du passage du [gazoduc] représenteraient au moins 400 millions d'euros par an », a encouragé Poutine.

Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a réagi en déclarant qu'il n'accepterait pas le chantage de la Russie à l'égard des Bulgares. Il a également ajouté que « le gazoduc South Stream pouvait être construit ». Cependant, l'ex-commissaire européen à l'Énergie, Gunther Oettinger, a expliqué que le projet South Stream n'avancerait pas tant que la Russie ne reconnaîtrait pas le nouveau gouvernement de Kiev. Les pays membres de l'Union européenne essayent de réduire leur dépendance vis-à-vis de l'énergie russe. Jérôme Ferrier, Président de l'Union Internationale du Gaz, a cependant annoncé que « l'Europe ne peut pas complètement se passer du gaz russe ».

Du point de vue bulgare, le Premier ministre Bojiko Borisov a signalé que la Russie n'avait pas encore fait d'annonce officielle quant à l'annulation du projet. En outre, Borisov a également manifesté la volonté de la Bulgarie ainsi que celle de la Commission de continuer à avancer sur ce projet. Une chose est certaine : la tactique de la Russie pour dégrader les relations au sein de l'UE fonctionne, non seulement à cause du soudain virage vis-à-vis du partenariat commercial avec la Turquie mais aussi à cause du présumé financement de Poutine aux partis européens d'extrême droite.