Politique

François Hollande : chichement vôtre

Article publié le 31 janvier 2014
Article publié le 31 janvier 2014

C’est important d’avoir du cran. Encore faut-il pouvoir passer de la parole aux actes. La semaine dernière, pendant sa conférence de presse, François Hollande a empiété sur le programme libéral de la droite, en proposant des mesures en faveur des entreprises, mais surtout afin de réduire l’argumentaire de l’opposition à un seul mot : « Chiche ». 

Il a fal­lu at­tendre 2 ans pour voir Fran­çois Hol­lande prendre des risques. Pour­tant dès son en­trée à l’Ély­sée, le nou­veau pré­sident fran­çais – ré­puté pour sa pru­dence – de­man­dait d’em­blée à ses conseillers : « com­ment je sors sans que l’on me voie ? ». Vous connais­sez la suite : c’est sur un scoo­ter aussi cha­ris­ma­tique que lui que le chef de l’État ren­dait vi­site à Julie Gayet, cette ac­trice fran­çaise dont il s’est en­ti­ché. 

L’acte de bra­voure s’ar­rête là. Hol­lande s’est fait pin­cer par un pa­pa­razzi man­daté par Clo­ser et d’au­cuns pensent que ses frasques font plus appel à la bê­tise qu’au cou­rage. Non, sa vé­ri­table fer­meté était conte­nue dans la tant at­ten­due confé­rence de presse de la se­maine der­nière où, évi­tant d’un re­vers de langue les al­lu­sions à sa vie pri­vée, le Pré­sident de la Ré­pu­blique a an­noncé des me­sures en fa­veur des en­tre­prises. En bref : une di­mi­nu­tion des taxes et no­tam­ment la fin des co­ti­sa­tions fa­mi­liales. Com­prendre : un vi­rage li­bé­ral ex­trê­me­ment sur­pre­nant de la part d’un homme de gauche qui a mar­telé qu’il était (tou­jours) un « so­cial dé­mo­crate ».

L'an­cien mi­nistre de Ni­co­las Sar­kozy et dé­puté des fran­çais à l'étran­ger, Fré­dé­ric Le­fèbvre, dit « Chiche » à Fran­çois Hol­lande.

Pour le coup, Hol­lande a coupé la chique à l’op­po­si­tion, éton­née de voir son rival jouer dans son camp et qui au lieu de pé­ro­rer sur le contenu de cette confé­rence pré­si­den­tielle a ré­duit son ar­gu­men­taire à un seul mot : « Chiche ! ». À tel point que tous les di­ri­geants de l’UMP ont re­pris l’ex­pres­sion et que Le Monde se fend d’un ar­ticle pour ex­pli­quer qu’elle fait ré­fé­rence à « une ex­cla­ma­tion de défi lancé ou ac­cepté ». Sy­no­nyme ? « T’es pas cap ! » que l’on uti­lise beau­coup à la récré.

Les An­glais, qui ont mon­tré tout au long de la se­maine qu’ils ado­raient sa­voir ce passe sous la cein­ture du French pre­sident, di­raient clai­re­ment « Mr Hol­lande, do you have the balls to do this? ». À la li­mite, ils ren­draient au défi son ca­rac­tère spor­tif en uti­li­sant le slo­gan latin des fans de Tot­ten­ham « au­dere est fa­cere » (« Oser, c’est faire »). Mais c’est bien connu, l’amour comme la po­li­tique est une af­faire de tripes. Aussi, l’op­po­si­tion bri­tan­nique de­man­de­rait plu­tôt : « do you have the guts to do this? » (« avoir les tripes »). En Po­logne aussi, on a ten­dance à mon­trer ce qu’on a dans le ventre. « Mieć jaja coś zrobić » c’est aussi « avoir les tripes pour… ». En Es­pagne de­vant un chal­lenge, on apos­trophe et l’ex­pres­sion tient en trois mots : « ¡ A que no ! ». Il n’y a fi­na­le­ment qu’en Ita­lie où le mot « chiche » est qua­si­ment in­tra­dui­sible. La ju­ris­pru­dence Ber­lus­coni a sû­re­ment mon­tré que ça ne ser­vait à rien de dé­fier un Ita­lien. Par contre, il y a un pro­verbe pour dire ô com­bien la dis­tance est par­fois longue entre les pa­roles et les actes : « tra il dire il fare c'è di mezzo il mare » (« Entre dire et faire, il y a la mer »). Soit un che­min dif­fi­cile à em­prun­ter, même avec le plus beau des scoo­ters. 

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