Politique

Football, pétrodollars et PSG : Qatarira bien qui rira le dernier

Article publié le 3 octobre 2011
Article publié le 3 octobre 2011
Depuis cet été, les Princes sont arrivés au Parc. Et l'on peut dire que les Qataris, nouveaux propriétaires du Paris Saint Germain, n'ont pas lésiné sur les moyens pour refaire du club de la capitale, un joyau de la couronne. Mais de laquelle ? Celle du royaume sarkozyste ou bien de l'émirat du Qatar? Et surtout, qu'est ce qui a poussé ces cheikhs milliardaires à investir en France et en Europe?

Paris est en passe de redevenir magique. Avec plus de 80 millions d'euros de transferts cet été, pour neuf nouveaux joueurs (dont deux arrivés avant la prise de pouvoir qatari), le Paris Saint-Germain s'est doté d'une véritable armada. Mais plus encore, il est devenu un club qui peut rivaliser en terme financier avec les cadors européens, en chipant par exemple Javier Pastore, au nez et à la barbe de l' Inter Milanou de Chelsea, pour 40 millions d’euros. Et faire venir des joueurs de la dimension de Jérémy Ménez depuis l' AS Roma, Mohamed Sissoko de la Juventus ou Diego Lugano de Fenerbahce, relance l’intérêt pour le championnat de France. Avec en plus l’aura du nouveau directeur sportif, le Brésilien Léonardo, le PSG version qatari peut devenir un grand club européen.

Un riche petit pays féodal

Le capital du PSG est donc désormais détenu à 70% par le fond souverain d’investissement de QIA (Qatar Investment Authority). Il est présidé par le cheik Tamim bin Hamad al-Thani, 31 ans, prince héritier du Qatar. Un fond qui aurait selon les sources, entre 50 et 100 milliards de dollars d’actifs.

Datant de 2008, cette photo a été prise juste avant un dîner officiel au Petit Palais. Le début des hostilités ? En chiffre, le pays dont la capitale est Doha, est à peine plus grand que la Corse, indépendant depuis 1971. Sur près d’1,7 millions d’habitants, seuls 200 000 sont originaires du Qatar, le reste est composé d’expatriés. Le revenu par habitant est l’un des plus élevés au monde, avec environ 60 000 $ par an. Le pays est une puissance incontournable concernant les exportations de pétrole et surtout de gaz. Les Qataris sont également les plus gros émetteurs de CO2 par habitant de la planète. Si le Qatar s’est engagé dans un processus de réformes, depuis que l’émir Hamad bin Khalifa Al-Thani a pris les commandes du pays en renversant son père, Khalifa bin Hamad Al-Thani en 1995, ce pays du Golfe Persique reste une monarchie absolue et non-démocratique. La société et les lois restent très conservatrices, en particulier sur le rôle des femmes, la peine de mort, l’homosexualité, et les droits syndicaux ou politiques des travailleurs immigrés. Et surtout, la vente d’alcool est strictement contrôlée… De plus, la chaîne de télévision Al-Jazeera, la plus influente dans le monde musulman, est basée à Doha. Une véritable arme politique, qui d’après les révélations de dépêches secrètes de Wikileaks, servirait parfois les intérêts de l’émir Qatari Al-Thani. C’est d’ailleurs le patron d’Al Jazeera Sport, Nasser Al-Khelaifi, proche du cheik Al-Thani, qui préside le conseil de surveillance du club parisien.

Une vitrine pour le Qatar

Une image à retenir pour 2022. Le rachat du PSG n’est qu’une partie des sommes folles dépensées par cette presque-île du Golfe Persique. D’énormes investissements sont prévus au Qatar grâce à la manne des hydrocarbures, dans l’enseignement, l’agriculture, l’industrie et le tourisme. Au total, et d’ici à 2016, le Qatar va donc consacrer en moyenne 15 à 18 milliards de dollars par an, pour financer des infrastructures et des projets de diversification économique. Le sport est une vitrine incontournable pour le Qatar, un investissement pour leur image plutôt que pour la rentabilité, comme le prouvent ses récentes acquisitions du PSG et de Malaga (club de Liga espagnole, ndlr). Le club espagnol est détenu depuis 2010 par le cheikh Abdullah Bin Nasser Al-Thani, un autre membre de la famille royale. Drivé par l’ancien coach du Real Madrid, Manuel Pellegrini, Malaga a également fait des folies sur le marché des transferts cet été avec l’attaquant hollandais Ruud Van Nistelrooy ou le Français Jérémy Toulalan et les internationaux espagnols Cazorla et Joaquin. On ne compte pas non plus les stars venues profiter des pétrodollars dans le championnat qatari, comme Pep Guardiola(actuel entraîneur du FC Barcelone, ndlr) quand il jouait encore, Sonny Anderson, Romario, ou cet été Mamadou Niang.

Le Qatar a également signé un contrat avec le FC Barcelone, qui n’avait jamais eu de sponsors sur son maillot au cours de sa longue et prestigieuse histoire, autre que celui de l’Unicef l’année dernière. Depuis décembre 2010 pourtant, un accord a été conclu, portant sur 180 millions d’euros sur six ans, pour afficher « Qatar Fondation » sur le maillot du Barça, reléguant celui l’Unicef au dos.

Coincé entre les trois géants bouillonnants l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite, le Qatar se bat pour exister et acquérir une notoriété.

L’émirat accueil d’autres évènements sportifs d’envergure : le premier tournoi de tennis de l’année sur le circuit ATP, l’Open de Doha, et le Tour du Qatar en cyclisme, organisé par les dirigeants du Tour de France. Sans oublier une étape du prestigieux Global Champion Tour en équitation. En 2015, c’est le championnat du monde de handball masculin qui se déroulera au Qatar. Mais la reconnaissance suprême a été obtenu en étant désigné comme pays hôte de la coupe du monde de football 2022. Cela représente un chantier pharaonique pour un petit pays désertique, avec par exemple la construction de plusieurs stades couverts et climatisés, bien utiles quand les températures estivales atteignent les 50 degrés. Un choix d’autant plus étonnant au vue du niveau de la sélection nationale du Qatar, 89ème au classement de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), … D’ailleurs, de forts soupçons de corruptions planent sur les instances dirigeantes de la FIFA.

Mais qu’est ce qui les fait courir ?

Sa venue, chèrement payée, marque le renouveau du club et l'envie des Qataris de défier les plus grands d'Europe.Alors pourquoi ces quelques milliardaires se débattent ils autant pour se faire connaître et reconnaître ? Premièrement, il faut jeter un œil à sa situation géographique : coincé entre les trois géants bouillonnants l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite, le Qatar se bat pour exister et acquérir une notoriété. Pour se faire, ils se payent des campagnes de communications à plusieurs centaines de millions d’euros. Et puis Paris fait toujours rêver. Tout comme sa Tour Eiffel, qui orne le blason du PSG. Les Qataris sont très friands de la Ville Lumière, ils y possèdent de nombreuses résidences luxueuses, et ne manquent pas de venir y passer leurs vacances. Alors à l’heure de la crise économique mondiale, et du fair-play financier voulu par Michel Platini et les instances de l’UEFA, cette nouvelle surpuissance des pétro-dollars qataris fait tâche. Mais c’est sans doute la seule solution pour revoir enfin de la magie dans le championnat de France. Comme hier soir...

Photos : Une (cc) twofourseven/flickr (cc) couple qatari (cc)Ammar Abd Rabbo/flickr ,EAU contre Qatar (cc) fchmksfkcb/flickr, Leonardo ©Wikipédia ; Vidéo : PSGofficiel/flickr