Politique

Ewa Kopacz, portrait de la femme la plus puissante de la Pologne

Article publié le 17 septembre 2014
Article publié le 17 septembre 2014

En Pologne, le nom d’Ewa Kopacz est aujourd’hui sur toutes les lèvres. C’est elle qui prendra la tête du gouvernement polonais après la promotion de Donald Tusk à Bruxelles. La moitié de la Pologne admire sa classe, son courage et son intelligence, alors que l’autre moitié lui reproche son instabilité émotionnelle. Portrait.

Donald Tusk vient d’être nommé nouveau président du Conseil européen et prendra ses fonctions à Bruxelles le 1er décembre 2014. Cependant, avant l’arrivée de ce jour tant attendu, il doit démissionner de son poste actuel et nommer son successeur. Ce lundi 15 septembre, Tusk a ainsi désigné Ewa Kopacz pour prendre sa relève. Cette dernière présentera son équipe gouvernementale vendredi avant de prendre officiellement ses fonctions le 1er octobre. Alors, qui est exactement la dame de Fer de la Plateforme civique (PO) ? Ewa Kopacz est une pédiatre de  58 ans qui a grandi à Radom. Elle a fait son entrée dans le monde de la politique il y a treize ans. Successivement, elle a été membre de l’Union pour la liberté et de la Plateforme civique (ainsi que membre du cabinet fantôme de la PO), porte-parole du ministère de la santé, ministre de la santé, vice-présidente de la PO et présidente de la Chambre basse du Parlement.

Un volcan émotionnel prêt à se mettre au travail

Son parcours politique n'a pas vraiment suivant le courant d'un long fleuve tranquille. La future Première ministre a fait les gros titres en 2009, alors qu'elle était ministre de la santé. Elle a notamment refusé l’autorisation de l’achat du vaccin contre la grippe porcine, trop cher et insuffisamment testé, qu’elle a qualifié de canular pharmaceutique. On pouvait lire ce message sur le site web de la PO : « Avant que sa décision ne soit reconnue sur le plan international comme étant avisée, elle bouillonnait. » Sa compétence s'est retrouvée de nouveau mise en cause un an plus tard quand elle s'est envolée pour Moscou afin d'identifier les corps des victimes du crash de l’avion  présidentiel à Smolensk. Les personnes présentes pendant la procédure ont alors affirmé que Kopacz a plongé dans les habits d'un médecin professionnel plutôt que dans ceux qu'exigeait sa fonction. Pas étonnant, compte tenu de son expérience dans le domaine de la médecine légale qui lui a permis d'examiner des scènes de crimes. Plus tard cette année-là, sa campagne contre les stimulants a conduit à leur délégalisation en Pologne. Pendant les treize années de son activité politique, elle a également réussi à se mettre l’église catholique à dos en apportant son aide à une victime de viol tombée enceinte et à qui de nombreuses institutions avaient refusé l’avortement, pourtant légalisé. Kopacz a été excommuniée pour avoir conseillé à la jeune fille le nom de l’hôpital où elle devait s’adresser pour entreprendre la procédure. L’excommunion n’a pas freiné ses ambitions politiques. On peut enfin mentionner qu'après sa campagne anti-tabac, elle a avoué être une fumeuse invétérée, sans que cela ne lui cause beaucoup de tort.

Ce soir match de foot chez Donald

Après l’annonce officielle de la nomination de Kopacz, ses opposants politiques ont bombardé les médias, prédisant une catastrophe imminente,  traitant l'heureuse élue d’hystérique sur laquelle il est impossible de compter. « Elle écoute davantage son cœur que sa raison », a déclaré Boleslaw Piecha, membre du parti Droit et Justice (PiS). Son côté « hystérique » semble avoir déclenché la sonnette d’alarme et certains se demandent si elle sera capable de gérer le stress et les responsabilités de ce poste sans entrer dans des crises de fureur. D’après la rumeur, Kopacz a déjà été étiquetée d'impulsive claquant les portes et se présente à ce titre comme l'héritière de Zyta Gilowska.

Pourtant, lors de ses interviews, Kopacz ne montre aucune forme d'instabilité émotionnelle, ni la moindre forme de violence. En 2011, elle apparaît en technocrate confiante et humble sur le plateau de l’émission de télé matinale Dzien Dobry TVN. « Toutes mes responsabilités ont toujours eu la même importance », a-t-elle déclaré à cette occasion, tout en ajoutant que la discrétion était une partie importante de son travail. Lorsqu’on lui demande de commenter les insinuations malveillantes de Jaroslaw Kaczynski (président du parti eurosceptique, Droit et justice, ndlr) concernant sa relation avec Donald Tusk, elle a répondu : « Contrairement aux autres, je respecte les personnes. Vraiment, et je me respecte. »

La relation entre Kopacz et Tusk est un secret de polichinelle. Tusk l'estime sur le plan professionnel tout en lui confiant des problèmes privés. Quand la sœur de Tusk, Sonia, a été victime d’un accident vasculaire cérébral, Kopacz a utilisé toutes ses relations pour lui assurer les meilleurs soins possibles. La rumeur dit que les deux politiciens se parleraient presque tous les jours et regarderaient même les matchs de foot ensemble. Bref, tout porte à croire que Tusk n'aura aucun mal à maintenir sa ligne politique au travers de son successeur.

Une femme à la Maison

Cette nomination souligne un autre aspect important. La carrière réussie de Kopacz montre que la position des femmes au sein de la classe politique polonaise s’améliore peu à peu. Certes, on ne peut pas encore parler de parité au sein du Parlement (seulement 23% des députés élus en 2011 étaient des femmes), mais la nomination en 2011 de Kopacz en tant que première femme présidente de la Chambre basse du Parlement, considéré comme le deuxième poste le plus important au sein de l’État polonais, semblait déjà préfigurer l'amorce d'une petite révolution. C’est pourquoi sa nomination au poste de Première ministre est aujourd’hui si importante. À ce jour, la seule femme qui ait occupé ce poste était  Hanna Suchocka, dont le mandat n'a couru que sur une année.