Politique

Europe : la gauche adroite

Article publié le 8 novembre 2013
Article publié le 8 novembre 2013

Ils sont nombreux en Europe ces hommes de gauche qui font le jeu de la droite. Si l’actualité française du mois d’octobre a été dominée par les revers de veste d’un certain Manuel Valls, l’histoire immédiate européenne nous dévoile qu’il est loin d’être le seul à se montrer paradoxalement gauche et adroit(e). Revue d’effectif.

Italie : Matteo Renzi 

La bonne nouvelle en Italie s’appelait Matteo Renzi, qui en 2009 est devenu l’un des plus jeunes gauchos de la Botte à gouverner une administration, celle de Florence. Matteo, pur produit du Parti Démocrate, c’était l’assurance des lendemains qui chantent et qu’enfin quelqu’un puisse, à 38 ans, s'intéresser aux bambociconi. Seulement voilà, celui à qui tout le monde promet une carrière en or – il deviendra sûrement le leader du PD bientôt – fait déjà Cavaliere seul. Dans les faits, Renzi continue de véhiculer les valeurs de la gauche. Dans l’effet par contre, le trentenaire convoque toutes les caractéristiques de la droite : de sa proximité avec les milieux de la finance à sa présence dans les émissions télé débiles jusqu’à ses rendez-vous privés avec…Silvio Berlusconi. Autant d’éléments qui ont légitimé la création d’un tumblr sarcastique à son sujet. Un tumblr ironiquement intitulé : « Renzi fait bien les choses ».

A.D.R.

Allemagne : Thilo Sarrazin

Si l’on en croit cet homme de gauche et ancien banquier, L’Allemagne court à sa perte. Dans son livre publié en 2010, celui que l’on compare volontiers au xénophobe Geert Wilders pointe du doigt, au nom de « l’invasion musulmane », une politique d’intégration qui aurait complètement échouée outre-Rhin. Succès sans précédent. Succès devant lequel le SPD (Parti social-démocrate) se doit d’intervenir : par deux fois, le parti de gauche tente de l’exclure, sans résultat. Du coup, Thilo fanfaronne et décide d’enfoncer le clou : il participera en qualité d’orateur le 23 novembre prochain à Leipzig à une conférence consacrée à la souveraineté de la Nation. Une troisième lettre d’exclusion est déjà partie.

K.K.

Espagne : José Bono

Même pour un parti politique, il arrive parfois qu’il faille compter sur un membre que l’on n’a pas vraiment choisi, un peu comme quand il ne reste plus personne à choisir après la désignation des équipes de foot à la récré. José Bono, fils de phalangiste (des Phalanges, parti fasciste espagnol, nda) a bien dû cravacher pour asseoir sa légitimité au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Aujourd’hui, Bono peut souffler. Après avoir été 20 ans durant le premier président de la Junte des Communauté de Castille-La Manche, président du Congrès des députés espagnol et ministre de la Défense sous Zapatero, José est devenu un baron socialiste. Le problème, c’est qu’il n’a pas oublié d’où il venait. En bon catholique, José Bono a paradé maintes fois aux côtés des anti-mariage gay et défend bec et ongles le projet de l’Eglise qui entend rendre l’avortement à nouveau illégal. A tel point que la droite ne se le cache plus : Bono c’est « uno de nosotros ».

M.T.

Royaume-Uni : Nick Clegg

Beaucoup s’en rappellent. C’était en mai 2010, quand suite aux élections législatives, le sémillant Nick Clegg, dirigeant des Démocrates-libéraux, devient vice-premier ministre de David Cameron dans le premier gouvernement de coalition britannique depuis 1945. Ce dont on se souvient moins, c’est que Nick doit son élection à une promesse : ne pas augmenter les frais de scolarité des universités du Royaume-Uni. A peine sis au sein de la coalition avec le Parti conservateur, il soutiendra le projet de loi qui dispose que ces mêmes frais seront multipliés par 3. Mais le génie de Clegg, c’est cette vidéo publiée en septembre 2012 où il s’excuse, non pas d’avoir soutenu le texte, mais d’avoir fait une promesse. Et de dire que « l’essentiel, c’est qu’on apprend de ses erreurs ». Le tout, avec le sourire. Et un clin d'oeil.

J.L.

France : Manuel Valls

Depuis qu’il est ministre de l’Intérieur (et même avant) tout a été dit. « Le vice-président » pour le Nouvel Obs, « La transgression permanente » selon Le Point, « Le socialiste de droite » d'après L’Express. Même le Spiegel y est allé de son portrait ce weekend, présentant l’homme comme « Un Sarko de gauche ». Il faut dire que le natif de Barcelone ne lésine pas sur les mesures droitières. Avant, son entourage mettait ses positions réalistes en matière de sécurité sur le compte de son « ambition décomplexée ». Mais depuis l’affaire Leonarda - du nom d’une Rom âgée de 15 ans, contrôlée en pleine sortie scolaire avant de se voir expulsée dans son pays d’origine - c’est quasiment toute sa famille politique, le PS, qui lui demande de se calmer. Pourtant, contrairement à ses camarades socialistes, Valls n’a jamais été aussi haut dans les sondages et continue d’assumer une politique répressive qui rend les années Sarkozy toujours plus coquettes.

M.A.