Politique

Europe-Canada : le CETA, c'est pas si fort que ça

Article publié le 19 octobre 2016
Article publié le 19 octobre 2016

Les ministres de l'Économie de l'UE ne sont pas parvenus à s'entendre mardi sur la signature de l'accord CETA et ont décidé de reporter la décision à plus tard. Le Parlement wallon s'oppose notamment au traité, et le gouvernement fédéral belge ne peut le valider sans son assentiment. Les Wallons sont-ils en train de priver l'Europe d'une opportunité, ou sont-ils la voix des citoyens ?

République tchèque - Hospodářské noviny : repli sur soi 

Le CETA pourrait donc échouer après sept ans de négociation. Un résultat qui suscite la perplexité du journal Hospodářské noviny : « Après la décision sur le Brexit, l'UE voulait montrer que les 27 pouvaient avancer. Mais le débat honteux sur le CETA montre que les membres de l'Union ne sont même pas capables de s'entendre sur la libéralisation du commerce avec le Canada. Les Wallons et autres râleurs ont tout remis en cause. Or il ne s'agit pas seulement ici des paysans wallons qui redoutent les OGM canadiens. Il s'agit de la mobilisation de tous ceux en Europe qui ont le sentiment d'avoir été oubliés par le train de la mondialisation, et qui refusent de renoncer à leur petit monde, même si celui-ci est en train de s'effondrer. Avec quel autre pays pourrions-nous conclure des accords commerciaux, si nous n'arrivons même pas à nous entendre avec le Canada, culturellement proche de nous ? » (Article du 09/10/2016)

Suisse - Neue Zürcher Zeitung : pourquoi ne pas vouloir de la mondialisation ?

Le quotidien Neue Zürcher Zeitung fait lui aussi part de sa déception, jugeant que l'accord avait été négocié dans l'intérêt de l'UE : « [Le Canada] a contribué à l'idée de l'UE d'établir un tribunal d'investissement pour juger les conflits qui surviendraient entre des investisseurs étrangers et l'Etat concerné. Une instance qui comble les lacunes des tribunaux d'arbitrage privés habituels. Tout ceci est à des années-lumière de l'image faussée que véhiculent les opposants au CETA, qui décrivent l'accord comme le fruit de la dictature des multinationales, comme un déni de l'État de droit et de la démocratie. Si l'on veut façonner la mondialisation, et non la stopper, alors on aura besoin de tels accords, tant qu'il n'y aura pas de progrès multilatéraux au niveau de l'OMC. Si l'on veut par contre rejeter le CETA, il faudra se demander si l'on ne s'oppose pas ainsi à la libéralisation du commerce, et si l'on ne fait pas les affaires des nationalistes économiques. Dans ce cas, il faudra se préparer à des conséquences négatives sur la croissance et sur l'emploi. »  (09/10/2016)

Danemark - Jyllands-Posten : encore raté... 

Jyllands-Posten craint que l'Europe ne vienne de laisser filer une opportunité unique : « À l'heure où des forces importantes - notamment les deux candidats à la présidence américaine - privilégient un cap protectionniste, à l'heure où le commerce mondial marque le pas, entraînant la stagnation de la croissance mondiale et du marché de l'emploi, les accords de libre-échange sont plus importants que jamais. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le libre-échange a permis d'arracher des centaines de millions de personnes à la misère, en favorisant la croissance et l'emploi. Il serait insupportable qu'une poignée de populistes wallons puisse détruire un accord de libre-échange aussi important, dont profiteraient la grande majorité des "vrais Européens".» (09/10/2016)

Beglique - De Morgen : mais c'est quoi la démocratie ?

De Morgen récuse toute critique à l'encontre des Wallons : « 'Mais qu'est-ce qui leur a pris ?' Cette interrogation retentit partout en Europe. La même exclamation que l'on avait entendue après le référendum sur l'Ukraine aux Pays-Bas ou après le vote sur le Brexit. (...) Visiblement, la représentation parlementaire est perçue comme une menace pour la démocratie. (...) Le litige relatif au CETA est au cœur du débat sur la démocratie européenne. Un État membre - ou bien l'un de ses composants - peut-il dire non si "l'Europe" a déjà dit oui ? (...) Que les économistes de Twitter le veuillent ou non, de tels accords "classiques" sont rejetés par une part croissante de la population européenne. La résistance aux méga-traités va des populistes eurosceptiques aux écologistes et à la gauche. (...) Soit l'on décide de continuer à réprimer une critique pourtant légitime, soit le projet européen sera à un moment donné torpillé par les urnes - comme cela s'est déjà produit au Royaume-Uni. » 

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Cet article est publié en partenariat avec euro|topics