Politique

Espagne : les failles d'un modèle économique en crise

Article publié le 3 décembre 2008
Article publié le 3 décembre 2008
Avec 1 million de chômeurs supplémentaire en un an, l’Espagne doit affronter des réformes structurelles. Mais auto-complaisante, elle nie l'évidence. Pourtant, tous les indicateurs sont au rouge.

Avis de tempête sur le système financier international. Les subites chutes des places boursières et un pessimisme généralisé mettent à jour les faiblesses du modèle de croissance économique espagnol, car les signaux d'alarmes clignotent et les indicateurs économiques commencent à révéler combien sa structure économique est fragile. Une épreuve difficile pour l'économie espagnole qui a subi un impact rapide de la crise sur l'emploi, avec la fermeture de nombreuses entreprises et la chute des prix sur le marché immobilier.

(Chesi Fotos CC/flickr)

Zéro en termes de compétitivité et de recherche

En Espagne, on travaille peu, mal et avec une faible efficacité, sans parler de l’ambiance « vacances » qui règne en permanence sur le pays. Selon un indice de compétitivité, publié récemment par le journal The Economist, l'Espagne occupe le trentième rang en termes de compétitivité, loin derrière l'Irlande, la Chine, Taïwan, Israël, l'Estonie, la Malaisie, le Chili, l'Inde et la Corée du Sud. Presque tous les pays de l'Union européenne la surpassent en compétitivité, ce qui est logique si on prend en compte le fait que les travailleurs espagnols passent plus de temps en vacances qu'au travail à proprement parler : entre les journées de vacances officiellement accordées, les fins de semaine, les ponts, la période de Noël et les vacances d'été, en Espagne on se la coule douce.

« En Espagne, on travaille peu, mal et avec une faible efficacité, sans parler de l’ambiance vacances qui règne en permanence sur le pays »

La créativité commerciale et l'innovation technologique sont d'autres aspects qui méritent la peine d'être soulignés, car selon un indice provenant de la même source, l'Espagne ne figure même pas dans les 24 premiers pays du classement, parmi lesquels on trouve Taïwan, l'Islande, les Pays-Bas, Singapour, l'Autriche, la Slovénie et même la Grèce. Par exemple, malgré ses prétentions à faire partie des pays les plus riches du monde, l'Espagne occupe le treizième rang pour l'enregistrement de brevets, et ne fait même pas partie des 24 premiers pays dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.

Inefficacité et déficit public

En ce qui concerne l'indice de liberté économique, l'Espagne occupe une place négligeable, à la 27e position, de nouveau derrière la majeure partie de l'Union européenne et des pays en théorie moins développés tels que le Chili, l'Estonie, Chypre, la Lituanie, Taïwan, et même la Trinité et Tobago. Quelques années auparavant, la Banque mondiale signalait qu'en Espagne, il était quasiment impossible de créer une entreprise, ce qui est absolument certain puisque ceci nécessite une paperasserie et une bureaucratie quasi soviétique. Cela est mis à nouveau en relief dans le dernier rapport de cette institution, dans lequel sur une analyse concernant 178 pays, l'Espagne qui se classe 38e concernant sa capacité à clôturer des affaires, se perd au 118e rang lorsqu'il s'agit de créer et de lancer une nouvelle entreprise.

L'Etat gaspille et fonctionne mal, il dépense plus d'argent qu'il n'en récupère. Si l'on considère les indicateurs économiques publiés par The Economist cette année, l'Espagne est le second pays en termes de déficit public, derrière les Etats-Unis, quand bien même il est le premier des pays de l'UE à gaspiller les impôts de ses citoyens. Sans parler du mauvais fonctionnement de son administration publique et de son peu d'opérationnalité à faire face aux paris et défis de la mondialisation.

(Kraftwerk/flickr)Quand l'Espagne se classe parmi les premiers du classement cela concerne : le coût du travail, où elle occupe la 18e position, derrière les économies les plus riches et les plus dynamiques du monde. Ses coûts sont, par exemple, similaires à ceux des Etats-Unis, du Japon, de l'Irlande, mais son produit est égal à quasiment la moitié de celui des Etats-Unis, et sensiblement inférieur à celui du Japon. C'est-à-dire que sa production est moindre et de moins bonne qualité mais pour un coût quasiment égal. Une profonde reforme du travail est nécessaire, afin de bénéficier d'une main d'œuvre plus productive et moins couteuse.

L'économie espagnole à l’étranger

Pour un entrepreneur espagnol, il est difficile de faire ses valises, d'investir en dehors de son pays, de parler une autre langue et de faire des affaires ou de vendre à l'étranger. Parmi les pays de son environnement immédiat, l'UE, les Etats-Unis et les pays les plus développés du monde, l'Espagne est un de ceux qui exporte le moins loin derrière l'Italie, la France, l'Allemagne, le Japon, les Etats-Unis et le Canada (qui a certainement une population plus faible que celle de l'Espagne…)

Ce constat fait, et si l'on écarte cette complaisance facile que l'on peut sentir dans certains milieux de la péninsule, il serait nécessaire de réévaluer l'économie espagnole dans sa généralité et de quitter ces airs triomphalistes qu'arborent parfois ses dirigeants politiques et économiques. Sans une nécessaire autocritique, il est impossible de survivre à des périodes de crise et de donner des réponses objectives, réalistes et exemptes de passions patriotiques, aux problèmes évidents de l'environnement économique de l'Espagne. Le choix appartient aux espagnols.