Politique

Espagne: c'est l'innovation, idiot!

Article publié le 11 juillet 2008
Article publié le 11 juillet 2008
L'Espagne vit dans la peur que la crise économique ne la rattrape. L’occasion de remettre en cause un modèle de croissance basé sur le tourisme et la construction immobilière.

La fin de la « bulle immobilière » espagnole n'aura été qu'une preuve supplémentaire que l'économie espagnole doit se renouveler. « Nous avons devons faire face à un ajustement plus rapide que prévu dans le secteur de la construction, mais qui s'achèvera aussi plus rapidement », a affirmé le ministre de l'économie et ex-commissaire européen Pedro Solbes. Une fois passées les turbulences, le pays devra trouver un nouveau modèle de développement, comme l'ont fait d'autres pays européens. Pour cela, il semble indispensable de répondre aux besoins les plus importants, mais aussi de s'orienter vers des secteurs où l'Espagne a des atouts spécifiques.

Main d' œuvre bon marché et main d' œuvre qualifiée

L'Espagne a été, pendant de longues années, une terre d’accueil pour les délocalisations industrielles, où les entreprises étrangères s'installaient à la recherche de main d'œuvre bon marché. La croissance et la convergence des économies ont modifié la grille des salaires et maintenant, l'Espagne doit se renouveler et mettre en avant sa propre valeur ajoutée. Comment faire? La réponse vient des Etats de l'Union, qui investissent pour former mieux et davantage leurs professionnels et passer d'une main d'œuvre bon marché à une main d'œuvre qualifiée.

Cette politique axée sur le qualitatif dépend de l'augmentation des dépenses publiques (et privées) dans l'I+D+I (Industrie, Développement, et Innovation). En Espagne, elles sont bien loin de la moyenne européenne et des objectifs fixés par l'UE dans la Stratégie de Lisbonne de 2000 (3% du PIB). Bien que le gouvernement insiste que le fait que « l'investissement en I+D+I a été multiplié par plus de 2,6 entre 2004 et 2008 », il est certain que l'Espagne n'y investit que 1,16% de son PIB, un chiffre nettement inférieur au 1,84% de la moyenne européenne et très loin des pays les plus développés comme l'Allemagne (2,51%), la France (2,12%) ou le Danemark (2,43%).

Tout compte fait, l'exécutif semble s'être rendu compte de l'importance de cet effort économique pour le futur et l’une de ses priorités pour les prochaines années est « l'augmentation substantielle des ressources de l'Administration Générale de l'Etat en I+D+I, pour financer des programmes qui mobilisent le secteur privé », d'après le programme électoral des socialistes pour les élections de mars dernier. Dans ce but, le Plan National de I+D+I 2008-2011 a été lancé, et il devrait contribuer à hauteur de 47 753 millions d'euros, pour tenter d'atteindre un taux proche de 2% du PIB.

Une Silicon Valley européenne à Malaga

Le changement de modèle économique que vit l'Espagne peut être une bonne occasion pour investir dans les nouvelles technologies et exploiter les atouts du pays. Que les entreprises choisissent en majorité des pays « agréables » (Italie, Espagne, sud de la France...) pour leurs congrès n'est un secret pour personne, et dans la même logique se situe la création de pôles technologiques de haut niveau dans la péninsule ibérique semblables à la Silicon Valley californienne, comme par exemple le projet Malaga Valley e-27, qui réunit différentes entreprises du secteur pour faire de Malaga la plus importante zone d'excellence technologique d'Europe, une Silicon Valley européenne qui attire les entreprises du monde entier et les investissements en I+D. C'est ce que font aussi d'autres pays européens comme la France, qui lance des projets consacrés aux nouvelles technologies dans différentes régions, comme Minalogic, près de Grenoble, AerospaceValley , près de Toulouse ou Lyonbiopole, près de la ville du même nom.

Un avenir renouvelable

D'après une étude récente, l'Espagne se trouverait en dessous de la moyenne européenne concernant l'Internet à haut débit (avec 18,3%). Mais il est vrai aussi que des pays très développés comme la France (23,3%) ou l'Allemagne (23,8%) n’en sont pas très loin. Au lieu de se focaliser sur les réalisations des autres pays européens, la meilleure manière de surmonter la crise est de mettre l'accent sur les points forts de l'économie. Les énergies renouvelables en font partie.

Comme le dit José María González Vélez, président de l'Association espagnole des Producteurs d'Energies Renouvelables (APPA), « l'Espagne part d'une position privilégiée pour jouer un rôle de leader mondial », étant donné que le développement de ces énergies dans le pays « est considéré comme un modèle ». Ainsi l'ont compris les grands groupes qui investissent depuis des années et donnent toujours plus d'importance à ce secteur, comme le montre le slogan « Pionniers du développement durable », et la philosophie des multinationales espagnoles comme Acciona, ou encore l'image corporative que souhaitent montrer de grands groupes comme Iberdrola Renovables ou Repsol YPF.