Politique

Espagne - Bulgarie, même combat ?

Article publié le 22 juillet 2013
Article publié le 22 juillet 2013

Les conférences données à la London school of economics en 2012 traitaient de l’impact du mouvement « Occupy » avec une certaine incrédulité. Pourtant, le temps a montré que ce succès ne relevait pas du hasard. Au cours des dernières années, de nombreux mouvements de protestation ont renversé les régimes politiques en place au sein des pays émergents. 

En 2013, ce même phénomène « Occupy » a atteint le sud de l’Europe de l’Est, changeant irrémédiablement le paysage politique de cette zone. Les manifestations, qui ont démarré en novembre 2012 à Maribor en Slovénie, se poursuivent à l’heure actuelle en Bulgarie, Grèce et Turquie. Ces mouvements de protestations ont permis d’établir des points communs entre les systèmes politiques des deux extrémités du continent,  points communs qui ont conduit à l’indignation des citoyens de part et d’autre.

Des résultats concluants à l’est

Tout comme les manifestants du sud de l’Europe, à l’est les citoyens expriment leurs doléances concernant une variété de problèmes allant des mesures d’austérité, de la privatisation des entreprises, la corruption, au chômage à la fin de l’Etat providence. Les différences sont à chercher du côté de la réaction des différents gouvernements face à ces récriminations. Alors même que l’on a accablé le fonctionnement de la démocratie bulgare, le gouvernement de centre-droit dirigé par Boiko Borsov a fini par démissionner. Durant 35 semaines, des milliers de personnes se sont rassemblées dans les villes de Bulgarie pour faire entendre leur mécontentement face à un phénomène bien connu dans le sud de l’Europe, le népotisme et un manque de transparence lors des nominations gouvernementales. Les Bulgares sont dans la rue et les titulaires de la fonction publique (y compris les policiers) défilent à leurs cotés. C’est même le cas pour certains hommes politiques, dont le président lui-même, Rosen Plevneliev

La plupart des analystes sont persuadés que les demandes des manifestants conduiront à un remaniement complet du système politique en Bulgarie. Comme ce fut le cas en Turquie cet été, des manifestations portant sur un seul objet de litige, la transformation d’un parc en centre commercial au style Ottoman par exemple, se sont métamorphosées en une opposition plus générale au gouvernement. 80% de la population bulgare soutient les manifestants. Parce que jusqu’à présent les manifestations de ce genre ont contribué à la chute des gouvernements slovène et bulgare, ainsi qu’à l’abrogation de mesures impopulaires comme celle du coût de la couverture sociale en Roumanie, leurs demandes pour un Etat plus démocratique et une justice plus objective vont probablement leur être accordé. La Bulgarie et la Roumanie, qui sont encore considérés comme des Etats de seconde zone au sein de l’Union européenne, sont en train de prouver que la voix du peuple y est mieux entendue qu’en Italie et en Espagne

Le malaise espagnol

Comme en Bulgarie, les pétitions demandant la démission du gouvernement espagnol ont récolté des centaines de milliers de signatures, et les gens sont descendus dans la rue pour que les personnes au pouvoir laissent leur place. A l’inverse de la Bulgarie cependant, le gouvernement de Mariano Rajoy n’en a pas tenu compte. De ce fait, la décision du Premier ministre bulgare Plamen Orescharski d’organiser des élections anticipées, en réaction aux manifestations, représente tout le contraire de ce que s’applique à faire le gouvernement espagnol. 

En Espagne, un nombre incalculable de citoyens ont manifesté depuis le 15 mai 2011 – un mouvement plus connu sous le nom des Indignés – sans résultats. Le gouvernement de Rajoy, au pouvoir depuis 2012, refuse catégoriquement d’avancer la date des élections. Au cours de l’année passée, des affaires de corruption ont poussé le parti au pouvoir à faire profil bas. Les scandales Gürtel et Bárcenas ont impliqué nombre de ses membres, et ont mené à des allégations à l’encontre du premier ministre lui-même. Pot-de-vin, blanchiment d’argent et évasion fiscale sont à la une des histoires qui ont conduit d’éminents membres  du parti du Premier ministre à qualifier l’atmosphère politique en Espagne de « dégueulasse ».

L’Espagne d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le pays que je connaissais avant de partir pour la Serbie en 2009. Aujourd’hui, des gens instruits saccagent les autoroutes en mendiant pour un peu d’argent afin de pouvoir nourrir leurs familles. Près de 300 00 jeunes espagnols sont partis voir si l’herbe était plus verte ailleurs. Les enfants vont à l’école le ventre vide et les personnes âgées ont été dépouillées par des banquiers menteurs et gourmands, tout ça pendant que le gouvernement se tournait les pouces. Face à une telle situation, même le soleil ne parvient pas à apaiser l’angoisse d’une nation laissée sur le carreau  par des années de protestations sans résultats. L’Espagne et la Bulgarie doivent faire face à des difficultés quasiment identiques, mais c’est la façon dont les politiciens réagiront qui déterminera pour combien de temps leurs pays continueront de s’enfoncer dans le désespoir.