Politique

Enquête sur le crash de Smolensk : la Pologne voit rouge

Article publié le 13 janvier 2011
Article publié le 13 janvier 2011
Scandale, moquerie, insulte. C’est avec ces mots que des millions de Polonais ont accueilli le rapport officiel des enquêteurs russes sur le crash de l’avion présidentiel polonais rendu public mercredi 12 janvier. Une équipe pas assez expérimentée, des négligences d’organisation, des pressions externes... Pour les Russes, la responsabilité de l’accident repose exclusivement sur la Pologne.
Varsovie ne nie pas mais dénonce une enquête incomplète.

« Nous devons être transparents, objectifs, et rendre publique toute la vérité sur la catastrophe, aussi difficile à admettre soit-elle », a déclaré Tatiana Anodina, présidente du Comité Interétatique de l’Aviation en charge de l’enquête lors de la conférence de presse consacré à la présentation du rapport. En effet, difficile d’imaginer une vérité plus dérangeante : défauts dans la composition de l’équipage, mauvaise maîtrise de la langue russe, connaissance insuffisante de l’appareil, pression exercée sur les pilotes par le Commandant en chef des forces armées polonaises avec 0,6 % d’alcool dans le sang… La liste des éléments à charge est accablante.

Les experts polonais reconnaissent que bon nombre des conclusions des enquêteurs russes est irréfutable. Ce qui les scandalise, c’est l’absence de toute mention du rôle qu’ont pu jouer dans l’accident les contrôleurs aériens et l’état de l’aéroport de Smolensk. Une pièce manquante du puzzle sur laquelle les autorités polonaises construiront leur riposte.

Une enquête expéditive

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Le 16 décembre dernier, les experts polonais ont communiqué au MAK 150 pages de réserves sur le projet de rapport établi sous la houlette de Tatiana Andina deux mois auparavant. Le Premier ministre polonais a alors déclaré que « le rapport de MAK était irrecevable en l’état ». A la surprise générale, trois semaines à peine ont suffit aux Russes pour examiner les réserves et arrêter la version définitive du texte. Malgré un rythme de travail surprenant, pour les Russes, les conclusions du rapport sont et bel et bien définitives... La présidente de MAK a déclaré qu’il était hors de question d’y changer la moindre virgule !

Une communication de choc

Si les conclusions du rapport sont controversées, la forme que MAK a choisi pour les annoncer l’est encore plus. Sans avertissement, les journalistes présents à la conférence de presse ont eu doit à une reconstitution animée du dernier vol du Tupolev présidentiel avec, en toile de fond, les enregistrements des voix des pilotes jusqu’à la phase finale du vol où les mots laissent la place aux cris…

La réaction des Polonais ne s’est pas fait attendre. Le ministre de l’Intérieur polonais a annoncé qu’il s’était procuré par des voies parallèles mais légales les scripts de conversations entre les pilotes et les contrôleurs aériens de Smolensk, et qu’il les rendrait publics dès la semaine prochaine. Le ton entre Varsovie et Moscou risque de monter d'un octave.

Le gouvernement libéral discrédité

« Ce rapport est une moquerie à l’égard de la Pologne toute entière et est une conséquence directe l’attitude du gouvernement de Donald Tusk tout au long de l’enquête ». C’est ainsi que Jaroslaw Kaczynski, le frère jumeau du président défunt et chef de l'opposition, a commenté le rapport. Sans nul doute, l’échec du gouvernement de Tusk dans la conduite de l’enquête deviendra l’arme principale de la droite conservatrice contre le parti du Premier ministre et du président polonais. Seule l’enquête menée par le parquet polonais pourrait présenter l’affaire sous un jour nouveau. Sauf qu’on n’en connaît ni l’état d’avancement ni la date de clôture. Seule certitude : dans tout les cas, il n’y aura pas de révélations, ont prévenus les experts polonais.

Photos : Une (cc)asleeponasunbeam/flickr ; vidéo : courtoisie d'euronews/youtube