Politique

En Pologne, peu d'Europe et encore moins d'électeurs

Article publié le 3 juin 2009
Article publié le 3 juin 2009
L’Europe est absente de la campagne électorale en Pologne. Ce phénomène n’est pas, de toute évidence, propre au pays et s’observe dans l’Europe entière. Ce qui est en revanche particulier est l’absence de tout débat entre les principaux partis politiques, y compris sur des questions intérieures.
La Plateforme civique (PO), le parti au pouvoir, et Droit et justice (PiS), le principal parti d’opposition, donnent l’impression de se concentrer exclusivement sur les noms censés réunir le maximum de voix.

Chose intéressante, c’est l'extrême droite polonaise qui fait la campagne la plus européenne. Non seulement elle a rejoint le mouvement paneuropéen Libertas, fondé par l'Irlandais Declan Ganley, mais elle se concentre également sur le traité de Lisbonne (ou plutôt sur son rejet). N'étant pas en mesure de renouveler le succès qui fut le sien avec le « non » irlandais au traité de Lisbonne, Ganley pourrait avoir plus de succès en Pologne que dans n’importe quel autre Etat membre de l’Union européenne. Cette « européanisation » des forces eurosceptiques polonaises s’explique au premier chef par l’absence de structures nationales (monopolisées pour l’essentiel par le PiS), ainsi que par un manque de moyens financiers, dû aux très mauvais résultats obtenus lors des précédentes élections nationales. Comme en 2004, les élections européennes servent de tremplin à l'extrême-droite polonaise pour revenir dans la vie politique.

C’est une mauvaise nouvelle pour le PiS. Son chef, Jaroslaw Kaczynski, espérait rallier les électeurs conservateurs et eurosceptiques en prenant position contre le PO libéral (libertin ?) et majoritairement euro-enthousiaste (irréaliste ? naïf ?) Avec le mouvement Libertas, aidé par Ganley, le pire cauchemar de Kaczynski se réalise : il se retrouve avec un concurrent sur sa droite extrême. L’affaiblissement du PiS est une bonne nouvelle pour le PO, qui espère obtenir entre 40 et 50 % des voix. La délégation polonaise a ainsi une formidable opportunité de se renforcer au sein du PPE-DE, lequel devrait selon toute probabilité rester le plus grand groupe politique du prochain Parlement européen. Si le centre droit polonais consolide sa représentation, il pourrait exercer une influence considérable sur ce principal acteur du Parlement européen.

Toutefois, plus que la répartition des voix, ce qui semble poser problème est le nombre d’électeurs qui prendront la peine de participer à l'élection de dimanche prochain. En 2004, le taux de participation en Pologne n’avait été que de 20,8 %, ce qui avait placé le pays à l’avant-dernière place dans l’UE des 25. Selon des sondages réalisés en mars et en avril derniers, 30 % environ des Polonais déclarent vouloir voter. En 2004, une semaine avant les élections, ils étaient 45 %. Si la même tendance est à l'œuvre, moins de 15 % des électeurs polonais voteront aux élections européennes cette année.

Pourtant, cela n'empêche pas que tous les sondages d’opinion classent les Polonais parmi les plus ardents défenseurs de l’intégration européenne dans l’Union des 27. Comment expliquer ce mystère ? Comme d’habitude, l’enjeu n’est pas l’Europe, mais la politique intérieure. Les Polonais sont parfaitement conscients que leurs politiques jouent à des jeux partisans et refusent purement et simplement d’y prendre part. Peut-être attachent-ils trop d’importance à l’UE pour envoyer au Parlement européen des politiciens incompétents, auxquels ils ne font pas confiance ? La bonne nouvelle, c’est que ceux qui vont voter sont des fervents défenseurs de l’intégration européenne : 50 % des euro-enthousiastes sont sûrs de participer aux élections européennes, contre 25 % seulement des eurosceptiques. 

Image cédée par l'Europe en DébatLa publication de cet article est le fruit d'un partenariat entre Eudebate2009.eu et le blog ARTE - L'Europe en débat - édité par les élèves du Collège d'Europe à Bruges.  Ce blog aborde en français et en anglais l’actualité européenne sur une base thématique. Son équipe, composée d’étudiants, assistants et professeurs du Collège, privilégie dans ses analyses la comparaison, la mise en perspective et le recul.