Politique

Elections : l'Europe est fidèle à la droite

Article publié le 9 juin 2009
Article publié le 9 juin 2009
Echec de la troisième voie du socialisme modéré. Avec 267 sièges sur 736, le Parti populaire européen a gagné les élections pour la troisième fois consécutive. Seuls les partis socialistes et libéraux gouvernants ont subi un vote de sanction en raison de la crise. Les Verts et les nationalistes tirent profit du mécontentement de la politique européenne.

Résultats des élections : vers le nouveau ParlementEn pleine crise économique et avec les conservateurs présents dans 21 des 27 pays de l'Union, la droite a été le grand vainqueur des élections européennes de 2009, avec tout juste un léger recul, plutôt dû à la réduction générale de sièges au Parlement européen, qui passent de 785 à 736. Le Parti populaire européen (PPE) et l'Alliance des Libéraux Démocrates (ALDE) obtiendraient ensemble 350 sièges, à deux doigts de la majorité absolue qui permettrait de parvenir à un accord de législature et de se partager les postes clefs de l'Union. Graham Watson, président du groupe parlementaire libéral, aspire officiellement à présider le Parlement. Il a manifesté son soutien au conservateur Durão Barroso pour présider la Commission européenne.

Plongée de la gauche

« Le PSE a fait une campagne complète mais il lui a manqué un candidat identifiable »

Si l'on excepte la montée des Verts européens, la gauche n'est pas parvenue à capitaliser le mécontentement des Européens face à la crise. Hier soir, sur les télévisions européennes, les leaders du Parti socialiste européen (PSE) sont apparus préoccupés et avec des faux-fuyants. Quand Nyrup Rasmussen, président du PSE, a été pour la énième fois interrogé sur France 24 sur sa future candidature à la Commission, il a de nouveau changé de sujet en rétorquant que « ce qui est maintenant important, c'est de connaître les programmes d'action de chacun ».

(PE)De son côté, Martin Schulz, le président du groupe socialiste au Parlement, déclarait être triste du mauvais résultat socialiste (40 sièges de moins que pour la précédente législature). Il voit s'éloigner son rêve d'obtenir la présidence du Parlement européen grâce à un accord de législature avec le PPE, surtout qu’une alliance des démocrates-chrétiens et des libéraux se profile maintenant en Allemagne, pour les élections nationales de septembre car la droite allemande n'aura pas besoin des socialistes pour gagner. Elle cessera donc de faire de l'équilibrisme sur le plan européen.

Rasmussen échoue

Le mécontentement règne dans l'entourage de Rasmussen et on regrette de plus en plus qu'il n'ait pas incarné face aux électeurs une alternative de gauche à l'Europe de Barroso et du PPE. « Le PSE a fait une campagne très complète et exhaustive depuis janvier, il lui a seulement manqué un candidat identifiable à travers lequel se matérialiser », commente-t-on dans les couloirs près du QG des socialistes. La réalité est que Rasmussen n'a même pas obtenu le soutien des barons socialistes : Brown, Sócrates ou Zapatero. Personne ne parle cependant de démissions, et on jette même de l'huile sur le feu en évoquant la possibilité illusoire de parvenir à un accord avec les Verts et les libéraux.

(PE)Le prochain congrès socialiste de Prague en décembre 2009 mettra probablement fin à l'ère de Poul Nyrup Rasmussen, le premier président du PSE qui a organisé une campagne électorale. L'échec d'un socialisme modéré et de troisième voie à la britannique est manifeste et a neutralisé la stratégie de Rasmussen de revenir à l'essence keynesienne de la social-démocratie européenne. Le résultat est la quasi insignifiance de fait : les travaillistes de Brown passent en troisième position, le Parti démocrate italien est à des années-lumières de la droite de Berlusconi, Zapatero perd en Espagne, les socialistes allemands et portugais reculent, il subissent en France le dépassement d'une coalition écologiste qui présente un programme très socialiste mais avec la valeur ajoutée de la nouvelle économie verte. Le centre-gauche européen semble de plus en plus installé dans l'opposition : et ça va faire quinze ans que ça dure !