Politique

Elections italiennes : attention abstention

Article publié le 13 avril 2008
Article publié le 13 avril 2008
Au scrutin du 13 et 14 avril, un tiers des électeurs pourrait ne pas aller voter. Désamour ou désastre politique ? Analyse, entre les promesses de Veltroni, leader du parti démocrate et celles de Berlusconi.

« L'Italie ? Mais pourtant ça bouge. » C'est en ces termes que Fernando Navarro cherchait il y a quelque s jours à démonter le mythe de la crise de la péninsule, en faisant carrément de Lapo Elkann un symbole de la renaissance italienne (ou comment passer de la drogue au design). Mais ce mécontentement a des racines bien plus profondes que la chevelure dorée du descendant de la famille Agnelli. Et les symptômes, préoccupants, sont sans commune mesure avec la situation politique des autres pays européens.

De l'antipolitique aux appels à l'abstention

Selon un sondage Ipsos/Il Sole 24 Ore, plus de 55 % des citoyens se déclarent intéressés par la politique. Et pourtant, des phénomènes de rejet se mettent en place. Le bestseller La Casta, par exemple, une enquête réalisée par deux journalistes du Corriere della Sera, démontre que le Quirinale coûte quatre fois plus cher que Buckingham Palace. Le comique et blogger Beppe Grillo, leader d'un mouvement d'opinion dit de l'antipolitique, a même fini par annoncer : « Je n'irai pas voter et j'en suis fier. Les programmes des principaux candidats sont identiques. »

Le showman Fiorello appelle lui aussi à l'abstention : « Quand vous obtiendrez votre carte d'électeur, déchirez-la. Les politiciens ne peuvent se contenter de promesses. » Même les évêques italiens, selon l'analyste Massimo Franco, « seraient presque tentés par une inscription au parti de l'abstention ». Et parmi de nombreux blogs émerge un (mystérieux) Mouvement pour le non-vote, qui met en scène le De Funès italien, Totò, comme témoin du boycott des élections. En résumé, explique Franco dans le Corriere, un tiers de l'électorat serait indécis et tenté par l'abstention.

Dans Les Députés (publié en 1963), le candidat Antonio La Trippa demande à la foule qui l'acclame : « Si je vous disais qu'une fois élu je ferai construire des écoles, des routes, des aqueducs, des logements… Vous me croiriez ? Si je vous disais que ces messieurs (les autres candidats, ndlr) sont des personnes honorables et qu'ils emploieront vos votes pour le bien du pays... Vous me croiriez ? Mais vous savez ce que je vous dis ? Que vous êtes des ingénus, des idiots, des inconscients ! »

Retour au nihilisme ? Simple désaffection ? Cette fois, pourtant, autre chose est en jeu. Et si finalement l'abstention est moins forte que prévue ces 13 et 14 avril, ce sera grâce aux citoyens et à leur sens des responsabilités, plutôt qu’à leur adhésion enthousiaste à des plateformes ou à des programmes auxquels plus personne ne croit.

Veltroni ou « Veltrozy » ?

Romano Prodi laisse un pays avec des salaires parmi les plus bas d'Europe et un revenu par habitant, pour la première fois, égal à celui de l'Espagne de Zapatero. Le bilan du gouvernement sortant de centre-gauche est si embarrassant que Prodi a même renoncé à la conférence de presse traditionnelle qui marque la fin d’un gouvernement.

Selon ses détracteurs, l'idée serait venue de Walter Veltroni, le leader du parti démocratique et nouveau candidat de ce parti unique de centre-gauche, dont Prodi est, lui, le Président. Veltroni, secrétaire général, s’affaire à tuer le père, comme l’a fait Sarkozy avant lui, en faisant tout son possible pour se débarrasser d’une filiation chiraquienne embarrassante. Veltroni cherche à faire oublier aux électeurs l'ombre du très impopulaire gouvernement Prodi.

Mais malgré des initiatives louables de rajeunissement des candidats et la simplification du cadre électoral qui a permis la création du parti démocratique, les contradictions au sein de ce nouvel objet politique semblent évidentes. Les oppositions se font jour sur des sujets éthiques (avortement, euthanasie) et dans les rapports avec le Vatican. Le comique Crozza l’a bien compris. Il représente un Veltroni toujours occupé à concilier les positions de la gauche avec celles du centre catholique, déclarant : « Nous sommes pour un Etat laïque mais pour une calme et sereine ingérence de l'Église dans la vie des citoyens. »

Le « J'ai changé » de Berlusconi

De l'autre côté de l'échiquier politique, les raisons de mécontentement ne manquent pas non plus. Bien-sûr, la création du Peuple de la Liberté, nouveau parti dans lequel se sont regroupés Forza Italia et la droite de l'Alliance Nationale, participe aussi à la simplification du champ politique. Mais si les sondages donnent la nouvelle création de Berlusconi vainqueur, ce n'est pas seulement parce que le bilan de Prodi est déplorable mais surtout parce que les Italiens ont la mémoire courte.

Son gouvernement, qui détient le record de longévité aux manettes de la République italienne, a laissé, en 2005, un pays avec une croissance négative du PIB de - 0,03 %. Quant au conflit d'intérêt qui poursuit Berlusconi, propriétaire d'un empire économique dans les médias, les assurances et la finance, la campagne électorale qui se déroule actuellement délaisse complètement ce sujet. Une première dont la faute revient au gouvernement de centre-gauche sortant qui n’a pas su légiférer et n'a plus de légitimité pour se saisir de ce thème. Un motif de plus pour alimenter le mécontentement.

Avec un gouvernement de centre-gauche qui quitte le pouvoir avec les salaires les plus bas d'Europe ; et un autre, de centre-droit, qui préfère oublier une croissance zéro… Comment s'étonner du mouvement antipolitique en Italie ?