Politique

Elections en Islande : prochain arrêt, Bruxelles ?

Article publié le 24 avril 2009
Article publié le 24 avril 2009
Après les élections du 25 avril 2009, l’Union européenne pourrait s’élargir au Nord. Pourtant, l’actuelle coalition à la tête de l'Etat islandais ne s’entend pas sur le thème de l’adhésion : les verts qui pourraient recueillir 24 % des suffrages sont contre l'entrée dans l'UE et les socialistes sont pour (31%).

Le 26 janvier 2009, le gouvernement islandais mené par les conservateurs s’est effondré. C’est la dernière victime en date de la crise financière qui a dévasté cette petite île-Etat de l’Atlantique Nord. Lors de sa chute, les spéculations sur l’adhésion de l’Islande à l’Union européenne se sont précipitées. Le pays pourrait ainsi adopter l’Euro et ainsi retrouver une stabilité monétaire perdue à cause de la crise. La coalition des conservateurs et des socialistes a été remplacée par un gouvernement de transition mené par ces mêmes socialistes accompagnés des verts. Celui-ci est en place jusqu’au scrutin du 25 avril prochain, soit une année seulement après les dernières élections. Contrairement aux conservateurs du Parti de l’indépendance, les socialistes se positionnent pour l’adhésion, tandis que le Parti progressiste, petite formation centriste, a affirmé son opposition lors de son congrès de janvier 2009. 

Les verts mettent les socialistes dans l’impasse

Si selon les sondages, 60 à 80 % de la population islandaise se prononcent en faveur de l’entrée du pays dans l’UE, le parti des verts, très à gauche, maintient, lui, son opposition à cette adhésion. Le débat est donc très vif ! Et si, comme le laissent présager les sondages pré-électoraux, les verts sortent vainqueurs des élections, une coalition avec les démocrates comme associés mineurs pourrait voir le jour. Malgré tout cela, si l’Islande se décide finalement à postuler pour l’adhésion, cela ne pourrait être effectif avant 2011 comme l’indique Ollin Rehn le commissaire chargé de l’élargissement.

L’Union pêche

Si l’Islande souhaite entrer dans l’UE, les négociations à Bruxelles s’annoncent houleuses, en particulier concernant le thème de la pêche. La politique commune de l’Union relative à la pêche prévoit un « accès équitable » des ressources aux pêcheurs des autres Etats-membres. Ceci obligerait donc l’Islande à abandonner le contrôle exclusif de ses ressources marines, alors que le pays vient de mener deux « guerres de la morue » afin d’empêcher l’entrée des pêcheurs britanniques dans les eaux islandaises.

Cette gestion des droits d’accès aux ressources est loin d’être insignifiante si l’on prend en compte le fait que le produit de la pêche représente 70 % des exportations de l’Islande. De plus, le secteur de la pêche est un des rares continuant à faire recette dans le pays. Il est néanmoins envisageable d’aboutir à une entente : en étendant la zone de pêche exclusive (comme ce fut le cas pour Malte) ou bien en étalant la mise en application du règlement européen sur plusieurs années. 

Le naufrage des Vikings

Depuis 1995, le gouvernement islandais a présenté le pays comme le dernier bastion de l’Etat Roi, faisant fi de l’opposition européenne au dumping fiscal ou aux droits de pêche, s’alliant aux Etats-Unis lors du conflit en Irak. Aujourd’hui, si le pays prend la voie de l’intégration au sein de l’UE, c’est reconnaître ce que sait déjà le reste du monde : le naufrage du règne viking.

En 2009, le PIB par habitant a subi une chute de 9,6 %, soit une des plus grosses baisses jamais enregistrées en Europe en temps de paix. La monnaie a perdu une quart de sa valeur face à l’euro. Les Américains ont déserté le pays, non seulement les investisseurs, mais aussi les militaires qui ont fermé leur dernière base à Keflavik en 2006. Mais la preuve la plus évidente de la chute du pays est la demande d’un prêt d’urgence équivalent à celui de la Russie de Medvedev et Poutine en 2008. La crise financière démontre aujourd’hui que pour un petit pays comme l’Islande, la vie est rude hors d’un bloc économique comme l’UE. Ainsi si la probable candidature de l’Islande à l’UE entraîne dans son sillage d’autres pays comme la Norvège, fortement liée à l’Islande, et le Groenland, qui a abandonné l’Union en 1983. L’élargissement de l’UE se ferait non pas vers l’Est mais vers le Nord.