Politique

Élection présidentielle 2012 : voyage au bout de l’ennui

Article publié le 26 avril 2012
Article publié le 26 avril 2012
Soyons clair : c’est plutôt un big deal en France l’élection présidentielle. C’est pourquoi quand j’ai eu la possibilité d’assister à une soirée électorale à la mairie de Paris, j’ai sauté sur l’occasion. Après tout ce n’est pas tous les jours que l’on nous offre la chance de raconter les coulisses des soirées politiques françaises.
Entre connivences et petit four, timeline imagée et subjective de la soirée électorale du 22 avril dernier.

Arrivée à 18 h15

Je mets 10 minutes à trouver l’entrée. La vraie, pas les grandes portes majestueuses qui ne sont probablement jamais ouvertes. Les gendarmes me donnent un passpresse, c’est très chic. A l’intérieur, c’est Versailles : le plafond est à 10 mètres de haut, les murs sont dorés, il y a des moulures, des statues, des lustres en cristal. Bref, c’est très beau, très grand et surtout très vide. Quand j’arrive dans la salle de presse, 10 journalistes sont en veille. C’est simple, il y a plus d’écrans plats que d’êtres humains. Je me dis qu’il est encore tôt et que la salle va se remplir petit à petit.

Hôtel de ville de Paris : ses dorures, ses lustres, ses statues et ses pénibles connexions internet.

18 h25

Il ne se passe rien. Absolument rien. Un mec s’ennuie tellement qu’il se met devant Questions pour un Champion pour passer le temps. Les échos de mes camarades journalistesenvoyés à Solferino ou à la salle de la Mutualité me font regretter de m’être enterré dans mon château doré. Il semble que mes 12 collègues désœuvrés et moi-même ayons misé sur le mauvais cheval. La salle de presse est constituée d’une très longue table sur laquelle sont dispatchés des téléphones fixes, des prises et des câbles internet. Personne ou presque ne s’en sert. En face de moi, une journaliste de l’AFP, responsable de la politique à Paris, est en contact quasi permanent avec sa rédaction, c’est la seule de la pièce qui a l’air de travailler. A travers les fenêtres de la salle, on a une vue imprenable sur la Seine. Le soleil se couche dans le fond. Un moment je crois même qu’il va faire beau. Mais en fait non.

18 h32

Un vieux routier du journalisme à la papa essaye de se la péter avec ses estimations du scrutin. Ça tombe à plat car on les a tous sur le Net depuis une heure. Sans surprise, François Hollande (PS) apparaît alors comme largement en tête devant Nicolas Sarkozy, le président sortant.

18 h40

La politique : une passion française.Dans un coin, un présentateur télé se prépare pour son speech sur France 3. Un type s’occupe de la lumière et de la caméra, un second s’occupe du son. Et lui répète son texte. Tout d’un coup, il se met à parler fort : je me rends compte qu’il est en direct, je le vois à la télé en même temps. C’est là que je m'aperçois de mon erreur de débutant. Je suis trop habillé. Avec ma veste et ma chemise, je ressemble plus à un organisateur qu’à un journaliste.

18 h50

Les gens commencent à s’exciter un peu quand la rumeur enfle : Marine Le Pen aurait 20 % des voix. J’essaye de me renseigner auprès de mes collègues qui ne savent pas si c’est vrai ou faux… Les organisateurs, en petit groupe, parient déjà sur le vainqueur du second tour alors que les résultats du premier n’ont même pas encore été divulgués.

19 h03

Un ange passe.

19 h30

Une personne (relativement) vieille qui s’avère être mon voisin d’en face n’arrive pas à se connecter à Internet. Depuis plus de 20 minutes. Des Vietnamiens filment les quelques journalistes encore assis. Sûrement une erreur. Un peu comme moi.

19 h59

On atteint l’apogée de la soirée : une cinquantaine de personnes se dirigent vers la Grande Salle et l’écran géant. Mon voisin d’en face n’arrive toujours pas à se connecter à Internet.

20h00

A l’annonce des résultats, la plupart des gens applaudissent le score de François Hollande (le maire de Paris, Bertrand Delanoë, est également au PS). Par contre celui de Marine Le Pen lance un grand froid dans l’assistance. A 20 heures, les résultats provisoires donnent 28,4% des suffrages à F. Hollande, 25,5% à Nicolas Sarkozy et 20% pour la Présidente du FN [les résultats définitifs seront 28,6% / 27,2% et 17,9%].

20h15

Quand Eva Joly prend la parole, tout le monde se dirige vers le buffet. Au menu : pain surprise, poulet frit, petits fours aux fruits de mer, macarons. J’ai quand même réussi à devenir pote avec un journaliste de Métro. Il m’explique qu’il va être sur place jusqu’à deux heures du matin. Ce qui n’a pas vraiment l’air de l’enchanter. Quand je retourne vers le buffet, je me rends compte que tout a disparu en deux minutes.

21h00

Le champagne coule à flots. Les gens applaudissent après le discours de Hollande. Mon voisin d’en face a apparemment réussi à se connecter à Internet. Son câble était branché du mauvais côté. Certaines personnes errent un peu dans les couloirs, mais bizarrement personne n’a l’intention de quitter cette morne soirée. Je comprends que les gens attendent le discours du maire. Et il a l’air de vouloir prendre son temps.

22h30

Bertrand Delanoë prend (enfin) la parole. Détendu. Il est content car l’ensemble de la gauche est, pour la première fois de la Vème République, majoritaire au premier tour à Paris. Le temps de serrer quelques poignées de mains et il est déjà reparti.

22h33

Il est temps pour moi de filer. Dehors il pleut. Mes camarades qui étaient dans les rues pour interroger des électeurs ont dû se faire tremper toute la soirée… On s’habitue vite au confort. 

Photos : Une (cc) Grevel/flickr ; Texte : Hôtel de Ville (cc) Allie_Caulfield/flickr, Grande Salle © Arnaud Aubry, François Hollande (cc) François Hollande/flickr