Politique

Écosse : Scots toujours (partie 2)

Article publié le 17 septembre 2014
Article publié le 17 septembre 2014

J-1 avant le référendum d’indépendance en Écosse. Le oui l’emportera-t-il ? Le pays des Highlands votera-t-il, le 18 septembre, pour mettre fin à son union avec l’Angleterre, son voisin du sud et ancien ennemi auquel il s’est rattaché il y a 307 ans ? À Glasgow, à Édimbourg, à Aberdeen, nous sommes allés voir comment la campagne entamait sa toute dernière ligne droite.

Ils ont 17 ans et sont lycéens, mais ils ont le droit de participer au référendum d’autodétermination, ouvert à tout résident écossais de plus de 16 ans ayant fait la démarche de s’inscrire sur les listes électorales. Abrités de la pluie battante par une verrière, Carl Bacon, Angus Bale et George Telfer fument une cigarette devant le Grand Central Hotel de Glasgow, où ils participent au bal de fin d’année de leur lycée. Ils portent fièrement le kilt, en signe de leur scottishness (identité écossaise). Mais l’indépendance ? Très peu pour eux, merci. Il leur est même arrivé de distribuer des tracts pour la campagne du non. Carl Bacon : « Je vais voter non. J’ai grandi dans un pays qui s’appelle le Royaume-Uni, et je l’aime bien comme il est et j’ai envie de le garder ». Angus Bale : « Moi je vote non, parce que je suis un fan des Glasgow Rangers et que j’aime la Reine. God save the Queen. Mon père travaille dans l’armée et si l’Écosse devient indépendante, on n’aura plus besoin de son régiment et il se retrouvera sans emploi. Et ça, ce serait vraiment nul ». George Telfer : « Oui, on porte le kilt. On est Écossais. Mais cela ne nous empêche pas d’être britanniques, dans un grand pays avec l’Écosse, l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord. Quoi qu’en dise Alex Salmond ».

L'indépendance, c'est la base

À 45 kilomètres à l’ouest de Glasgow, sur l’embouchure de la Clyde, la ville de Helensburgh est une petite station balnéaire coquette, un lieu prisé des Glaswegiens en goguette. C’est aussi là que se situe HMNB Clyde, « la base navale de Sa Majesté sur la Clyde » – couramment appelée Faslane –  qui abrite les sous-marins nucléaires du dispositif de dissuasion baptisé « Trident ». L’arsenal déployé à Helensburgh, si près de la plus grande ville du pays, agit comme un repoussoir pour toute la gauche écossaise qui, à l’instar de Derek Wildman, voit dans l’indépendance un moyen de se débarrasser de Trident. Mais à Helensburgh, la population est habituée au voisinage des sous-marins de HMNB Clyde, et voient les choses différemment. Gordon Hill : « La base militaire est là pour nous protéger. Bien sûr, il y a plein de gens qui sont contre. Il y a ce camp d’opposants à la base, qui s’est installé il y a très longtemps, plus de vingt ans. Ils veulent que le gouvernement démantèle la base, ou alors la déplacer. Mais pour la mettre où ? La base navale ne bougera jamais. Ici, à Helensburgh, la base ne nous dérange pas. Dans notre entourage, personne n’y trouve rien à redire. Vous savez, pour nous c’est une réserve d’emplois : les mécaniciens, les travaux de réparation... je crois bien que Faslane génère plusieurs milliers d’emplois dans la région. Il faut vraiment être malade pour vouloir fermer la base ».

Frances Hill : « On est à la retraite. C’est le gouvernement britannique qui nous permet de percevoir nos retraites. Nous sommes mieux ensemble (better together) ». 

Gordon Hill : « Moi je suis prêt à parier que c’est le non qui va passer. Tout le monde autour de nous est contre l’indépendance. Quoi qu’en disent les sondages. T’inquiète pas Frances, je te dis que le non va gagner ».

Pour l'indépendance mais contre Salmond

Ils sont jeunes, anglais, installés en Écosse depuis deux ans à peine. Et ils ne sont même pas sûrs de rester très longtemps du côté nord du mur d’Hadrien. Mais pour ces deux militants du Socialist Workers’ Party, l’engagement en faveur de l’indépendance écossaise va de soi. « Pour affaiblir l’impérialisme », récite Chris avec ferveur. Une fois par semaine, depuis le début de la campagne, ils participent aux soirées de démarchage en porte à porte organisées par la section locale de la campagne Yes Scotland. La campagne pro-indépendance est dominée par le SNP, le Parti national écossais du premier ministre Alex Salmond. Mais plusieurs petits partis de la gauche écossaise soutiennent le mouvement indépendantiste, dont les Verts, ainsi que le Socialist Workers’ Party, dont la traduction la plus fidèle du nom serait « Parti marxiste ouvrier ». C’est une coalition de circonstance qui souhaite rompre avec la politique d’austérité du Parti conservateur de David Cameron, à Londres, et de ses alliés unionistes, les travaillistes et les libéraux-démocrates.

Deux heures par semaine, armés de leurs listes d’électeurs inscrits, de registres d’adresses, de leurs convictions politiques, de leurs tracts et d’une bonne dose de patience, Sarah et Chris frappent aux portes de la rue qui leur a été attribuée pour la soirée. « Au Royaume-Uni, le discours politique et l’opinion publique sont de plus en plus à droite, de plus en plus anti-immigrés. En Écosse, il est encore possible de combattre ces tendances populistes, mais ce sera plus facile dans une Écosse indépendante », soutient Sarah Bates. Pour Chris Newlove, « les milliards d’euros que le gouvernement gaspille avec Trident pourraient être investis dans l’éducation ou la santé. Même le Financial Times a dit qu’une Écosse indépendante sera un pays riche. Mais la question est de savoir si la population pourra bénéficier de cette richesse. Avec la politique actuelle, c’est sûr que non. Même le programme du SNP n’est pas assez audacieux, pas assez social. Salmond veut baisser les impôts sur les sociétés. Nous sommes pour l’indépendance écossaise, mais certainement contre la politique d’Alex Salmond ». 

Tous propos recueillis par Jean-Michel Hauteville, à travers l'Écosse.

Retrouvez la première partie de notre reportage ici.