Politique

DSK, Berlusconi : scandales sexuels = défaites électorales

Article publié le 7 juin 2011
Article publié le 7 juin 2011
Depuis Hélène de Troie, quand les femmes s'en mêlent, le pouvoir tremble. L'ex-leader du FMI Dominique Strauss-Kahn, qui vient de plaider non-coupable devant le tribunal pénal de New-York, est déjà mort politiquement. En Italie le bunga-bunga berlusconien a sans conteste provoqué la victoire de candidats antagonistes à Berlusconi aux élections municipales. Jusqu'à son fief de Milan.
En ces temps de crise, l'électorat semble de plus en plus dégoûté des politiciens et plus généralement de l'arrogance du pouvoir.

Attention politiciens: les femmes ont changé

Une chose est sûre : aujourd'hui Kennedy et Mitterrand seraient contraint de réfléchir à deux fois avant de céder à leurs pulsions hormonales. Aucun doute qu'ils en aient profité en leur temps, se cachant derrière le paravent d'un système qui a permis d'avoir toutes les femmes qu'ils voulaient d'un côté et de se faire dorloter par leurs familles de l'autre. Et ceci jusqu'à la tombe. Cela ne s'est pas passé ainsi en effet pour l'ex-président américain Bill Clinton, et encore moins pour l'actuel président du Fonds Monétaire International Dominique Strauss-Kahn.

Eh oui les femmes ont changé. De nos jours, s'il leur arrive de subir des offenses ou des humiliations de la part du pouvoir - qu'elles soient vraies ou présumées - elles sont loin de se taire. Tout comme le fit Monica Lewinsky en 1995, une jeune femme de chambre de l'Hôtel Sofitel de New York, il y a quelques jours, a courageusement dénoncé avoir subi des violences sexuelles de la part d'un des hommes les plus puissants du monde, qui pour cette raison a été mis en examen alors qu'il cherchait maladroitement à filer en sautant dans un avion pour Paris. Ironie du sort, il est très probable que, une fois éliminé DSK, le futur de la politique française et de l'ère post-Sarkozy sera une affaire de femmes: d'une part la socialiste Martine Aubry qui, avant ce scandale, était donnée pour battue en tant que leader du parti, et de l'autre Marine Le Pen, leader de la droite radicale. Réponse en 2012.

 

Miracle à Milan, surprise à Naples

En Italie aussi les femmes et le sexe influencent les questions politiques, même si de manière plus indirecte. Alors qu'aux Etats-Unis on risque 20 ans de prison, en Italie on ne démissionne pas, pas plus qu'on ne condamne quelqu'un. L'érotico-machisme de Berlusconi & co. - qui a culminé avec le Ruby Gate et avec une accusation de prostitution de mineures visant le Président du Conseil - affaire qui avait suscité des manifestations de femmes en février dernier, ne s'était pas encore mesuré au verdict des urnes. Et en Italie on ne sait jamais, car quand les uns sont des porcs, les autres font les moralistes et vice-versa. Lundi 16 mai pourtant les résultats du deuxième tour des élections municipales ont puni Il Cavaliere et sa majorité dans toutes les communes qui comptent. A Naples, l'ex-magistrat anti-corruption Luigi de Magistris a gagné 65% des scrutins. Mais le vrai miracle est venu de la très conservatrice Milan, où le nouveau maire n'est autre que le communiste Pisadia ! La Ligue du Nord est plus que jamais sceptiques sur son alliance avec Berlusconi.

 Si le cas Noemi n'a pas eu d'influence en termes électoraux, le scandale de Ruby a semé les graines de la chute de Silvio à Milan

C'est donc une défaite toute berlusconienne, surtout en considérant que le Président du Conseil avait décidé d'être candidat comme tête de liste, transformant ainsi les élections milanaises en plébiscite sur sa personne et pour changer, mettant ainsi dans l'ombre la maire sortante Letizia Moratti. Les thèmes de la persécution judiciaire, parmi d'autres qui ont été adressés aux trois femmes magistrats qui le jugent dans l'affaire Ruby, alliés à l'arrogance avec laquelle Berlusconi gère le pouvoir, ne font plus recette. Même l'Italie profonde semble avoir fait une indigestion de machisme. Un changement de stratégie s'avère urgent.

La gauche, oui, mais autrement

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Les Alpes freinent donc le vent conservateur et celui des droites extrêmes qui souffle autant du Nord que de l'Est. Car après la défaite des socialistes portugais aux élections anticipées du 5 juin, seul la Slovénie, l'Autriche, l'Espagne, Chypre et la Grèce ont encore des gouvernements de centre-gauche dans l'UE. Après la victoire des conservateurs (Fidesz) en Hongrie, en Finlande le parti populiste eurosceptique des Vrais finlandais devient la troisième force du pays, à seulement un point de différence avec les conservateurs qui ont gagné les élections en avril dernier.

Les résultats particulièrement encourageants rapportés par le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui a bouleversé les élections en Bologne en frôlant les 10%, devraient faire réfléchir sur l'augmentation inexorable du vote protestataire. Ce dernier provient d'un électorat avide d'une démocratie qui vienne d'en bas, à l'écoute des besoins des citoyens. La politique des politiciens de profession, donc, imprégnée de sophisme et de propagande, de plus en plus lointaine des véritables exigences des nombreuses familles qui n'arrivent pas à boucler les fins de mois, semblent voir ses jours comptés.

Photo: (cc)nebulawhirlwind/flickr ; Clinton (cc) loop_oh/flickr; harem (cc) Mike Licht, NotionsCapital.com/flickr