Politique

Des mineurs sans papiers et sans protection

Article publié le 18 mai 2008
Article publié le 18 mai 2008
Avec 10 à 12 millions d’immigrants illégaux sur son territoire, l’Union européenne doit développer une approche des migrations fondée sur les droits de l’homme si elle veut intégrer tous les migrants au sein des sociétés. Opinion.

Le 24 avril dernier, la présidence slovène, la Commission européenne et le Parlement européen sont parvenus à un accord sur une limitation uniforme de la durée de détention administrative pour les immigrants illégaux, dorénavant fixée à six mois. Mais, les victimes potentielles de cette mesure sont les jeunes migrants, notamment les mineurs, menacés en premier lieu de mauvais traitement. Un tiers des migrants dans le monde est, en effet, âgé de 15 à 25 ans. Et d’après le Département d’Etat américain, sur les 27 millions de victimes estimées de la traite des êtres humains dans le monde aujourd’hui (un nombre qui irait croissant, selon l’ONG américaine Free the slaves) 70 % sont des femmes et 50 % des enfants.

Migration des jeunes

« Les enfants ne sont pas protégés et finissent par être exploités, déclare Eva Biaudet, représentante spéciale et coordinatrice pour la lutte contre la traite des êtres humains au sein de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Ce sont les jeunes eux-mêmes qui devraient participer à la conception des politiques migratoires. » Les organisations de jeunesse peuvent en cela jouer un rôle clé. « Les jeunes font évoluer les perceptions a priori négatives sur les migrations dans le monde entier, affirme Ndioro Ndiaye, directeur général adjoint de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ils façonnent un monde plus sûr, plus accueillant et multiculturel pour les migrants. Les jeunes doivent être proactifs et joindre leurs efforts à ceux de la société civile, des organisations internationales et des institutions éducatives pour s’attaquer aux défis actuels. »

Souffrances de la détention

Les migrants de moins de 18 ans devraient se voir reconnaître les mêmes droits que les jeunes de leur âge qu’ils soient nationaux ou résidents. Ils devraient être traités, d’abord et avant tout, comme des enfants, quel que soit leur statut. Néanmoins quelques milliers de mineurs continuent à être placés en détention tous les ans en Europe, bien que la Convention internationale des droits de l’enfant adoptée par l’ONU dispose que la détention ne devrait être utilisée qu’en dernier ressort et pour la période la plus courte possible.

Mais, par exemple, il n’existe actuellement aucune durée limitant la détention administrative des enfants en Grande-Bretagne. Et il existe encore moins de données disponibles sur le sujet. Les jeunes migrants doivent, par ailleurs, lutter contre des problèmes qui se superposent et s’enracinent, tels que l’accès à l’éducation, l’emploi et les discriminations au sens large. Or, pour Ndioro Ndiaye, les jeunes migrants possèdent des atouts majeurs tels que la flexibilité, l’ingéniosité, la persévérance et la soif d’apprendre. En outre, ils accèdent plus facilement à l’information et aux nouvelles technologies ; et ce, malgré tout le temps qui leur est nécessaire pour surmonter les défis de la migration et en retirer les profits éventuels.

Josep Gonzales-Cambray, attaché auprès du Secrétaire général pour les migrations du gouvernement catalan, met en exergue trois éléments qui inquiètent les autochtones quand il est question de migration : « La peur de recevoir des flux migratoires chaotiques, l’appréhension de voir se former des ghettos dans les villes et la concurrence accrue pour les biens publics. La seule façon d’intégrer les migrants au sein de la société est d’impliquer dans ce processus à la fois les migrants et les communautés hôtes. »

L’auteur est présidente du Forum européen de la jeunesse, une plateforme de 97 organisations de jeunesse en Europe, travaillant avec l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, les Nations-Unies afin de promouvoir les intérêts des jeunes.