Politique

Des élections post-Kosovo en Serbie

Article publié le 6 mai 2008
Article publié le 6 mai 2008
Un nationalisme grimpant compromet la poursuite des fugitifs Mladic et Karadzic, recherchés par le tribunal de la Haye pour crimes de guerre. Les élections anticipées du 11 mai donnera la Serbie avec ou sans l’Europe.

Qu'adviendra-t-il de la Serbie après les élections anticipées du 11 mai prochain ? Se rapprochera-t-elle de l'Union européenne ? Penchera-t-elle plutôt pour la Russie ? Ce scrutin suscite bien d'autres questions et en particulier les conséquences qu'elles auront sur la traque menée en ce moment pour tenter de capturer Ratko Mladic et Radovan Karadzic. Ils sont activement recherchés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), situé à la Haye depuis 2001.

Radovan Karadzic, dirigeant des Serbes de Bosnie durant la guerre a disparu en 1996, et Ratko Mladic, son chef des armées, a lui disparu en 2001, après l'arrestation du président Yougoslave Slobedan Milosevic. Alors qu'on ne sait pas du tout ou se trouve Karadzic, Mladic est suspecté de se cacher en Serbie. Selon certaines rumeurs c'est le premier ministre Vojislav Kostunica et les nationalistes serbes qui cacheraient Mladic avec la complicité de l'armée et de la police locale.

Criminels ou de héros de guerre ?

Karadzic et Mladic sont accusés d'avoir perpétré des crimes de guerre et ordonné le génocide des Bosniaques et des Croates lors de l'éclatement de la Yougoslavie en 1991. Ils sont tenus responsables du massacre de Srebrenica en juillet 1995, massacre qui a causé la mort de 8000 Musulmans. Malgré ces meurtres, beaucoup de Serbes considèrent Karadzic et Mladic comme des héros de guerre.

L'extrême droite serbe en particulier : elle ne veut entendre parler d'aucune collaboration avec la Haye. Tomislav Nikolic, candidat à la présidence pour la quatrième fois aux élections législatives de janvier 2008 et président par intérim du Parti radical serbe (PRS), avait déclaré qu’en cas de victoire aux élections, les criminels de guerre n'auraient plus à craindre les poursuites du Tribunal. Nikolic avait remporté à l’époque 47,7 % des voix et perdu contre son rival, le président sortant pro-occidental Boris Tadic réélu de justesse. Mais le PRS fait office de parti principal au Parlement serbe et pourrait obtenir plus de députés au scrutin de mai, grâce à un sentiment nationaliste qui s'est emballé suite à la déclaration d'indépendance unilatérale du Kosovo le 17 février 2008.

Car certains Serbes jugent que le tribunal de La Haye agit contre leurs intérêts. Ce sentiment s'est renforcé après que le tribunal de La Haye ait disculpé le dirigeant rebelle du Kosovo Ramush Haradinaj des crimes contre les Serbes commis pendant la guerre du Kosovo, dont il était accusé. La presse populaire a critiqué l'abandon des charges contre Haradinaj, et a cité cet exemple comme une autre preuve flagrante d'injustice envers les Serbes. De même, Nikolic, dans ses discours, sous-entendait qu’il ne fallait laisser personne pourchasser Ratko Mladic ou Radovan Karadzic.

La capture ou l’UE

La capture de Mladic et de Karadzic et leur extradition vers la Haye est la condition imposée par l'Union européenne aux Serbes pour adhérer à l'Europe. Cependant, la Serbie n'a plus tellement envie de devenir membre depuis que plusieurs pays Européens ont donné leur support au Kosovo fraîchement indépendant. Les Nationalistes encouragent ce sentiment et argumentent que jouer le jeu de La Haye signifie abandonner le Kosovo. Le premier ministre serbe Vojislav Kostunica a déclaré que la Serbie ne rejoindra pas l'Union européenne sans le Kosovo. C'est en fait ce désaccord qui a mené le gouvernement de coalition à l'échec et entrainé la tenue d'élections anticipées.

Des graffitis sur les murs de Belgrade : « L’Union européenne jamais, l’Union européenne pas question » (Photos: Limbic/ Flickr)

La Haye pourrait cesser ses poursuites envers Mladic et Karadzic afin de permettre aux pro-occidentaux en Serbie de contrer un nationalisme grandissant. Plusieurs gouvernements de l'Union européenne se disent prêts à signer « l'accord de stabilisation et d'association » avec la Serbie (ASA) avant les prochaines élections législatives, probablement lors de la réunion des ministres chargés des affaires étrangères à Luxembourg, le 28 avril. La Belgique et la Hollande se sont d'abord opposées à cet accord et ont insisté sur l'importance de la capture des criminels de guerre par la Serbie et de leur extradition.

Ils ont par la suite changé leur discours. Le 24 avril, Maxim Verhagen, le ministre néerlandais des affaires étrangères a déclaré que son pays laissera la Serbie signer l'accord pourvu que Belgrade s'engage à ne pas le ratifier ou l'appliquer avant la capture et l'extradition des suspects fugitifs vers la Haye. Le 16 avril, le journal quotidien Blic s'est amusé à décrire la position des Pays-Bas comme étant celle d'un « désaccord positif », puisqu'ils n'empêcheront pas la signature du ASA avec la Serbie mais s'abstiendront eux-mêmes de signer.

La Haye pourrait obtenir l’arrestation des criminels fugitifs, si seulement leur geste de bonne volonté pouvait suffire à faire oublier aux Serbes la perte du Kosovo. Si les Serbes choisissent une coalition de nationalistes et d'extrême droite, les criminels de guerre en fuite pourront rester libres.

Photos en Une : Fugitifs idolâtrés sur des T-shirts à une fête, Belgrade (Andrej_Filev/ Flickr)