Politique

Des élections à la rue : assistons-nous à un boycott de la démocratie ?

Article publié le 19 juillet 2011
Article publié le 19 juillet 2011
Au sein des pays développés démocratiques, le vote blanc est censé exprimer un désintérêt politique. Mais qu’en est-il lorsqu’il est utilisé précisément à des fins politiques ?

Partout, les voix de citoyens en colère s’élèvent dans un tourbillon de protestations. Le monde arabe est celui qui a donné le ton, depuis longtemps repris en Europe. Résultat : de plus en plus de citoyens descendent dans les rues, que ce soit pour manifester contre les mesures de restriction budgétaire ou pour faire entendre des opinions telles que « Nous ne sommes pas des jouets aux mains des politiciens et des banques » et exiger « une véritable démocratie, tout de suite ». Si la crise économique et le manque de confiance en la politique touchent désormais aussi de nombreux pays d’Europe, ce sont essentiellement la hausse du chômage, la diminution du niveau de vie, le manque de perspectives et les emplois mal rémunérés qui sont à l’origine de ces rassemblements non plus uniquement de jeunes, mais de toutes sortes de citoyens. Cependant, à l’heure actuelle, il n’est pas encore possible de déterminer dans quelle mesure ces manifestations peuvent aussi proposer une réelle solution pour l’Europe, ni leur capacité à engendrer de réels changements politiques et économiques.

European revolution : carrefour d'idées ou voix à sens unique ?

Tous se battent pour des changements au sein de leurs systèmes politiques respectifs. Pourtant, il existe une différence fondamentale entre les manifestations de Madrid et celles du Caire : l’origine de leur mécontentement. En Égypte, on proteste contre le système autocratique pour obtenir des droits et instaurer la démocratie alors qu’en Europe, on ne croit plus en l’efficacité du vote.

Ainsi, s’il on part du principe que la participation électorale exprime l’approbation de la population envers une démocratie représentative, alors l’abstention de vote devrait représenter leur rejet de celle-ci. Dans certaines régions d’Europe, ces votes blancs systématiques sont devenus monnaie courante : dans le village portugais de Lajeosa do Dão, les habitants viennent de boycotter le déroulement des élections parlementaires en verrouillant les portes d’une école primaire dans laquelle les votes devaient avoir lieu. Une action de plus grande envergure a quant à elle pris place en Espagne, où un appel au boycott des élections a réuni près 25 000 manifestants à Madrid et 60 000 dans l’ensemble du pays.

Malgré tout, vote blanc et manifestations peuvent-ils réellement réformer un système politique ? Ce qui est certain, c’est que si l’on compte un grand nombre d’abstentions critiques lors des élections, les résultats du scrutin seront considérés comme non-représentatifs et par conséquent illégitimes, entrainant immanquablement de nouvelles élections. Et si les électeurs agissent une nouvelle fois de la sorte, alors un référendum sur la constitution pourrait exiger un changement de système politique. Mais un changement vers quoi ? Qu’y a-t-il après la démocratie représentative ? La démocratie participative ? On a du mal à imaginer comment des pays aussi grands que l’Espagne, le Portugal et la Grèce pourraient fonctionner de la sorte. Dès lors, quel type de régime reste-t-il aux Européens, eux qui vantaient pourtant au monde arabe les mérites de la démocratie ?

Photos : Une (cc)tupolev und seine kamera/flickr