Politique

Couple franco-allemand : pour le meilleur et pour le pire

Article publié le 4 décembre 2006
Article publié le 4 décembre 2006
Le sommet du Triangle de Weimar qui a lieu le 5 décembre à Mettlach en Allemagne risque de placer la dynamique franco-allemande dans l’œil du cyclone.

C’est par un baisemain que Jacques Chirac a reçu la chancelière allemande, Angela Merkel, de passage à Paris au lendemain de son élection en novembre 2005. Malgré cet accueil digne d’un gentleman, il y a depuis quelque temps du gaz dans les relations entre Chirac et Merkel.

Le projet de Constitution européenne, la politique économique et américaine de l’Union, l’intégration des « petits » sont autant de disputes dans ce couple qui se connaît finalement bien peu.

La relation Chirac-Merkel n’a rien à voir avec la relation quasi fusionnelle qui régnait entre François Mitterrand et Helmut Kohl ou l'entente cordiale entre Konrad Adenauer et Charles de Gaulle. Les deux actuels dirigeants de part et d’autre du Rhin s’inscrivent dans l’air du temps : plus de questionnements, d’explication et une volonté de s’ouvrir à d’autres partenaires.

Ménage à trois bancal

Or, un couple ne dure que s’il a un projet commun et s’il sait s’adapter. Au lendemain de la réunification allemande, la Pologne devient une voisine avec laquelle les relations de Berlin sont assez tendues. C’est ainsi qu’est né le Triangle de Weimar en 1991. Pendant de la réconcialiation franco-allemande avec la Pologne, cette coopération trilatérale impose une redéfinition du couple franco-allemand.

Dés le départ d’ailleurs, Paris et Berlin semblent envisager différemment l’avenir du continent européen. Kohl se montre avenant envers les anciennes démocraties populaires de l'ex bloc communiste et souhaite accueillir au sein de la CEE la République tchèque, la Pologne et la Hongrie le plus rapidement possible. Réaliste, Mitterrand, qui privilégie une « confédération d’Etats », prévoit un processus d’élargissement long d’une dizaine d’années.

Dix ans après, le couple franco-allemand a bien changé et leur rapport à la Pologne aussi. Depuis 2004, Varsovie est entrée dans l’UE. Non sans mal. Les propos de Jacques Chirac en 2004 contre les signataires de la 'lettre des 8' [la lettre de soutien de 8 pays européens à Bush et à la guerre en Irak], « Ils auraient mieux fait de se taire », avaient suscité un véritable malaise dans l’opinion publique polonaise et prouvé qu’une fois de plus les « grands » regardaient par dessus l’épaule des « petits ».

Après ce faux-pas, Chirac doit dissiper l’idée que le tandem moteur franco-allemand veut s’imposer face aux nouveaux Etats européens, d’autant plus que s’approche le référendum sur le traité constitutionnel. Alors que le « Non » pointe son nez, Chirac appelle à la rescousse ses deux partenaires du Triangle de Weimar réunis à Nancy en mai 2005. Gerahrd Schröder, Alexander Kwasniewski et Jacques Chirac, unis, parlent alors d’une seule voix.

Angie prend ses distances

Mais Angela Merkel n’est pas Gerhard Schröder : rien à voir avec les accolades entre le Président français et l’ex-chancelier, la First Lady germanique est plus réservée. Si les rapports sont courtois, Angie ne se gêne pas pour montrer qu’elle n’entend pas se limiter à cette seule relation privilégiée. Finie l’exclusivité franco-allemande !

Après l’échec du référendum, les dirigeants français manifestent leur souhait de piocher les élèments qui les intéressent dans le projet de Constitution européenne. Hors de question de saucissonner le traité, répondent les Allemands. Pas question non plus de baisser la TVA dans la restauration – la Chancelière va même l’augmenter dans son propre pays… Quant au Premier ministre, Dominique de Villepin il incarne aux yeux de Merkel, le héraut d’une politique franco-allemande anti-américaine qu’elle n’a jamais appréciée.

Angie préfère donc prendre ses distances et multiplie les initiatives envers les Etats-Unis. De son côté, Chirac fait les yeux doux à la Russie, fermant notamment les yeux sur les exactions commises par Poutine en Tchétchénie ou les mystérieux assassinats d'opposants au régime Kremlin comme la journaliste Anna Politkovskaïa ou l'espion Alexandre Litvinenko. Paris et Berlin ne seraient-ils finalement pas les meilleurs ennemis du monde?