Politique

Conférence de Poznan : un protocole perdu d'avance ?

Article publié le 1 décembre 2008
Article publié le 1 décembre 2008
La conférence de Poznan, en Pologne depuis le 1 décembre, devrait dessiner les lignes d’un nouveau protocole de Kyoto. Mais juste après les élections américaines et en pleine crise financière, les résultats risquent fort de ne pas être ceux espérés par les écologistes. Analyse.

Avec les élections du 4 novembre, les Etats-Unis se retrouvent dans une curieuse position lors de la conférence des Nations-Unies sur le changement climatique qui a lieu, à Poznan en Pologne, du 1er au 12 décembre. Déjà en mars 2001, l'administration Bush s'était retirée du protocole de Kyoto et de la lutte contre le réchauffement climatique à cause de la menace que le traité représente pour l'économie américaine. Or, le protocole de Poznan est destiné à remplacer celui de Kyoto qui s'achève en 2012. Exit Bush ? Pas encore. Obama ne prendra pas ses fonctions avant janvier 2009, ce qui veut dire que ce mois de décembre, le gouvernement en place sera toujours l'administration Bush. Que vont négocier les Etats-Unis cette fois ?

(elycefeliz/ bobster1985/flickr)Même si Barack Obama est sensible aux questions environnementales, le changement climatique divise en grande partie les électeurs américains.

Le rapport Transatlantic Trends 2008 montre que les partisans d'Obama lors de son élection se sentaient plus concernés par le réchauffement climatique (22 %) que ceux de Mc Cain, qui sont davantage préoccupés par le terrorisme, les menaces nucléaires et le fondamentalisme. De l’autre côté de l’Atlantique, 82 % des Européens se sentent concernés par le réchauffement climatique ; et 41 % le placent comme la plus importante priorité après le terrorisme, comparé aux 42 % d'Américains qui choisissent les problèmes économiques.

Crise financière, mais pas climatique

Pendant ce temps l'Union européenne, qui est habituellement leader dans ce domaine, subit de plein fouet la crise économique. Va-t-elle réduire ses exigences sous la pression de certains pays lors de la conférence de Poznan ? Lors du sommet du mois d'octobre, les pays européens ont réussi à aboutir à un consensus sur un plan concerté de lutte contre la crise financière. En sauvant les banques en difficulté avec des fonds publics, ils ont restauré la confiance dans les marchés européens qui souffraient du manque d'unité initial. Les écologistes cependant, ont vu dans les discussions un mauvais signe avant-coureur de ce qui pourrait ressortir de la conférence de Poznan.

(covilha/flickr)Le changement climatique qui devait être au centre des discussions du sommet, a été complètement occulté par la crise financière. La seule évocation du sujet a eu lieu lorsqu'un groupe de huit pays européen de l'est, composé de la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Hongrie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie, a déclaré que leurs engagements initiaux en faveur de l'environnement seront aujourd'hui impossibles à respecter. Ils souhaitent que les objectifs d'émissions de CO2 soient révisés à cause de nombreuses « incertitudes économiques et financières ». Même le Président du Conseil italien Silvio Berlusconi a dit qu'il opposerait son véto à l'accord actuel, si les objectifs ne sont pas révisés à la baisse ; les entreprises italiennes, qui sont en difficulté, ne seraient pas en mesure d'atteindre ces objectifs. Ce fut une journée décevante pour ceux qui ont travaillé dur à la mise au point du paquet phare défendu par la Commission européenne. Le plan de réduction des émissions de 21% à partir des niveaux de 2005 d'ici 2020, avait rencontré un très large adhésion de la part du grand public.

La Pologne, dont 96 % de l'électricité est produite par des centrales au charbon, est la première à s'opposer aux objectifs de la Commission. Mais des observateurs ont fait remarquer que la Pologne, comme Berlusconi, se sont toujours opposés à cet accord et qu'ils utilisent simplement la crise financière comme une excuse pour le rejeter. Certains prétendent que c'est un prétexte pour obtenir plus de subventions de la part de Bruxelles. D'autres font observer que les objections des pays européens les plus pauvres sont légitimes : les anciens pays communistes estiment qu'ils ont réalisé la majorité des réductions de CO2 de l'UE en fermant de nombreuses vieilles usines fortement polluantes dans les années 90.

Quel avenir alors ?

 ( Poznan conference/site officiel)Le débat qui a lieu au sein de l'Union européenne est probablement le reflet de ce qui risque de se produire à Poznan la prochaine quinzaine : les pays les plus pauvres ne peuvent pas prendre d'engagements ambitieux à cause de la situation économique actuelle, alors que les plus riches ne sont que modérément enthousiastes à l'idée que ces changements puissent affaiblir la croissance économique. Cependant, alors que les scientifiques disent que les émissions de CO2 doivent diminuer radicalement d'ici dix à quinze ans pour éviter des changements potentiellement dangereux pour le climat, les ministres de l'environnement des Nations-Unies ont tiré la sonnette d'alarme à Varsovie le 14 octobre. 

L'autrichien Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la convention, a fait une mise en garde : « La crise financière actuelle ne doit pas être une excuse pour réduire les mesures concernant le changement climatique », a-t-il dit ajoutant que certaines mesures pour combattre le changement climatique pourraient avoir des conséquences économiques bénéfiques pour les pays développés comme pour les autres. Mais Yvo de Boer a omis de préciser quelles seraient ces mesures… Il est difficile, à ce stade, de prédire ce qui va ressortir de Poznan. Mais avec les désaccords sur le changement climatique au sein de l'UE en octobre, et la récession qui pointe le bout de son nez, il est probable que la conférence sera un mauvais moment à passer.